vendredi 23 novembre 2007
EXCLUSION 47% des Français croient possible qu'ils deviennent SDF
NOUVELOBS| 22.11.2007
43% des Français estiment "possible", et 4% "très possible", qu'ils deviennent sans-abri un jour.
Près de 47% des Français croient "possible" qu'ils deviennent sans-abri un jour, selon un sondage BVA pour l'association Emmaüs, en partenariat avec L'Humanité et La Vie.
Selon ce sondage publié jeudi 22 novembre, 43% des Français estiment "possible", et 4% "très possible", qu'ils deviennent sans-abri un jour, contre 52% à affirmer qu'il y a peu de chance (36%) ou que c'est impossible (16%).
Dans une consultation parallèle menée par Emmaüs auprès des SDF, un an après l'opération de distribution de tentes par l'Association Don Quichotte, 49% des sans-abri estiment que la situation n'a pas changée pour eux, contre 26% à penser qu'ils sont mieux pris en charge, et 11%, moins bien.
Les Don Quichotte "justifiés" - Si une majorité d'entre eux se sentent "bien accompagnés" pour se faire soigner (74%) ou pour faire des démarches administratives (59%), ils pensent cependant ne pas être bien accompagnés pour chercher un logement (43%) ou un emploi (37%).
Concernant les hébergements de nuit, 29% des SDF affirment avoir eu fréquemment (et 13% rarement) des difficultés à en trouver un, tandis que 36% n'ont pas cherché d'hébergement dernièrement.
A 90%, les sans-abri ont plutôt envie de "se fixer définitivement quelque part", et 38% d'entre eux imaginent qu'ils vivront dans les mois à venir, dans leur propre logement, ou dans un centre d'hébergement (28%). Parallèlement 58% ne connaissent ou n'ont pas entendu parler de la loi du Droit au logement opposable.
Opposés à des mesures anti-SDF - Selon le sondage BVA, la majorité des Français (71%) pensent que la situation des sans-abri n'a pas changé, contre 21% à penser qu'ils sont mieux pris en charge, et 4% moins bien. Ils estiment à 23% "tout à fait justifiée", et à 47% "plutôt justifiée", l'installation de tentes pour les SDF par l'association Don Quichotte.
De même 69% des Français se disent opposés à des mesures prises par les municipalités pour empêcher la présence des sans-abri dans les centres-villes, contre 27% qui y sont favorables. Ils sont même à 87% favorables à l'ouverture d'un nouveau centre d'hébergement d'urgence dans leur quartier. (AP)
- Consultation basée sur l'exploitation de 419 questionnaires, choisis aléatoirement parmi 731, remplis les 5 et 6 novembre par les sans-abri hébergés dans les divers centres d'accueil Emmaüs.
- Sondage BVA réalisé auprès de 1.005 personnes de 15 ans et plus interrogées par téléphone les 9 et 10 novembre, choisies selon la méthode des quotas.
Nominations : le CSM "préoccupé" par le non-respect de ses avis
NOUVELOBS| 22.11.2007
La proportion d'avis négatifs non-respectés par le ministère de la Justice, dans la nomination des magistrats du siège, est passée de 0% en 2005 à 90% à 2006, critique le Conseil supérieur de la magistrature.
Le Conseil supérieur de la magistrature juge "préoccupant" que 90% des avis négatifs émis concernant des nominations de magistrats du Parquet aient été ignorés par le garde des Sceaux en 2006.
Le ministre de la Justice était alors Pascal Clément. Le rapport d'activité annuel rendu public mercredi, qui a été remis le même jour au président Nicolas Sarkozy, ne se prononce que sur l'activité du CSM en matière de nominations en 2006.
De 0% en 2005 à 90% à 2006 - "En dépit du faible nombre d'avis défavorables émis (10 sur 560 propositions de nominations au Parquet), l'autorité de nomination n'a suivi qu'un seul d'entre eux, passant outre tous les autres", relève l'organe suprême de la magistrature.
