dimanche 25 novembre 2007
Philosophons avec nos enfants !

La philosophie n’est pas qu’une matière au baccalauréat. Selon Oscar Brenifier, philosopher c’est aussi construire une pensée. Un exercice que parents et enfants peuvent pratiquer à la maison. Etes-vous prêts à philosopher avec vos enfants ?
L’avis d’un philosophe : Oscar Brenifier est docteur en philosophie et formateur (www.brenifier.com)- Dossier de Anne-Flore Hervé.
Que veut dire philosopher ?
On peut aborder la philosophie sous deux angles : celui du contenu, c’est-à-dire l’histoire de la pensée philosophique, les grandes idées et celui de la manière ou la méthode, c’est-à-dire « comment penser ». La tradition française privilégie la connaissance des grands penseurs qu’elle enseigne au Bac comme un couronnement réservé à l’élite. Le « comment penser » est aussi noté mais il n’est pas souvent enseigné ! Or, apprendre à penser est un savoir-faire que l’on devrait transmettre dès le plus jeune âge.
Tout le monde peut apprendre à philosopher alors ?
Si l’on part du principe qu’on n’est pas obligé de connaître la pensée des grands philosophes pour philosopher, on peut réconcilier beaucoup de gens avec la philosophie. Reste que construire une pensée demande une aptitude et une aspiration que tout le monde n’a pas forcément. C’est comme le football. Tout le monde n’a pas les qualités physiques requises pour ce sport, ni le goût, ni l’entraînement suffisant.
Et les enfants, sont-ils capables de philosopher ?
Oui. Parce qu’ils posent des questions existentielles de façon spontanée, ils ont une soif de comprendre le monde. La philosophie est un moyen de les aider. A partir d’un « pourquoi » naturel, l’adulte peut apprendre à l’enfant à raisonner. En lui renvoyant d’abord la question « et toi qu’en penses-tu ? ». En l’incitant à trouver des exemples et des contre-exemples dans son quotidien. Bref, en l’accompagnant pour qu’il trouve des réponses par lui-même et pour qu’il fasse un choix. L’enfant peut prendre du plaisir à penser. L’important, c’est qu’au bout de son raisonnement, il n’ignore pas que d’autres hypothèses existent.
La maison est-elle un lieu propice pour philosopher ?
La maison est un lieu où l’on doit traiter des questions fondamentales. C’est essentiel pour que l’enfant grandisse et se construise. Les parents ont tout intérêt à prendre le temps de discuter avec leur enfant et de faire en sorte qu’il n’y ait pas de sujets tabous. Les questions refoulées ne donnent rien de bon dans le temps.
Prendre le temps de réfléchir avec ses enfants, ce n’est pas toujours facile avec le rythme du quotidien…
L’urgence c’est de sortir de l’urgence. Et quand les parents sont en panne de mots, les livres sont des outils qui facilitent la démarche. Si cet apprentissage de la pensée est impossible à la maison, il y a aussi l’école… Encore faut-il qu’elle enseigne le « comment penser » en primaire. Quelques ateliers philosophiques sont proposés par des enseignants motivés mais ils sont encore trop rares.
Livres, ateliers philosophiques… n’est-ce pas le signe d’un nouvel engouement ?
Effectivement, on assiste à un engouement innovant (1). En témoignent aussi les pratiques non académiques de la philosophie dans les cafés, les associations, les bibliothèques municipales, les prisons. Sans doute cela correspond-il à une époque. La philosophie est un moyen privilégié pour répondre à la crise des valeurs, à la perte des repères et à la quête de sens qui en découle.
(1) L’Unesco a publié un rapport issu de la journée mondiale de la philosophie 2006. (http://unesdoc.unesco.org/images/0015/001536/153601F.pdf). La journée mondiale de la philosophie 2007 a eu lieu jeudi 15 novembre, en Turquie.
« Angèle apprécie la discussion »
Sandrine et Angèle, sa fille de 4 ans et demi, sont des fidèles lectrices des p’tits philosophes. Cette rubrique existe depuis plus de quatre ans dans Pomme d’Api, mensuel du groupe Bayard pour les 3-7 ans. Elle se déroule sur cinq pages. Elle commence par une histoire en 3 pages qui met en scène des petits animaux humanisés et se termine par deux grandes images et deux questions qui permettent de lancer la discussion en famille.
« Au début, j’ai eu du mal à rentrer dans la rubrique à cause du graphisme, explique la maman. En revanche, les thèmes et le principe de discussion me plaisaient. » Et qu’en pense Angèle ? « Elle a adopté la rubrique, elle est contente de retrouver ces petits animaux qui discutent. »
Dans le numéro de novembre, il est question de handicap physique. « Angèle ne connaissait pas le mot handicapé. Ensuite, on a parlé d’une petite fille trisomique qu’elle connaît. La discussion a été très riche. » Et combien de temps ça dure ? « On discute une dizaine de minutes. C’est vrai que ça demande un effort de la part du parent qui doit prendre le temps et s’ouvrir à la discussion. Pour ma part, cet échange me plaît. »
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