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lundi 26 novembre 2007

Champagne, journalisme et petits clichés

Dimanche 25 Novembre 2007 - A. Béziane et M. Davoust (IUT Cannes)

Les soldats de l'information ne disent pas non aux petits cadeaux offerts par les hommes politiques, et businessmen. Invitations et privilèges sont monnaie courante. Au risque de la déontologie ?

Pour certains journalistes, Cannes est la bonne planque du week-end. Du 23 au 25 novembre, la Croisette devient le repère de quelques uns d'entre eux, le temps d'un colloque dédié à l'avenir de la profession face à l'émergence d'Internet. Mauvaise pioche : le soleil n'était pas au rendez-vous de ces rencontres entre journalistes. Du moins, une fois la conférence terminée, les journalistes peuvent-ils repartir les poches pleines de douceurs. Une bouteille d'un grand cru à la main, ça ne peut pas faire de mal, surtout quand c'est gracieusement offert par l'élu du coin.

Qui ne se laisserait pas tenter par un petit cadeau de temps à autre ? Dans le hall de l‘espace Miramar, les langues se délient parfois. Qu'ils soient journalistes connus ou anonymes, tous ont déjà reçu des propositions plus ou moins alléchantes. Pour David Abiker, ex-chroniqueur phare de l'émission Arrêt sur Images, sur France 5, les cadeaux se limitent à quelques doux breuvages. « J'ai reçu une bouteille de vin, à la suite d'une chronique que j'avais réalisé. Je sais bien que ce n'est pas déontologique mais je l'ai bue quand même ! »

Christophe Barbier, directeur adjoint de la rédaction de l'Express donne davantage dans la langue de bois : « La corruption, c'est très mince. Il y a beaucoup de fantasmes sur le sujet. » Barbier ne dédaigne pas pour autant les petits cadeaux dits « de convivialité », comme le vin, les chocolats ou la bouteille d‘Armagnac envoyée par Henri Emmanuelli, député socialiste. « Cela fait partie de la courtoisie républicaine. Il s'agit de tracer une ligne jaune. Je refuse des choses qui sont d'une connivence excessive. Il y a des cadeaux qu'il faut refuser. »

Un week-end dans la maison de campagne d'un homme d'affaires, un voyage, une invitation à un anniversaire… Nombreux sont les « gros » cadeaux offerts par les politiques et les entreprises. Un milieu que les journalistes sont amenés à côtoyer régulièrement au cours de leur carrière. Bonne entente, affinités, le copinage remonte parfois loin. « Avec certains copains d'études, on était ensemble à 20 ans, raconte Christophe Barbier. On se tutoie, on se connaît. Aujourd'hui on fait des boulots différents. Ils sont politiques. Je suis journaliste. » C'est justement cette connivence lisible à l'écran ou à l'antenne qui renforce la méfiance du public à l'égard des médias.

Célèbre ou pas, aucun journaliste n'est épargné par les petites largesses des acteurs politiques ou surtout économiques. Fred Maurice, journaliste à Nice Matin reconnaît être parfois sollicité. « C'est toujours des petits cadeaux : chocolats ou bouteilles de vin. Il m'est arrivé d'accepter des invitations pour des dîners, mais ça ne va jamais plus loin. Une fois, on m'a proposé un voyage à New-York. Là, j'ai refusé. »

A défaut de révélations extraordinaires, au moins les journalistes laissent-ils transparaître le fil rouge de leur morale professionnelle : un petit cadeau ça va, un gros voyage bonjour les dégâts.

Posté par werdna à 02:03 - Médias - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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