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dimanche 2 décembre 2007

"Le livre noir du libéralisme" de Larroutu, un ouvrage clé sur l'économie mondiale ...

01/12/07 - Frederic Cuignet

Cet ouvrage est davantage un pamphlet qu'un livre. Pierre LARROUTUROU y exprime le savoir considérable qu'il a accumulé sur l'état de l'économie contemporaine. Il y crie aussi son angoisse.

Ce que l'on sait de l'économie mondiale a de quoi faire peur, simplement parce que les grandes tendances que l'on voit à l'oeuvre aussi bien dans la finance mondiale que sur chaque grand Etat continent, Etats Unis, Chine, Europe, conduisent toutes à des aggravations de déséquilibres dont nul ne peut imaginer la résorption paisible.

Le cri de colère que représente de la part de Pierre LARROUTUROU cet ouvrage est aussi une dénonciation du silence des experts. Les économistes savent tout ce qui est dit là. Pour Smith, Ricardo et surtout Keynes, le chômage ou le travail précaire étaient des objets de préoccupation et d'étude pour la science économique. Ce n'est plus le cas. La science économique a dérivé et s'est recroquevillée pour n'être plus qu'une science de la circulation de l'argent. L'être humain, qui en était le coeur pour les fondateurs en a été chassé. Il n'est plus qu'un solde. Pour les théoriciens du marché de la période contemporaine, le chômeur est le résultat d'un dysfonctionnement du marché. En tant que tel, il relève de la charité et de la police mais plus de la science économique.

Le résultat de cette attitude c'est que le fléau majeur des sociétés développées du début du XXIème siècle, la précarité du travail, ne fait l'objet ni d'évaluations quantifiées ni de commentaires. La menace la plus grave que comporte le système tel qu'il fonctionne aujourd'hui tient aux déséquilibres financiers. Or aucun banquier (les seuls vrais spécialistes pourtant) n'en parle. Tout banquier en exercice, et surtout bien sûr les banquiers centraux, est tenu par ses pairs de ne rien évoquer qui inquiète....la croissance économique est commentée, bien sûr, y compris dans la diversité de ses rythmes, mais jamais nulle part n'est commenté le fait que cette croissance n'est fondée que sur l'endettement ! La croissance ne survit que par la dette ! Pourtant, tous les politiques ne rêvent que du retour de cette croissance au lieu d’intégrer la formidable révolution de la productivité.

Tout cela donne à ce volume de Pierre LARROUTUROU une allure de coup de tonnerre dans un ciel bleu, une allure de cri d'alarme ! Il n'y a pas plus essentiel aujourd'hui que de faire réfléchir gouvernements, banques centrales et experts au traitement approprié de cette situation. Le lecteur sait peut-être qu'un des économistes français les plus respectés, le professeur Patrick ARTUS, vient de publier un autre petit livre intitulé "les incendiaires", qui, pour lui, sont les banquiers centraux. Il doit vraiment se passer quelque chose dans le système. Et si l'on ne fait rien, Pierre LARROUTUROU aura eu raison de consacrer une partie de la fin de son livre aux budgets militaires, et notamment à celui de la Chine.

Pierre Larrouturou démonte les mécanismes et les dangers du libéralisme : dans tous les pays qui ont mis en place une politique de ce type, Etats-Unis et Chine compris, la précarité explose, le niveau de vie des salariés diminue, l'accès à la santé est de plus en plus difficile. Et la croissance ne se maintient qu'au prix d'un endettement privé qui atteint un niveau insoutenable. Non seulement le libéralisme n'est pas la panacée, mais il peut, assez vite, nous mener à la catastrophe. " La crise des années 30 est devant nous ", affirment certains économistes.

Qu'en est-il pour la France ? Sur le chômage et les retraites, l'auteur dénonce les mensonges du bilan affiché aujourd’hui. Hélas, les chiffres du chômage ne sont pas les seuls à donner une image tronquée de la réalité. Jean-Louis Borloo explique à qui veut l’entendre que grâce à lui quelque 200 000 emplois de service ont été créés en deux ans! Il oublie de dire que les personnes embauchées dans ces emplois travaillent en moyenne 15 heures par semaine (les Echos du 29 décembre 2006). De même, le bilan 2006 du secteur de l’intérim nous apprend que l’intérim emploie quelque 2 millions de personnes qui travaillent «à mi temps, en moyenne, sur l’année». Nicolas Sarkozy critique encore et toujours la réduction du temps de travail et promet «le plein-emploi à plein temps», mais l’essentiel des emplois créés ces dernières années sont, en moyenne, à 15 ou 18 heures par semaine…

Aux Etats-Unis, le modèle de «plein-emploi» de Nicolas Sarkozy, il y a tellement de petits boulots que la durée moyenne du travail, sans compter les chômeurs, est tombée à 33,7 heures (source: Department of Labor). Au Japon, «un tiers des salariés a un emploi à temps partiel ou un emploi temporaire. Le mois dernier, les entreprises ont proposé deux fois plus d’emplois à temps partiel que de temps plein» (AFP). En réalité, vu les gains de productivité absolument colossaux réalisés depuis trente ans dans toutes nos économies, le débat n’est pas pour ou contre la RTT, mais plutôt quelle RTT, quel partage du travail, quel partage des revenus ? Partage précarité, ou partage égalité ? La France peut supporter la vérité, affirmait François Fillon en octobre dernier. Alors pourquoi mentir sur la réforme des retraites?

Pourquoi mentir sur les chiffres du chômage? Pourquoi mentir en promettant «le plein-emploi à temps plein pour dans cinq ans» alors que toutes les mesures en préparation ne pourront qu’aggraver la précarité? Les dégâts du libéralisme sont tels qu’il ne peut prospérer qu’en avançant masqué. Si l’on fait la lumière sur le vrai bilan de l’UMP et sur la réalité de son projet (une analyse plus complète et des propositions alternatives sur UrgenceSociale.fr), il est très peu probable que les Français voudraient lui confier tous les pouvoirs.

Loin des idées répandues par la droite, Larrouturou met en évidence les performances réalisées en france en gains de productivité absolument colossaux et dessine un nouveau contrat social. Car, si le système économique mondial menace de s'effondrer, il y a urgence à construire une alternative. Si la gauche ne le fait pas, n'est-elle pas complice du système ? Qu'est-ce qui bloque ?

Pierre Larrouturou est rentré au PS après le 21 avril 2002. Ce qu'il raconte sur le fonctionnement réel de la rue de Solférino ne fera pas plaisir à tout le monde... Là aussi, l'analyse est sans tabou et pourrait conduire au pessimisme. Mais Larrouturou ne se contente pas de critiquer : il propose des solutions et un véritable plan d'action.

Pierre Larrouturou est porte-parole de l'Union pour l'Europe sociale et, depuis peu, délégué national Europe du PS. Depuis 1999, il milite pour l'adoption d'un vrai traité de l'Europe sociale. Son livre est préfacé par Michel Rocard.

Posté par werdna à 00:04 - Economie - Emploi - Insertion - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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