mardi 27 novembre 2007
Banlieues: le gouvernement tente d'éteindre le feu
AP | 27.11.2007 |
Au lendemain d'une deuxième nuit de violences à Villiers-le-Bel, qui s'est étendue aux communes voisines, le gouvernement tentait mardi d'éteindre le feu: François Fillon s'est rendu sur place pour tenir un discours de fermeté, alors que Nicolas Sarkozy se préparait à reprendre le dossier en main dès son retour de Chine mercredi.
Signe de l'inquiétude des pouvoirs publics, c'est très vite et au plus haut niveau qu'est désormais gérée la situation pour tenter d'éviter que le scénario catastrophe de 2005 se reproduise. Le décès de deux adolescents électrocutés dans un transformateur EDF avait alors déclenché 24 jours de violences urbaines dans toute la France.
Depuis Pékin, Nicolas Sarkozy s'est entretenu à deux reprises mardi avec le Premier ministre François Fillon et la ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie. Dès son atterrissage à Paris tôt mercredi matin, il se rendra à l'hôpital d'Eaubonne (Val d'Oise) auprès de policiers et pompiers blessés dans les incidents avec des jeunes à Villiers-le-Bel. Il recevra par ailleurs les familles de Moushin et de Laramy, les deux mineurs tués dimanche dans la collision avec une voiture de police, et présidera à l'Elysée une réunion sur la sécurité.
Notant que les faits se sont déroulés "non loin" de Clichy-sous-Bois, point de départ des émeutes de 2005, l'ancienne candidate socialiste à la présidentielle Ségolène Royal a déploré que "pas grand-chose" n'ait été fait depuis deux ans pour les banlieues.
"Malgré les grandes annonces de "plan Marshall" des banlieues, à l'évidence rien n'a vraiment changé depuis plusieurs années", a renchéri la secrétaire nationale du PCF Marie-George Buffet dans un communiqué, quand les Verts dénonçaient "des politiques de pure répression qui ne peuvent que mener à une guerre sociale".
"Les Français paient ici la politique folle de Nicolas Sarkozy en matière d'immigration et le sentiment d'impunité qu'il a laissé s'installer lors des émeutes de 2005 lorsqu'il était ministre de l'Intérieur", a estimé quant à elle la vice-présidente du Front national Marine Le Pen.
Face à cette avalanche de critiques, Michèle Alliot-Marie a vivement dénoncé les "polémiques stériles" lors d'une séance houleuse de Questions au gouvernement. Dans les quartiers, la police "fait son vrai métier, et non pas ce que vous vouliez lui faire faire (...): faire du sport avec des jeunes !".
Se faire «enfumer le terrier». Ou pas…
Point de vue : Pierre Marcelle dans Libération mardi 27 novembre 2007
C’est quoi la démocratie ?
La démocratie, hors les scrutins qui l’entérinent, c’est le respect des lois, et, en l’occurrence qui nous occupa ces deux dernières semaines, le respect du droit de grève, n’est-ce pas ?
Vous n’y êtes pas du tout…
La démocratie, c’est la vérité du jour de sondages impressionnistes et incontrôlables, selon lesquels «l’opinion-publique-désapprouve-la-grève-des-cheminots-ayant-pris-le-pays-en-otage-pour-défendre-leurs-privilèges».
A l’instar de tel éditorialiste d’un hebdo «de gauche» qui, à l’instant où je vous écris, qualifie dans une télé les étudiants «bloqueurs» de «petits cons», une majorité ainsi autodécrétée nous parle de façon assez peu démocratique. Mettons cela sur le compte d’une grande trouille répandue dans un lâche soulagement, tandis que s’habille en match nul une partie dont aucun des protagonistes ne doute qu’elle n’est que remise : des négociations en trompe-l’œil sonnent le terme relatif de la bataille des régimes spéciaux de retraite, entérinant l’implicite accord de la CGT et de la CFDT, et du PS et de l’UMP, sur les «réformes nécessaires». Gageons toutefois qu’au terme de leur refonte les régimes spéciaux existeront encore, parés d’habits neufs !