La proportion d'avis négatifs non-respectés passe de 0% en 2005 à 90% à 2006, poursuit le CSM qui parle d'"augmentation préoccupante".
Cette situation est "sans précédent dans l'histoire récente du CSM" et "altère son fonctionnement en créant un déséquilibre notable" entre magistrats du Parquet et du Siège, insiste le rapport.
Nominations alignées - En conséquence, le Conseil "réitère le vœu de voir les conditions de nomination des magistrats du Parquet alignées sur celles des magistrats du Siège", qui imposent au ministre de se conformer aux avis du CSM.
L'an dernier, 26 "avis non conformes" ont été rendus sur un total de 1.294 propositions de nomination au Siège (contre 17 sur un total de 1.221 en 2005), toujours selon le rapport.
Concernant l'activité disciplinaire, autre grande mission du CSM, les formations du Conseil compétentes pour le Siège et le Parquet ont prononcé respectivement huit et deux sanctions sur un total de 7.553 magistrats en France (5.703 au Siège et 1.850 au Parquet au 31/12/2006).
Pour le Parquet, Pascal Clément a validé l'avis de déplacement d'office d'un vice-procureur rendu le 14 avril et celui de mise à la retraite d'office d'un substitut le 10 mai. Aucun nom ni motif de sanction n'a été précisé.
Saisine directe - Au chapitre "réflexions du Conseil", le rapport propose d'instaurer la saisine directe du CSM par un justiciable qui s'estimerait "lésé par un fait susceptible de recevoir une qualification disciplinaire commis par un magistrat dans l'exercice de ses fonctions". A ce jour, seuls le garde des Sceaux et les chefs de cour ont le pouvoir de saisine.
Cette proposition émanant du candidat Sarkozy a déjà été reprise par le comité Balladur sur la réforme des institutions. En revanche, la suggestion de faire disparaître de la composition du CSM le président de la République et le garde des Sceaux n'est pas évoquée dans le rapport.
Il faut que "le chef de l'Etat cesse de présider le CSM et que son président soit choisi parmi ses membres", avait déclaré Nicolas Sarkozy en mars 2007
Actuellement, le CSM est composé de 16 membres : quatre sont désignés (par le chef de l'Etat, le président du Sénat, le président de l'Assemblée nationale, l'assemblée générale du Conseil d'Etat), douze sont élus par leurs pairs.
Nous sommes entrés dans l'ère de la démocratie contemplative
Michel Wieviorka directeur d’études à l’EHESS, président de l’Association internationale de sociologie.
Libération jeudi 22 novembre 2007
Le constat est unanime : notre chef d’Etat est omniprésent – hyperactif et agité, disent les plus critiques ; soucieux de s’engager personnellement pour avancer rapidement et efficacement dans les réformes nécessaires à notre pays, disent ses partisans. Mais ne nous contentons pas de l’observation, encore superficielle, qui insiste sur la façon dont il apparaît constamment dans les médias.
D’une part, notre président, Nicolas Sarkozy, exerce le pouvoir en laissant beaucoup moins de responsabilités à ses ministres que ses prédécesseurs. Ce n’est pas leur faire insulte que de noter que l’Elysée, aujourd’hui, définit, oriente, pilote et, le cas échéant, rectifie leur action, qu’ils n’ont guère d’autonomie, qu’ils ne constituent pas, ou encore moins qu’hier, un niveau décisif du système politique. De même, les parlementaires de la majorité forment un ensemble sans grande capacité d’initiative, et qui relève plutôt du modèle des «godillots». Eux aussi marchent droit, et avalent, à l’occasion, les couleuvres qui leur sont imposées depuis l’Elysée.
