vendredi 30 novembre 2007
Au-delà de la fermeté attendue, le discours du gouvernement néglige la dimension sociale de la crise des banlieues
- Libération jeudi 29 novembre 2007
ALAIN AUFFRAY
Tandis que Villiers-le-Bel restait en état de siège, les plus haut responsables de l’état ont martelé, toute la journée d’hier, leurs trois messages en réponse à la crise: la République «rend hommage» à ses policiers, elle doit «la vérité» aux familles des deux adolescents tués et elle promet «la solidarité» aux quartiers dit sensibles.
«Anti-glandouille». Présenté le 22 janvier, ce dispositif porte notamment sur le soutien scolaire et la prise en charge des jeunes qui sortent sans formation du système éducatif. Il est censé aider à faire baisser le taux de chômage dans les quartiers, deux fois plus élevé en moyenne que dans le pays. La secrétaire d’Etat chargée de la Politique de la ville l’avait baptisé le «plan anti-glandouille». Devant l’Assemblée nationale, François Fillon a parlé d’un plan Respect et Egalité des chances qui viendra compléter le «plan extrêmement ambitieux de rénovation urbaine» engagée par Jean-Louis Borloo en 2003. Selon lui, ce dispositif représente, d’ici 2012, «un investissement de l’Etat de 12 milliards d’euros, dont près de 140 millions pour Villiers-le-Bel».
Le porte-parole du gouvernement, Laurent Wauquiez, a assuré que «le gouvernement, autour de Fadela Amara, travaille d’arrache-pied pour que le plan prévu pour les banlieues puisse être mis en œuvre».
Réagissant vivement à cette déclaration du Premier ministre, le député PS Henri Emmanuelli s’est fait le porte-parole des élus qui dénoncent une baisse de 30 millions d’euros de la dotation de solidarité urbaine.
Sur le perron de l’Elysée, Fadela Amara a par ailleurs répondu hier à ceux qui, notamment à l’UMP, se sont étonnés de son silence pendant la crise. «Je crois qu’il faut qu’on sache se taire à un moment donné. Quand des familles vivent des moments difficiles, il faut respecter ce deuil-là», a-t-elle lâché en sortant du Conseil des ministres.
Vidéo. Ces familles en deuil, le chef de l’Etat s’est gardé le privilège de leur annoncer qu’une information judiciaire serait ouverte pour faire la lumière sur les conditions de la mort des deux adolescents. Pour l’avocat des familles, Me Mignard, la désignation d’un juge d’instruction apporte la garantie que «rien ne sera donc caché». Il y voit un «geste de justice et un geste d’apaisement» dont il espère qu’il sera «compris partout pour que la paix, le calme et la tranquillité reviennent dans les esprits».
Une information pour «homicides involontaires» a été confiée au juge Magali Tabareau. La magistrate aura notamment à vérifier si les importants dégâts constatés sur la voiture de police étaient bien le résultat de dégradations commises après l’accident comme l’a affirmé la police des polices (l’IGPN).
Une vidéo amateur diffusée hier dans les locaux de la radio locale Générations 88.2 a été montrée à la presse. Ces images semble effectivement contredire l’explication de l’IGPN. Une explication à laquelle personne de toute façon ne croyait à Villiers-le-Bel.
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