De quoi «se faire enfumer le terrier», comme disait vendredi dans le poste ce syndicaliste «de base», peu enclin à reprendre le chagrin… A l’enfumage de terrier, en effet, on eut droit en abondance. A l’heure d’un bilan encore illisible, le formidable travail de propagande dont ceux-ci furent la cible semble n’avoir eu d’autre but que d’occulter jusqu’à l’objet même de la grève. Au point que le matraquage des micros-quais et trottoirs encombrés, si caricaturalement lancinant, finit par faire chouiner jusque dans des rédactions qui le répercutaient…
Ach ! sabotage
Au titre de l’exercice, on aura particulièrement apprécié les cris d’orfraie de toutes les autorités syndicales, patronales et gouvernementales condamnant les «sabotages» constatés sur les voies de la SNCF, et instantanément mis au crédit des cheminots. Nul convoi ni nul voyageur n’y fut jamais mis en danger, mais à entendre, sur les ondes matutinales, les belliqueuses trompettes de leur stigmatisation, on eût cru à une alliance ferroviaire de SUD rail et de la branche madrilène d’Al-Qaeda… Pas mal non plus, le Sarkozy gaullo-thorézien flattant «la responsabilité des Français face à ce conflit qui ne les concernait pas» (tu parles !). Pédagogique, l’invite de Fillon à la «bienveillance» des tribunaux de police confrontés à la multiplication des PV de stationnement proclama que l’injustice de la grève absout d’avance la délinquance, mineure, de l’«usager» automobiliste.
Pendant ce temps, à Villiers-le-Bel…
De la dramatique collision advenue dimanche, n’anticipons rien. Envisageons sereinement que son origine réside en un accident de circulation, et aucunement en une bavure. Ne sollicitons pas d’avance le précédent de Clichy, son transformateur EDF, ses deux gamins qui y sont «morts pour rien», et ses émeutes subséquentes. Mais n’oublions pas que, deux ans après Clichy, rien, absolument rien ne fut fait qui soit susceptible d’empêcher que cent Clichy recommencent, et que l’on s’y habitue. Braquer les projecteurs sur l’incivisme et ses caillassages, ce serait le plus criminel enfumage du terrier Villiers-le-Bel.

La France ne pèse pas lourd face au yuan
A Pékin, le Président n’a pas réussi à convaincre le gouvernement chinois de réévaluer sa monnaie.
A Pékin ANTOINE GUIRAL et PASCALE NIVELLE - Libération mardi 27 novembre 2007
Bienvenue au palais du Peuple. Hu Jintao et Nicolas Sarkozy s’étreignent dans une accolade un peu raide, à l’initiative du président français. Les patrons applaudissent les signatures de contrats pour 20 milliards d’euros. Et maintenant «Hu Jintao et Nicolas Sarkozy ont le plaisir de rencontrer les journalistes», dit une voix au micro, mais «il n’y aura pas de session questions-réponses», juste une déclaration de chaque Président. Ça se passe comme ça au palais du Peuple.
La concurrence du Yuan jugée déloyale. Depuis son arrivée dimanche pour une visite d’Etat de trois jours, la délégation française assure avoir rencontré des hôtes «sympathiques, chaleureux et modernes». Le seul point de durcissement est la réévaluation de la monnaie chinoise. «Sur le yuan, ils sont raides», dit un participant au déjeuner.
C’est pourtant une des missions prioritaires de Sarkozy. Car aujourd’hui débarque à Pékin Jean-Claude Trichet, patron de la Banque centrale européenne (BCE), et demain débute un sommet Chine-Union européenne sur fond de rééquilibrage des monnaies. Le yuan faible, artificiellement sous-évalué selon de nombreux experts, menace la zone euro par une concurrence jugée déloyale sur les marchés internationaux.