D’autre part, notre président, sans aller jusqu’au bras de fer, menace d’asphyxier le peu que nous avons en France de syndicalisme. Celui-ci étant localisé pour l’essentiel dans la fonction publique et les entreprises publiques. En s’appuyant sur une opinion qui accepte mal le maintien des régimes spéciaux de retraites que défendent les syndicats, et qui est assez largement excédée par les grèves (transports notamment), il s’en prend en fait à un des rares acteurs collectifs qui lui résiste, et qui représente une médiation entre la société et le pouvoir politique. C’est d’ailleurs pourquoi les syndicats ne sont pas aussi affaiblis, dans l’opinion, que ce que Nicolas Sarkozy pouvait espérer : même si leurs revendications semblent excessives, ils incarnent précisément une des dernières institutions susceptible de se dresser entre lui et un peuple atomisé.
Enfin, Nicolas Sarkozy, suivi en cela par certains de ses ministres, accorde une réelle importance à la mise en place de missions et de commissions (Balladur, Juppé, Attali, Colombani…) ou de rencontres (du type : Grenelle de l’environnement) supposées dresser un état des lieux dans un domaine précis, et préparer la réflexion pour projeter notre pays vers le futur. Le propre de ces initiatives est qu’elles relèvent du seul bon vouloir du pouvoir, qu’elles ne sont jamais destinées à perdurer, et qu’elles n’accordent aucun pouvoir décisionnel à ceux qui y participent. Tout au plus alimentent-elles la réflexion du pouvoir et nourrissent-elles le débat public.
Rassemblons ces remarques : la tendance actuelle est nettement à court-circuiter les instances, organisations, institutions intermédiaires entre le pouvoir présidentiel et la société, dans sa diversité, et à accorder un rôle décisif aux médias – ce qui implique aussi d’exercer sur eux sinon un contrôle direct, du moins un mélange de pressions et d’invitations à suivre heure par heure les activités du Président.
Nous sommes en effet dans une phase où le pouvoir ne met pas en jeu les libertés fondamentales, mais nous pousse – et peut-être la société se laisse-t-elle elle-même pousser – vers une sorte de passivité, vers l’acceptation de fait du spectacle politique qu’il met en scène, sans répit, et en faisant fi des intermédiaires qui permettent d’ordinaire à la démocratie de fonctionner. Ce spectacle a besoin des médias pour être relayé, et ceux-ci portent bien leur nom, ils sont désormais la principale forme organisée qui assure le lien entre le Président et une société, qui, de plus en plus, en matière politique, semble devoir se passer de représentation forte, d’institutions actives, mais qui n’est guère pour autant engagée dans de vastes débats participatifs ou dans des processus massifs de réelle délibération.
Une formule d’un grand sociologue russe récemment disparu, Youri Levada, à propos de la Russie de Poutine, rend bien compte de cette situation : nous sommes entrés dans l’ère de la démocratie contemplative. Vivement que nous en sortions !
Cerveau - La migraine en vue
NOUVELOBS. | 21.11.2007
Les personnes atteintes de migraines ont des différences structurelles dans leurs cerveaux, notamment dans la zone du cortex qui traite les douleurs et les autres informations sensorielles de l'organisme.
En passant au crible (et au scanner) le cerveau de 24 personnes souffrantes de migraines chroniques (plusieurs crises par mois) depuis plusieurs dizaines d'années, les neurologues ont remarqué des différences importantes par rapport aux volontaires sans céphalées. C'est dans le cortex somato-sensoriel - la région du cerveau qui détecte les sensations comme la douleur, le toucher et la température dans les diverses parties du corps - que se situe la principale anomalie : cette zone est 21 % plus épaisse chez les migraineux.
Pour l'instant les médecins ne savent pas encore si cette différence est la cause des crises ou si elle est provoquée par les maux de tête récurrents. Mais cette étude, publiée dans la revue Neurology, démontre en tout cas la gravité de cette maladie qui est associée à une modification cérébrale. La migraine se caractérise par des maux de têtes, des céphalées, qui surviennent par crises et durent de quatre à soixante-douze heures. La douleur migraineuse est souvent très violente, elle débute généralement d’un côté de la tête mais peut gagner tout le crâne. Elle est amplifiée par la lumière et le bruit. D’autres troubles peuvent être associés aux céphalées comme des nausées ou des vomissements. Les femmes sont trois fois plus atteintes que les hommes et ce sont principalement les adultes jeunes qui en souffrent.
