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vendredi 23 novembre 2007

Georges-Marc Benamou, l'ombre des puissants

LE MONDE | 21.11.07 | par Raphaëlle Bacqué

Depuis six mois qu'il a rejoint l'Elysée, Georges-Marc Benamou déjeune avec des directeurs de théâtre, dîne avec des architectes et peut téléphoner à la direction de France 2 - dont il connaît, en tant qu'ancien producteur, quelques arcanes - pour dire tout le mal qu'il pense d'un présentateur du journal télévisé. A la ville, il traite les puissants comme des amis, les hauts fonctionnaires comme des sous-fifres et le petit personnel comme des valets.

Dès son arrivée sous les dorures du palais présidentiel, il a réclamé du Mobilier national que l'on fasse venir pour son bureau des chaises design "très pop", une compression de César et une toile de Malaval. "Le goût de Pompidou et les manies de Jack Lang", ont souri les fonctionnaires. Benamou est le genre d'homme à qui l'on reproche plus qu'à d'autres sa voiture avec chauffeur, parce qu'il vient de la gauche et traîne derrière lui une réputation de courtisan. Il a des adversaires en pagaille et ne l'ignore pas. "Pour les ennemis, vous n'aurez pas à chercher bien loin..."

Il suffit d'aller au ministère de la culture pour trouver ceux qui le vomissent. Ceux-là ne supportent pas que Georges-Marc Benamou se soit approprié le projet de réforme de l'audiovisuel extérieur, qui doit donner une cohérence à RFI, TV5 Monde et France 24. Le rapport doit être rendu public fin novembre. Ils le moquent lorsqu'il revendique la rédaction d'une note refusant une deuxième coupure publicitaire à France Télévision, rédigée par le cabinet de la ministre Christine Albanel. Cette dernière, exaspérée d'apprendre qu'il la débinait dans Paris, a d'ailleurs fini par le convier à déjeuner, le 15 octobre, dans son ministère, pour mettre les choses au point : "Je vous signale que la ministre, c'est moi ! - Je vous assure que je ne brigue pas votre poste..."

Au fond, cela amuserait presque Benamou de constater l'émoi qu'il suscite. Il explique tranquillement : "Il faut au président un nouveau Malraux ou un nouveau Jack Lang. Pour l'instant, il ne l'a pas..." A l'Elysée pourtant, l'ancienne journaliste Catherine Pégard a raflé le poste d'influence : c'est elle qui accompagne le président aux premières et aux vernissages. Au lendemain de l'élection présidentielle, Bernard-Henri Levy avait prévenu son ami : "Si tu es nommé conseiller, ce sera moins pour tes vertus que parce que tu représentes un morceau de la sainte croix mitterrandienne."

Car Benamou, avant d'être sarkozyste, a d'abord été le thuriféraire du vieux président. "J'étais de gauche et subjugué par lui, reconnaît-il. Mais Nicolas et moi sommes de la même génération et nous avons le même amour barrésien de la France."

Né à Saïda en Algérie, Benamou a débarqué à Nice, dans cette France troublée par les accords d'Evian et la décolonisation que sa famille n'a pas comprise. Politiquement, il est flou. Navigue quelques mois entre les comités rouges de la LCR, qui ne sont pas son monde, et les radicaux de gauche, plus souples, mais sans avenir. Sa véritable ambition est de rejoindre Paris. Il est séduisant et inventif. Le voici Rastignac dans la capitale.

Il y croise, en 1979, Bernard-Henri Levy, s'en fait un ami. Puis il rencontre Pierre Bergé, milliardaire, mécène et compagnon d'Yves Saint Laurent. Bergé, en 1981, voulait quitter la France à l'arrivée au pouvoir des socialistes et financer une campagne de reconquête de Raymond Barre. Mais François Mitterrand règne en maître sur la culture. Et voici Bergé séduit. Pourquoi ne pas fonder un journal qui militerait pour la réélection du chef de l'Etat socialiste ? Benamou, à 28 ans, paraît avoir l'étoffe d'un rédacteur en chef. Bernard-Henri Levy fournira les réseaux. Globe naît en 1985.

C'est un mensuel chic et snob, assez typique de la gauche des années 1980. Sa ligne annoncée ? "Glamour" et "politique", pour "ceux qui n'ont plus de complexes à l'égard de la réussite, du fric et de la beauté...". Le journal, financé par Bergé, mais aussi par Elf, au temps où l'entreprise sert de cagnotte au pouvoir politique, est le fer de lance de la "tontonmania" et de SOS-Racisme, dont Benamou et BHL sont cofondateurs. Ils quitteront tous deux l'association en 1991, comme Pierre Bergé, en désaccord avec le pacifisme affiché pendant la guerre du Golfe.

A l'époque, cela n'a pas échappé à Nicolas Sarkozy, ministre du budget et principal conseiller du premier ministre, Edouard Balladur. Georges-Marc Benamou a déjà compris que la gauche ne gagnerait pas l'élection présidentielle de 1995. " Au moment de la crise du CIP (contrat d'insertion professionnelle), en 1994, explique-t-il aujourd'hui, j'ai donné un coup de main à Nicolas en lui présentant des leaders de SOS-Racisme et des mouvements étudiants. Tant qu'à faire, je préférais Balladur à Chirac." Sarkozy est surtout fasciné par la proximité de Benamou avec Mitterrand. Globe a fermé en 1994 mais, tous les samedis, Pierre Bergé emmène le journaliste déjeuner chez Lipp avec le vieux président. Benamou a entrepris de chroniquer les derniers jours du monarque. Le livre, Le Dernier Mitterrand (Plon, réédition Pocket, 2005), fera scandale en s'ouvrant sur l'ultime réveillon de François Mitterrand et de ses courtisans à Latche, autour d'un festin d'ortolans. Tout le problème, pour Benamou, est qu'il a largement arrangé la scène. "Un caprice de la mémoire", dit-il. "Un mensonge honteux, assure Pierre Bergé. Mitterrand était si mal qu'il n'a pu se mettre à table, et les ortolans avaient été servis l'année d'avant." Benamou est mis au ban de la mitterrandie. Seul Jack Lang lui conservera son amitié.

De la gauche, il aimait surtout François Mitterrand. Sans lui, la politique lui paraît sans saveur. Jean-Luc Lagardère, que Bernard-Henri Levy lui a présenté, le nomme en 1997 à la tête de L'Evénement du jeudi. C'est un échec. Il se réfugie dans les livres et les scénarios, presque tous des succès. C'est là que Nicolas Sarkozy vient le chercher, dix ans plus tard, pour l'aider dans sa campagne.

A-t-il abandonné pour autant le journalisme ? En rejoignant l'Elysée, il a démissionné - avec une belle indemnité - de Nice-Matin, où il tenait une chronique. Il a confié les clés de sa société, Siècle production, à son frère Stéphane, qui a signé cet été un nouveau contrat avec France 3. A l'Elysée, personne ne sait tout à fait s'il osera rééditer avec le nouveau chef de l'Etat sa chronique présidentielle d'antan. Il assure que, jusque-là, dans ses carnets, il n'a rien noté.

Posté par Kozett à 00:03 - Médias - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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