Petit pas. Venu en éclaireur, Nicolas Sarkozy, qui présidera l’UE à partir de juillet 2008, use du maître mot des Chinois pour tenter de les convaincre : «l’harmonie». «Il faut arriver à trouver des taux de change justes qui bénéficieront à l’harmonie mondiale. Ce qui implique, dans l’intérêt même de la Chine, d’apprécier sa monnaie par rapport à l’euro», lance-t-il à son homologue impassible. Hu Jintao connaît la rengaine et promet, selon le porte-parole de l’Élysée, «un dialogue approfondi à haut niveau sur ce sujet». Pour l’heure, il est toujours inflexible.
Le président chinois gardera cette même impassibilité lorsque, à ses côtés, Sarkozy évoque la question des droits de l’homme.
L’OPA lancé contre le géant minier Rio Tinto menace 5 000 salariés français d’Alcan (anciennement Pechiney).
NICOLAS CORI - Libération mardi 27 novembre 2007
Vue de France, la gigantesque bataille boursière lancée il y a quinze jours par l’anglo-australien BHP-Billington, le numéro un mondial des entreprises minières, sur son concurrent Rio Tinto, lui aussi anglo-australien, peut sembler très exotique. Surtout si on ajoute le fait que, hier matin, la Bourse de Sydney a bruissé de rumeurs à propos d’une contre-OPA sur Rio Tinto, lancée par un fonds d’investissement public chinois. Pourtant, du fait de ces derniers événements, ce sont 5 000 salariés français qui vont voir leur vie professionnelle bouleversée. Travaillant dans la branche «produits usinés» d’Alcan, le groupe canadien qui vient d’être racheté par Rio Tinto, ils ont appris hier matin qu’ils étaient mis en vente.
Rio Tinto présentait aux investisseurs sa stratégie de défense face à l’OPA de BHP. Au programme, rien que du classique : on augmente les dividendes (30% l’année prochaine) et on se concentre sur les activités les plus rentables. Pour cela, il est prévu d’augmenter de 10 à 15 milliards de dollars le «montant cible de dessaisissement d’actifs». La division «produits usinés» de Rio Tinto Alcan en fait partie. Soit 11 000 salariés en Europe, dont la moitié en France.
Plus d’une dizaine de sites sont concernés : les deux plus gros se trouvent à Issoire (dans le Puy-de-Dôme), qui fournit des produits à l’industrie aéronautique, et à Neuf-Brisach (Alsace). Un peu partout en France, on trouve des usines comptant chacune quelques centaines de salariés qui font partie de cette division : Nuits-Saint-Georges (Côte-d’Or), Carquefou (Loire-Atlantique), Montreuil-Juigné (Maine-et-Loire), Ham (Somme), Ozoir-la-Ferrière (Seine-et-Marne)…
Les syndicats d’Alcan sont amers. «C’est l’écœurement qui domine», confie Didier Maurin (CFDT). Ils ont l’impression de voir se répéter un mauvais scénario. Propriété de Pechiney puis rachetés par Alcan en 2003, ils ont vécu de nombreuses fermetures de sites. Puis, au début de l’année, la direction du groupe canadien a mis en vente la division emballages, et ses 5 500 salariés français. Avec un motif identique à celui d’aujourd’hui. On vendait une activité peu rentable pour se défendre d’une OPA hostile, en provenance de l’américain Alcoa. Rio Tinto était alors intervenu comme chevalier blanc et avait racheté «amicalement» son concurrent. Mais le projet de vente de la division emballages avait été maintenu. Même si l’opération ne s’est toujours pas réalisée.
Du côté des pouvoirs publics, on a aussi une impression de déjà-vu. Il y a à peine deux mois, le gouvernement français avait donné son feu vert à la fusion Alcan-Rio Tinto. La branche «produits usinés» étant un fournisseur des industries de défense, elle est considérée comme stratégique. Et tout changement de propriétaire doit être avalisé. Après une rencontre en octobre avec Paul Skinner, le patron de Rio Tinto, Christine Lagarde, la ministre de l’Economie, avait donné son feu vert en échange d’«engagements quant à la pérennité de l’activité de recherche et développement et la sécurité d’approvisionnement des industries aéronautique et de défense». Tout est à refaire.