La compréhension du mécanisme de la migraine permettra la mise au point de traitements plus ciblés. Actuellement, il existe uniquement des traitements symptomatiques plus ou moins efficaces. Il reste maintenant à comprendre l'origine de la modification du cortex, il se pourrait que la surstimulation sensorielle du cortex peut l'amener à s'épaissir au fil du temps. D'autres maladies entraînent des modifications de cette aire, par exemple elle devient plus fine chez les personnes atteintes de sclérose en plaques, d'Alzheimer et chez les autistes.
J.I. Sciences et Avenir
Médias et Pouvoirs - Acrimed dénonce le traitement de la grève par les journaux de TF1
NOUVELOBS.| 22.11.2007 |
A partir de l'analyse des journaux de 20 heures des 13 et 14 novembre 2007, veille de la grève et jour de son déclenchement, l'observatoire des médias établit que dès le début du mouvement, la chaîne était contre les grévistes.
Dans un article intitulé "TF1 contre les grévistes dès le début du mouvement", l'observatoire des médias Acrimed dénonce mardi 20 novembre le traitement par la chaîne, dans ses journaux de 20h, du mouvement des salariés de la SNCF et de la RATP contre la réforme des régimes spéciaux de retraite. A partir de l'analyse, sujet par sujet, des éditions des 13 et 14 novembre 2007, veille de la grève et jour de son déclenchement, l'observatoire établit que TF1 a survalorisé la parole gouvernementale et les problèmes rencontrés par les usagers des transports en commun.
Ainsi, Acrimed rapporte que la veille du conflit, le 13 novembre, aucun des 10 sujets consacrés au mouvement ne traitait des "motifs de la grève ni des positions des organisations syndicales" alors que "François Fillon bénéficiait d’une interview chaleureuse de …6 minutes et 38 secondes".
6 secondes pour Jacques Voisin, de la CFTC L'observatoire précise que le lendemain, "l’impartial souci d’ équité de TF1 permettra d’accorder… 6 secondes à Jacques Voisin, de la CFTC". Par ailleurs, le 14 novembre, la base militante sera "immédiatement stigmatisée par le reportage sur les non grévistes menacés", souligne Acrimed.
L'observatoire, qui a fait le même travail pour les journaux de France 2 aux même dates, conclut que "c'est à peine mois pire". "Rien de proprement scandaleux, en apparence, mais le point de vue gouvernemental est également favorisé et surexposé", écrit Acrimed.
Le Monde à Emmanuelle Béart: sois belle, et tais-toi sur Boutin !
Arrêt sur Images Par La rédaction le 21 novembre 2007
ENQUÊTE
Vous avez peut-être lu, dans Le Monde de lundi, un article d'Emmanuelle Béart sur les sans-papiers de la rue de la Banque.
Un bel article. Sévère pour les marchands de sommeil, implacable sur les conditions de vie des locataires de deleurs sordides hôtels, mais épargnant curieusement le gouvernement, et la ministre du logement Christine Boutin.
Sauf dans le 13 ème paragraphe (sur 16), celui qui commence par "Et lorsque ces citoyens..."
Vous pouvez le relire.
Le ton est mesuré. Et d'autant plus mesuré que les ciseaux de la rédaction en chef du Monde sont passés par là.
Car d'après les informations d'@si, ce paragraphe a été amputé par la rédaction en chef du quotidien.
Oh, pas grand chose.
Dans son texte original, Béart évoquait la déclaration de Boutin, ayant assimilé les sans-papiers de la rue de la Banque à une "meute".
"La ministre du logement demande à la "meute" de lever le campement", écrivait-elle.
Ce passage a été coupé par la rédaction en chef du Monde, pour devenir "exige qu'ils lèvent le campement".
