vendredi 30 novembre 2007
Les spéculateurs font flamber les céréales
Ouest-France 29/11/07 Valérie NOËL et Patrice MOYON.
Le prix du blé et du maïs s'envole. À cause de la météo et des agrocarburants mais aussi des spéculateurs. Enquête sur les mutations de l'agriculture.

Ils veulent se faire du blé. Et vite. Les fonds d'investissements débarquent sur le marché des céréales. Èté 2007, les marchés financiers sont fébriles, la météo maussade. À Paris, le téléphone sonne dans les bureaux de l'Apca, l'Assemblée permanente des chambres d'agriculture. Au bout du fil, un financier. « Il m'a demandé de lui dresser un tableau du marché des matières premières agricoles», raconte amusé, Lucien Bourgeois, économiste à l'Apca. Son interlocuteur vient de perdre des sommes considérables dans l'immobilier. Il veut se refaire et vite.
Depuis quelques mois, le marché des céréales flambe. Les fonds spéculatifs se ruent sur l'agriculture. « Le marché s'en trouve déstabilisé », s'inquiète Jean-Marie Gabillaud, président des Coopératives de l'Ouest. « Ces acteurs peuvent faire monter le cours du blé de 25 € la tonne en 24 heures. Ils jouent à la hausse ou à la baisse. Prennent leurs gains. Ce n'est pas sain. »
Banques et fonds spéculatifs sont de plus en plus nombreux à s'intéresser à l'agriculture. ABN Amro, dispose ainsi d'un fonds « petit-déjeuner » dans lequel on retrouve du jus d'orange et des céréales. En France, le Fonds de réserve des retraites s'y est mis lui aussi. Il dispose de 2 à 3% de ses avoirs investis sur les matières premières, agriculture comprise.
Selon plusieurs experts interrogés, cela concernerait 5 % des volumes traités sur Euronext, le marché à terme européen. Ces nouveaux spéculateurs se classent en deux catégories : les gestionnaires « passifs », qui n'opèrent que sur le marché à terme, et les « actifs » plus agressifs. Ces derniers travaillent surtout sur le marché des options, pariant sur des marchés à la hausse ou à la baisse. C'est le cas en Europe de Diapason Commodities. Cette société basée en Suisse est l'une des premières à s'être spécialisée sur le marché des matières premières. Elle gère une enveloppe de 8 milliards de dollars. Son offre: des indices appelés également « paniers » alliant plusieurs produits (céréales et métaux, par exemple) afin de répartir le risque. Diapason achète à un prix donné un contrat portant sur un certain volume de matières premières et le revend avant son échéance. L'objectif est simple : dégager des bénéfices à chaque revente.
La météo des logiciels
Il y a aussi les spéculateurs « actifs ». Schématiquement, ils achètent et ils vendent en permanence sur le marché à terme. Ce qui crée des perturbations dont ils se servent pour faire du profit. Des logiciels intégrant des modèles mathématiques ont même été conçus pour générer des signaux de ventes et d'achats indépendants du contexte de marché. Ces spéculateurs, professionnels aguerris, embauchés spécifiquement par les banques, opèrent souvent de Londres.
Scandaleux ? Professeur à l'université de Dauphine et responsable de Cyclope, le guide annuel des matières premières, Philippe Chalmain s'en réjouirait presque. « Ils apportent les liquidités - l'argent - dont le marché a besoin. » Aux agriculteurs de ne pas laisser de purs spéculateurs dicter leur loi ( ???).
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