Du coup, la ministre faisait savoir hier qu’elle suivrait le dossier «avec une extrême vigilance», en veillant à ce que la cession prévue «garantisse l’intégrité de la branche». Concernant la branche emballages, en revanche, les pouvoirs publics ne peuvent pas grand-chose. Lagarde s’est juste contentée de «souhaiter» un «repreneur industriel unique».
Chine: pour vendre, faut-il se taire sur la démocratie ?
LIBERATION lundi 26 novembre 2007
Le président de la République Nicolas Sarkozy est en Chine, notamment pour signer des contrats commerciaux.
C’est le débat du jour entre Laurent Joffrin (Libération) et Sylvie Pierre-Brossolette (Le Figaro).
http://www.libelabo.fr/2007/11/26/chine-pour-vendre-faut-il-se-taire-sur-la-democratie/
Le SNJ redoute la disparition des informations locales de France 3
Challenges.fr | 27.11.2007 |
Le syndicat national des journalistes (SNJ) croit savoir, mardi 27 novembre, que la direction de France 3 s'apprête à faire disparaître des tranches régionales (à 18h40) et à supprimer la première diffusion des locales à 18h48.
La direction de la chaîne affirme de son côté qu'"aucune décision n'a été prise" concernant "l'évolution du 19/20 (la plage d'information qui débute à 19 heures) et "plus globalement, son offre d'information".
Un créneau “historique et identifié par les téléspectateurs“
"Après nous avoir imposé un 18h40 sans moyens, on nous l'enlève sans aucune concertation", déplore le SNJ, selon lequel la tranche qui débute à 18h40 est un créneau "historique et identifié par les téléspectateurs".
Les locales "vont être sacrifiées pour des raisons purement économiques", le 19/20 étant l'"une des tranches les plus lucratives en matière de pub".
Chez France 3, la direction de l'information avance qu'une réflexion est "en cours" pour "moderniser, dynamiser et améliorer la qualité de son offre d'information dans un contexte de concurrence de plus en plus tendu".
Disparition des éditions locales
La chaîne planche sur un "renforcement du 19/20", "dans la lignée de ce que France 3 a réalisé en février 2006 avec la création du 12/13.
Le syndicat "refuse le sacrifice sans concertation des tranches régionales d'information" et "dénonce la perspective à court terme de disparition des éditions locales". Il demande à l'ensemble des salariés de se préparer à la mobilisation contre cet "abandon programmé".
La diplomatie du balancier
La Tribune - 27/11/07 – éditorial de Pascal Aubert
La fréquentation des maîtres de l'empire du Milieu semble avoir été fatale à la diplomatie de rupture dont Nicolas Sarkozy s'est fait le héraut depuis son entrée à l'Elysée.
Si le chef de l'État se targue de restaurer l'influence de la France dans le concert européen et de faire souffler un vent nouveau sur les relations transatlantiques, son voyage en Chine s'inscrit en revanche dans la continuité de la politique initiée il y a quatre décennies par le général de Gaulle et poursuivie par ses successeurs, à l'exception notable du Mitterrand post-Tiananmen.
Les notes de la partition française semblent immuables : service minimum sur les droits de l'homme, mutisme sur le Tibet, appel à la levée de l'embargo sur les ventes d'armement, rappel de l'unicité de la nation chinoise, ode obligée à la puissance économique émergente, hommage au rôle d'une Chine forte dans un monde multipolaire. Nulle trace de rupture à l'horizon. Pas même dans le couplet plus conjoncturel sur la sous-évaluation du yuan méticuleusement calibré pour éviter de vexer des interlocuteurs sourcilleux sur leur souveraineté monétaire.
En guise de gratification pour cet étalage de bienséance, les visiteurs repartiront avec une pleine brassée de contrats. Des milliards d'euros de commandes si utiles pour se donner bonne conscience mais surtout qui vont donner du travail à des dizaines de milliers de salariés là-bas au pays. Des contrats qu'il nous plaît de percevoir comme une reconnaissance de la haute technologie " made in France " mais dont les dirigeants chinois se servent aussi, il ne faut pas l'oublier, comme outil de régulation de leurs relations politiques avec leurs grands partenaires commerciaux. Aussi gratifiants soient-ils pour les industriels français, les contrats signés par Areva et Airbus sont aussi un message adressé par Pékin au gouvernement, au Congrès et aux grands groupes américains. Dans cette diplomatie chinoise du balancier, chacun, s'il est bon élève, doit prendre son tour. Servis cette fois-ci, les groupes français, vont rejoindre la file d'attente.