Censure ? On s'en défend au Monde. "Il n'est pas certain que Boutin ait parlé de meute à propos des sans-papiers de la rue de la Banque, et on a voulu protéger Béart d'une attaque en diffamation", a expliqué la rédaction en chef en interne, d'après les sources d'@si. C'est cette explication qui a aussi été servie à Emmanuelle Béart, quand elle a téléphoné au journal, après parution, pour s'étonner de la coupe.
Pourtant, Boutin, dans le feu d'une interview sur France Info, a bel et bien dérapé, en comparant les sans-papiers de la rue de la Banque à une "meute", comme on pouvait l'entendre dans cette revue de presse audio, concotée par...les journalistes du Monde.fr, en personne.
Le rédacteur en chef qui a coupé pour cette raison le texte de Béart, est peut-être le même qui, quelques jours plus tôt, avait par une autre coupe malencontreuse, transformé les "dessins de barbelés" de l'université de Rennes II, en barbelés réels.
Un affront n'arrive jamais seul. Dans le même journal, le même jour, Emmanuelle Béart, Carole Bouquet et Valérie Lang étaient victimes d'un direct du droit de l'éditorialiste Laurent Greilsamer. Trop belles, trop riches pour se mêler des affaires des sans-papiers, analysait en substance Greilsamer (oubliant dans cette entreprise de disqualification physique des comédiennes de mentionner Josiane Balasko, ce qui aurait ruiné sa démonstration).
Censurée, et renvoyée à ses pots de maquillage: il n'est pas certain qu'Emmanuelle Béart propose à nouveau une tribune libre au Monde.
Travailleurs pauvres : de la nécessité d’agir collectivement
Libération jeudi 22 novembre 2007
Patrick Kanner est président de l’Union nationale des centres communaux et intercommunaux d’action sociale, premier vice-président du conseil général du Nord, adjoint au maire de Lille.
Ils ont un emploi, mais vivent en dessous du seuil de pauvreté. En France, les travailleurs pauvres sont plus de 1,6 million. En dépit de profils différents – mères de famille monoparentale, jeunes en contrat précaire, artisans en difficulté, etc. –, les travailleurs pauvres ont tous un point commun : faute de revenus suffisants, ils cumulent les risques de précarité (difficulté d’accès ou de maintien dans un logement décent, isolement social, moindre fréquentation des services de santé et des équipements de proximité). Les travailleurs pauvres sont exposés en permanence à un risque d’exclusion sociale.
Concrètement, il s’agit de mères de famille, travaillant dans la grande distribution, qui ne peuvent offrir des vêtements neufs à leurs enfants. Là, ce sont de jeunes intérimaires entre deux missions qui peinent à régler leurs factures d’électricité. Ailleurs, ce sont des familles qui ne partent jamais en vacances… Tous ces signes extérieurs de pauvreté sont autant de signes extérieurs de survie.
Fait nouveau, ces travailleurs des temps modernes sont venus grossir les rangs des publics suivis localement par les services sociaux et parmi eux les centres communaux d’action sociale (CCAS), dont l’action de proximité en matière d’insertion s’adresse plutôt aux bénéficiaires de minima sociaux ou aux personnes exclues du monde du travail. Si la récurrence de ces situations oblige les acteurs locaux à apporter des réponses concrètes, ces derniers ne peuvent et ne doivent agir seuls. La précarité est l’affaire de tous : Etat, collectivités territoriales mais aussi entreprises, partenaires sociaux, caisses de sécurité sociale, organismes de prévoyance, associations…
Cette mobilisation collective nous oblige à clarifier le rôle et la complémentarité de chacun. Elle interroge aussi notre capacité à faire évoluer notre système de protection sociale face à des risques sociaux dont la nature et le poids relatif ont évolué (précarité, dépendance). La question des travailleurs pauvres est au cœur de ce débat. Au vu de nos difficultés à répondre collectivement aux besoins de ces publics – lesquels n’entrent ni dans la catégorie des chômeurs, ni dans celle des bénéficiaires de l’assistance, ni dans celle des exclus –, il est urgent de réfléchir à la façon dont nous pouvons faire évoluer notre système de solidarité nationale pour que chacun prenne ses responsabilités. L’objectif de cette mobilisation est d’agir à la fois sur les causes de la précarité, liée à la dégradation du marché du travail, mais aussi sur les conséquences économiques et sociales de la pauvreté au travail.
Localement, les CCAS ont d’ores et déjà fait des propositions pour lutter contre la précarité des travailleurs pauvres. Parmi elles figure le renforcement des démarches partenariales d’analyse des besoins sociaux (CCAS, CAF, conseils généraux), afin de mieux connaître ces publics et de proposer des solutions pérennes. Autre axe à développer : la révision des critères d’attribution des aides sociales facultatives (aide à la restauration scolaire, aux dépenses d’énergie, etc.), afin de prendre en compte les revenus disponibles ou le «reste à vivre» de la personne et non pas son seul statut, comme c’est le cas actuellement avec le RMI.
A ce titre, le revenu de solidarité active est une expérimentation intéressante à condition que, à terme, le dispositif veille à l’équité territoriale et qu’il ne crée pas un système à deux vitesses entre les bénéficiaires du RMI et les autres. Au-delà de l’analyse, la lutte contre la précarité des travailleurs pauvres passe aussi par le renforcement de leur accès aux droits sociaux.
Ces quelques pistes visent à alimenter le débat national, voire européen. Elles font partie d’une réflexion collective qu’il nous faut mener afin d’éradiquer la pauvreté sous toutes ses formes et promouvoir une société plus juste, plus équitable et plus solidaire.
Martin Hirsch s’apprête à lancer un «Grenelle de l’insertion» avec la perspective de réduire la pauvreté d’un tiers en cinq ans. L’ambition n’est pas contestable sous réserve, en premier lieu, d’identifier les plaies liées à cette exclusion qui touche globalement plus d’un dixième de nos concitoyens. L’essentiel consistera ensuite à arrêter cette hémorragie sociale incompatible avec l’idéal républicain du «bien vivre ensemble».
DOSSIER - L'UE veut réduire les subventions agricoles
Courrier International 21 Novembre 2007
L'UE souhaite moins subventionner l'agriculture à l'avenir et consacrer cet argent à la protection du climat et de l'environnement à la place. C'est ce qu'indique un projet de simplification et de modernisation de la politique agricole commune (PAC), présenté le 20 novembre par la commissaire européenne à l'agriculture, Mariann Fischer Boel.
La Libre Belgique (Belgique)
Interviewé par Olivier le Bussy, Jean-François Sneessens - professeur d'économie rurale à l'Université catholique de Louvain - estime que la réforme de la PAC "se situe dans le droit fil de ce qui a été fait auparavant. C'est d'une part une adaptation aux demandes de l'OMC et elle est liée d'autre part à l'évolution de l'UE elle-même. Avec 27 Etats membres, la PAC est de plus en plus lourde à gérer. Il y a de la part de la Commission une volonté de simplification très importante. (...) La conjoncture actuelle est très porteuse pour les céréales et le lait, ce qui rend la tâche de la Commission plus aisée. Mais les prix ne resteront pas toujours au sommet. L'idée est que l'on pourrait faire l'économie de la gestion de l'offre. Je pense que la Commission est un peu trop optimiste parce que ce sont des marchés difficilement prévisibles et qu'il est toujours intéressant de pouvoir compter sur des mécanismes de régulation."