Sortir du nucléaire accuse Sarkozy de "brader" deux réacteurs EPR en Chine
Reuters - 24.11.07 -
A la faveur de la visite d'Etat du président français à Pékin, Areva doit signer un contrat avec la China Guangdong Nuclear Power Corp sur la livraison de deux réacteurs nucléaires EPR et du combustible nécessaire à leur fonctionnement pendant au moins 15 ans.
Sortir du nucléaire accuse samedi Nicolas Sarkozy de subterfuge commercial pour amener la Chine à acquérir deux réacteur EPR -"le pire" des réacteurs nucléaires selon le réseau. "C'est à moitié prix que ces deux réacteurs sont proposés aux Chinois: 3,6 milliards d'euros les deux alors qu'un seul EPR par exemple celui qu'EDF veut construire à Flamanville (Manche) coûte 3,5 milliards", accuse le mouvement dans un communiqué.
Le réseau attire l'attention sur le "subterfuge des autorités françaises qui tentent de masquer cette vente à perte dans le cadre d'un contrat global - il serait question de 7 milliards - concernant, outre les deux EPR, des accords sur le combustible nucléaire et les services". Si les Chinois signent aujourd'hui, c'est "en profitant du cadre d'un accord global sans lequel les chinois n'auraient jamais pris d'EPR qui est "le pire de tous" les réacteurs nucléaires "comme le montrent les graves déconvenues d'Areva sur le chantier du seul EPR qu'elle ait réussi à vendre à ce jour en Finlande.
Réseau "Sortir du Nucléaire" : M. Sarkozy va "brader" deux réacteurs EPR en Chine
Source vérifiée - 24.11.07 - La ministre de l'Economie Christine Lagarde avait déclaré vendredi que le contrat de deux réacteurs nucléaires EPR de troisième génération qu'Areva pourrait conclure en Chine se présentait "sous les meilleurs auspices".
"Après avoir choisi l'an dernier 4 réacteurs AP 1000 de Westinghouse (un concurrent d'Areva), les Chinois se refusent toujours à acheter des EPR : s'ils le font finalement (...), ce sera à moitié prix et en profitant du cadre d'un accord global sans lequel les Chinois n'auraient jamais pris d'EPR", selon "Sortir du Nucléaire". Pour Areva, le montant de la commande s'élèverait à "au moins 5 milliards d'euros", a-t-on indiqué vendredi de source proche du dossier, alors que Le Figaro évoque 7 milliards d'euros. Pour les spécialistes du secteur, la construction d'un EPR complet coûte actuellement entre 3 et 4 milliards d'euros.
Libération - 26 novembre 2007 Source Bernard Blanc
La quarantaine de chefs d'entreprise qui ont fait le déplacement chinois espèrent que le voyage du président de la République leur permettra de finaliser de nombreuses négociations en cours. Et d'engranger de gros contrats. Dix milliards d'euros sont en jeu. Et les espoirs se focalisent sur deux secteurs où la France est en pointe: le nucléaire et l'aéronautique.
Troisième génération. Areva compte ainsi signer aujourd'hui, avec China Guangdong Nuclear Power Corp (CGNPC), le plus gros contrat de son histoire, pour deux réacteurs nucléaires de troisième génération EPR. Un accord était sur le point d'être annoncé en juillet, mais la signature d'une lettre d'intention avait été repoussée, officiellement pour raisons «techniques et d'agenda». Au début de l'année, une commande de quatre réacteurs a été passée à l'américain Westinghouse. C'est loin de combler les besoins du pays, évalués par les autorités à plusieurs dizaines de réacteurs.