Der Standard (Autriche)
La suppression totale des subventions agricoles serait une erreur, estime Michael Moravec qui se penche sur le cas des agriculteurs autrichiens. "En Autriche, malgré l'évolution des revenus, de nombreuses exploitations sont toujours sur la corde raide. Or, si elles mettent la clé sous la porte, la nature ne sera plus entretenue et, pour un pays touristique comme l'Autriche, il est primordial que les prés et les alpages ne tombent pas en friche. Les chemins forestiers doivent être entretenus et les villages ne doivent pas être en pire état que celui dans lequel ils sont aujourd'hui. La 'modernisation' de la politique agricole européenne est parfaitement sensée : non au soutien de la production, voué à l'échec, à la surproduction de vin et de beurre, oui à une prime pour le maintien d'une campagne entretenus - et oui aux aides allouées aux agriculteurs travaillant dans un environnement difficile. Car il est important de conserver des exploitations actives en montagne, même si cela coûte cher".
Berliner Zeitung (Allemagne)
Werner Balsen salue le projet de la commissaire européenne à l'agriculture. Le moment aurait "difficilement pu être plus propice", estime-t-il. "De la Laponie à l'Andalousie, en raison de la hausse du cours du lait et des céréales, beaucoup d'agriculteurs connaissent une période faste comme ils n'en avaient pas connu depuis longtemps. Il est donc judicieux de remettre en question le système d'aides par lequel l'UE gave ses agriculteurs. Les länder de Rhénanie du Nord-Westphalie et de Brandebourg dévoilent d'ores et déjà l'identité des bénéficiaires des aides de Bruxelles, ainsi que les montants accordés. Assez souvent, il s'agit de grands propriétaires et de groupes alimentaires (...). Les propositions de Mariann Fischer Boel suivent la tendance actuelle. Elles prévoient une réduction des aides allouées aux grandes exploitations agricoles et l'allocation de cet argent à la création d'une agriculture plus écologique, capable de relever le défi de la protection du climat et des espèces (...). Les protestations presque compulsives de Berlin sont donc incompréhensibles - même si l'Allemagne de l'Est, économiquement défavorisée, serait largement concernée par les changements opérés par Bruxelles".
Le dalaï-lama songe à assurer sa succession, de son vivant
LE MONDE | 22.11.07
En visite au Japon, le dalaï-lama a déclaré qu'il envisageait de trouver de son vivant les moyens de se nommer un remplaçant. Cette éventualité, annoncée dans un entretien au quotidien japonais Sankei Shimbun publié mardi 20 novembre, risque de provoquer la controverse : elle remettrait en cause le principe pluricentenaire du processus de succession de la principale autorité tibétaine, depuis que le premier titre de dalaï-lama fut décerné à Seunam Gyamtso, en 1578, par le roi mongol Altan Khan.
", Si le peuple tibétain veut conserver le système du dalaï-lama, l'une des possibilités que j'ai envisagées est de sélectionner le prochain dalaï-lama de mon vivant", a déclaré Tendzin Gyamtso, XIVe dalaï-lama. Cette perspective, pour le moins surprenante, est clairement dirigée contre les agissements de la Chine : Pékin jouerait la montre pour pouvoir coopter son propre dalaï-lama, après la mort de l'actuel chef du gouvernement tibétain en exil, réfugié en Inde depuis 1959, aujourd'hui âgé de 72 ans.
L'actuel dalaï-lama veut anticiper les visées chinoises. "Si la Chine sélectionne mon successeur après ma mort, le peuple tibétain ne le soutiendra pas, car un coeur tibétain ne battra pas en lui", a-t-il ajouté. Mais une désignation d'un successeur, éventuellement par le biais d'une élection "démocratique" au terme de laquelle serait élu un moine de haut rang, comme l'a laissé entendre le dalaï-lama, trancherait avec l'historique processus de succession : les hauts responsables tibétains ont tous été choisis après que leur tulku - l'âme réincarnée - a été décelée chez de très jeunes enfants. La tradition veut que l'on présente des objets de culte à un bambin. Quand l'enfant se précipite sur un objet ayant appartenu à son "prédécesseur", la preuve est faite qu'il est bien la réincarnation d'un "bouddha vivant".
Le dalaï-lama a de bonnes raisons de se soucier des visées pékinoises sur le futur chef religieux du Tibet, où le bouddhisme reste sous contrôle et les moines sous surveillance : depuis le 1er septembre, et pour la première fois depuis l'arrivée des troupes chinoises à Lhassa, en 1951, toute réincarnation annoncée par un monastère doit être approuvée par le département des affaires religieuses.
Si le dalaï-lama envisage de bousculer la tradition, c'est parce qu'il veut éviter ce qui s'est passé lors de la désignation du panchen-lama, le "numéro deux" de la hiérarchie tibétaine : en 1995, après la mort du 10e panchen, le gouvernement chinois et le dalaï-lama entrèrent en conflit. Ce dernier reconnut un jeune Tibétain et Pékin désigna un autre enfant comme nouveau panchen. Depuis, l'élu du dalaï-lama a disparu et personne n'a jamais plus entendu parler de lui

Le Net transforme l’Ukraine en grenier à ingénieurs
Le travail est effectué à distance fait un tabac en Ukraine.
par Christophe Billette correspondant à Kiev 22/10/07
Recruter un informaticien spécialisé pour 10 euros de l’heure, mission impossible ? Plus maintenant, grâce au réservoir de talents que constitue l’Europe de l’Est et une PME américaine.
En banlieue de San Francisco, en Californie, les fondateurs d’oDesk ont su tirer profit de la Toile avec un système redoutable de simplicité : véritable bourse aux emplois, leur site propose aux programmeurs d’afficher gratuitement spécialités et expériences, et aux employeurs de présenter les projets pour lesquels ils recherchent un informaticien – et le salaire proposé.
Le travail est effectué à distance, surveillé en direct grâce au logiciel oDesk que doivent installer les programmeurs sur leur ordinateur, et finalement rémunéré via carte de crédit ou compte « paypal » par la boîte californienne, après avoir prélevé 10 % de frais de service à l’employeur.
Le système fait un tabac en Ukraine. Dans un pays héritier du système universitaire soviétique de grande qualité mais encore aux prises avec une économie chancelante, de nombreux étudiants en sciences pures ont troqué la physique ou les mathématiques pour apprendre l’informatique « sur le tas » et tenter leur chance comme programmeur. « L’ex-URSS et l’Inde constituent 60 % des 10 000 programmeurs qui font ou ont fait partie de notre réseau depuis le début de l’entreprise », confirme Gary Swart, président d’oDesk, depuis son bureau de Menlo Park.
Et pour cause : en Ukraine, un bon informaticien pourra difficilement dénicher un emploi à plus de 600 euros par mois, sauf dans les grandes compagnies internationales ayant pignon sur rue à Kiev, où les rares places sont disputées.
Oleg, diplômé de physique de la prestigieuse Ecole polytechnique de Kiev, n’a pas hésité longtemps à abandonner son employeur lorsqu’il est tombé par hasard sur le site d’oDesk. « Je bosse essentiellement pour une PME du New Jersey qui m’embauche en fonction des projets en cours », raconte le jeune homme qui travaille depuis son appartement de Kherson, dans le sud de l’Ukraine. Son salaire ? « Environ 1 200 euros par mois », soit dix fois plus que le salaire moyen de cette ville de 300 000 habitants.
Aujourd’hui, plus de 550 informaticiens ukrainiens sont inscrits sur le site américain. Avec un salaire moyen affiché de 15 euros de l’heure, c’est moins du tiers du salaire habituel d’un programmeur aux Etats-Unis, comme le reconnaît volontiers le président d’oDesk, qui refuse toutefois d’y voir une délocalisation dangereuse pour les entreprises occidentales. « Des centaines de PME américaines peuvent embaucher du personnel dans leurs bureaux grâce aux économies engendrées par nos services ! » s’emballe Gary Swart. Délocalisation ou pas, les choses vont plutôt bien pour les Californiens. Avec 18 employés et une trentaine de programmeurs recrutés en Europe de l’Est par son propre système, oDesk annonce une croissance – mensuelle ! – de ses activités de 15 %.