Le contrat avec Areva porterait sur deux réacteurs EPR d'une puissance de 1600 mégawatts chacun. Le groupe français livrerait sur le site de Taishan, près de Macao, les chaudières des réacteurs ainsi que les éléments composant l'îlot nucléaire, construits par des fournisseurs. En prime, Areva se verrait confier pour au moins quinze ans la fourniture de l'uranium nécessaire au fonctionnement des deux EPR.
Au total, le contrat serait de l'ordre de 5 à 7 milliards d'euros. Une grosse somme, mais pas forcément une si bonne affaire. La construction d'un EPR coûterait entre 3 et 4 milliards d'euros. Ce qui fait dire au réseau Sortir du nucléaire qu'Areva «brade» ses réacteurs.
Le groupe nucléaire s'est cependant couvert sur plusieurs aspects: le contrat sera libellé en euros, pour éviter des pertes liées à une hausse du dollar; et il est prévu la création d'une société d'ingénierie commune, de droit français, avec CGNPC, pour réduire les risques juridiques. Le succès d'Areva donnerait un espoir supplémentaire à EDF, qui discute de son côté pour exploiter les centrales nucléaires livrées par le groupe français.
«Externaliser». Autre contrat possible, la livraison d'appareils Airbus. Selon la Tribune de vendredi, la Chine envisagerait d'acquérir une centaine d'A320 ainsi que des A330. Le contrat pourrait être l'occasion pour le groupe aéronautique d'externaliser davantage une partie de sa production dans le pays. Samedi, Louis Gallois, le patron d'EADS, maison mère d'Airbus, déclarait que la baisse du dollar par rapport à l'euro poussait l'avionneur à «transférer» une partie de sa production «en zone dollar». Ce qu'est la Chine, puisque le yuan est arrimé au billet vert. Pas certain cependant que l'annonce soit faite lors du voyage: Sarkozy n'a sûrement pas envie d'apparaître auprès des salariés d'Airbus, qui s'inquiètent déjà, comme un «M. Délocalisation vers la Chine».
Pourquoi les Chinois resteront insensibles aux pressions européennes !
Par Bernard Maris, journaliste et écrivain. 26/11/07
Nicolas Sarkozy n'est pas le seul à se rendre à Pékin cette semaine. Une troika de hauts personnages, emmenés par Monsieur Trichet président de la Banque centrale européenne en personne, accompagné de Monsieur Juncker président de l'Eurogroupe et Monsieur Almunia, commissaire européen aux affaires économiques, débarque également à Pékin pour réclamer une réévaluation du Yuan. Et ce n'est pas tout : Monsieur Paulson, directeur du Trésor américain va lui aussi bientôt se rendre à Pékin. Pour réclamer quoi ? La même chose... Une réévaluation du Yuan.
Exactement. A cela les Chinois vont répondre non, évidemment, et ils ont bien raison. Certes, disent-ils aux Européens, le déficit de l'Europe vis-à-vis de la Chine était en 2006 de 130 milliards d'euros, mais c'est de votre faute. Car nombre de sociétés qui exportent de la Chine vers l'Europe sont des sociétés américaines ou européennes. En fait, plaignez vous de votre tendance à délocaliser et externaliser, et fichez nous la paix. Et les Chinois d'asséner cette statistique : 58% des exportations chinoises sont le fait de sociétés à capitaux étrangers.
Faut-il croire cette statistique ? C'est assez compliqué. En fait, les entreprises à capitaux européens sont responsables directement de 10 à 15% des exportations de la Chine vers l'Europe, ce qui n'est pas mal. Mais ces entreprises exportent également vers l'Asie, donc leur activité chinoise est essentielle. Mais nombre d'entreprises à capitaux coréens ou chinois travaillent sous licence européenne et exportent. Ces sociétés sont domiciliées dans des paradis fiscaux type Iles Caïman ou Iles Vierges britanniques, afin de ne pas trop payer d'impôts.
D'autres entreprises, comme Adidas, avouent faire 97% de leur fabrication en Chine. Ericsson fabrique à 25%, de même qu'Ikea. Au total, on peut dire qu'entre 25% et la moitié des exportations chinoises vers l'Europe sont le fait d'entreprises. Et toutes ces entreprises, comme les entreprises américaines délocalisées clament : «Surtout ne dévaluez pas le Yuan» Ce pauvre Monsieur Trichet a du travail.
Cavada : un mauvais cheval pour Bayrou et le Modem
Par Nicolas Domenach, directeur-adjoint de la rédaction de Marianne. 26/11/07
Bernard Thibault, Julien Dray et Jean-Marie Cavada ont tous les trois été confrontés à un choix de négociation ou d'alliance avec le président.
Le leader de la CGT a choisi de discuter et de trouver une sortie de crise avec le chef de l'Etat. Le député PS Julien Dray, sollicité pour entrer au gouvernement, a décidé de rester dans sa famille, mais l'élu européen du Modem Jean-Marie Cavada a changé de cheval en pleine course municipale. Il a « épuisé, dit-il, les limites de la loyauté » qui n'étaient pas très éloignées !...
Après avoir fait tester sa candidature sous l'étiquette Modem dans plusieurs villes de province par le mouvement centriste dont il a animé le forum d'été, l'ancien animateur de « La marche du siècle » et ex-président de Radio France va donc mener la liste UMP dans le 12e arrondissement de Paris en tandem avec Christine Lagarde, la ministre de l'Economie.
Un changement de cap et de camp qu'il justifie en accusant François Bayrou d'un «romantisme » cynique ! Cavada qui se définit comme un homme de centre gauche choisit donc Nicolas Sarkozy qui fait « bouger la France et les lignes », qui est « allé chercher les meilleurs » et donc lui-même !... Mais « sans lui promettre de ministère », jure-t-il … Les collaborateurs du chef de l'Etat en parlent à sa place et m'assurent que ce serait la Culture et la Communication qui lui serait offerte. Car l'Elysée a mis le paquet, ce paquet cadeau-là, pour le convaincre d'abandonner Bayrou, et de torpiller la candidature parisienne de sa plus proche conseillère Marielle de Sarnez que Cavada ne prise guère. Au point d'avoir réclamé sa tête.
Le 12e arrondissement est en effet l'arrondissement décisif pour la bataille de Paris, celui qui peut basculer et faire tomber Delanoë. L'UMP était décidé à tout entreprendre pour casser le Modem et faire revivre une force centriste aux côtés de la droite, condition de la victoire municipale comme au temps de Chirac, le temps où le président du RPR et maire de Paris avait acheté le centre...
Jean-Marie Cavada préfère Sarkozy à Bayrou
Ce n'est pas gagné pour autant même si les sondages commandés par l'UMP lui donnent une chance face aux sortants socialistes. Mais pour Bayrou, c'est un nouveau coup et rude que cette défection d'un proche qu'il avait été cherché pour en faire un élu européen, alors que son dernier carré de fidèles l'avait prévenu que Cavada était un « mauvais cheval ». Mais il avait misé sur ce coursier médiatique considérant qu'il avait une bonne image et qu'il lui était resté fidèle dans la dernière tornade présidentielle. Il l'avait même investi dans le Val-de-Marne, une bonne circonscription dans laquelle Cavada avait reçu au second tour le soutien de la gauche, mais avait été défait, ne recueillant que 45 % des voix.
Le battu en avait conçu une certaine amertume et tiré pour leçon qu'à 67 ans, il ne pouvait attendre un « très hypothétique » triomphe du bayrouisme en 2012 pour être utile, enfin pour être élu. Cela n'empêchera pas le Modem et Marielle de Sarnez de se présenter, ni Bayrou de maintenir sa ligne indépendante et oppositionnelle. Au contraire. Son isolement terrible et splendide, sa détestation du sarkozysme, de son cynisme, de son culte de l'argent et du plus fort, et l'inexistence de la gauche démocratique comme l'absence d'alternative gaulliste, vont le pousser toujours plus à être un chef de l'opposition à sa majesté. Tout en sachant que sa stratégie municipale d'alliance à la carte, le confronterait à de multiples difficultés. Mais lui au moins, ne pas change pas de cheval…

