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vendredi 23 novembre 2007

Travailleurs pauvres : de la nécessité d’agir collectivement

Libération jeudi 22 novembre 2007

Patrick Kanner est président de l’Union nationale des centres communaux et intercommunaux d’action sociale, premier vice-président du conseil général du Nord, adjoint au maire de Lille.

Ils ont un emploi, mais vivent en dessous du seuil de pauvreté. En France, les travailleurs pauvres sont plus de 1,6 million. En dépit de profils différents – mères de famille monoparentale, jeunes en contrat précaire, artisans en difficulté, etc. –, les travailleurs pauvres ont tous un point commun : faute de revenus suffisants, ils cumulent les risques de précarité (difficulté d’accès ou de maintien dans un logement décent, isolement social, moindre fréquentation des services de santé et des équipements de proximité). Les travailleurs pauvres sont exposés en permanence à un risque d’exclusion sociale.

Concrètement, il s’agit de mères de famille, travaillant dans la grande distribution, qui ne peuvent offrir des vêtements neufs à leurs enfants. Là, ce sont de jeunes intérimaires entre deux missions qui peinent à régler leurs factures d’électricité. Ailleurs, ce sont des familles qui ne partent jamais en vacances… Tous ces signes extérieurs de pauvreté sont autant de signes extérieurs de survie.

Fait nouveau, ces travailleurs des temps modernes sont venus grossir les rangs des publics suivis localement par les services sociaux et parmi eux les centres communaux d’action sociale (CCAS), dont l’action de proximité en matière d’insertion s’adresse plutôt aux bénéficiaires de minima sociaux ou aux personnes exclues du monde du travail. Si la récurrence de ces situations oblige les acteurs locaux à apporter des réponses concrètes, ces derniers ne peuvent et ne doivent agir seuls. La précarité est l’affaire de tous : Etat, collectivités territoriales mais aussi entreprises, partenaires sociaux, caisses de sécurité sociale, organismes de prévoyance, associations…

Cette mobilisation collective nous oblige à clarifier le rôle et la complémentarité de chacun. Elle interroge aussi notre capacité à faire évoluer notre système de protection sociale face à des risques sociaux dont la nature et le poids relatif ont évolué (précarité, dépendance). La question des travailleurs pauvres est au cœur de ce débat. Au vu de nos difficultés à répondre collectivement aux besoins de ces publics – lesquels n’entrent ni dans la catégorie des chômeurs, ni dans celle des bénéficiaires de l’assistance, ni dans celle des exclus –, il est urgent de réfléchir à la façon dont nous pouvons faire évoluer notre système de solidarité nationale pour que chacun prenne ses responsabilités. L’objectif de cette mobilisation est d’agir à la fois sur les causes de la précarité, liée à la dégradation du marché du travail, mais aussi sur les conséquences économiques et sociales de la pauvreté au travail.

Localement, les CCAS ont d’ores et déjà fait des propositions pour lutter contre la précarité des travailleurs pauvres. Parmi elles figure le renforcement des démarches partenariales d’analyse des besoins sociaux (CCAS, CAF, conseils généraux), afin de mieux connaître ces publics et de proposer des solutions pérennes. Autre axe à développer : la révision des critères d’attribution des aides sociales facultatives (aide à la restauration scolaire, aux dépenses d’énergie, etc.), afin de prendre en compte les revenus disponibles ou le «reste à vivre» de la personne et non pas son seul statut, comme c’est le cas actuellement avec le RMI.

A ce titre, le revenu de solidarité active est une expérimentation intéressante à condition que, à terme, le dispositif veille à l’équité territoriale et qu’il ne crée pas un système à deux vitesses entre les bénéficiaires du RMI et les autres. Au-delà de l’analyse, la lutte contre la précarité des travailleurs pauvres passe aussi par le renforcement de leur accès aux droits sociaux.

Ces quelques pistes visent à alimenter le débat national, voire européen. Elles font partie d’une réflexion collective qu’il nous faut mener afin d’éradiquer la pauvreté sous toutes ses formes et promouvoir une société plus juste, plus équitable et plus solidaire.

Martin Hirsch s’apprête à lancer un «Grenelle de l’insertion» avec la perspective de réduire la pauvreté d’un tiers en cinq ans. L’ambition n’est pas contestable sous réserve, en premier lieu, d’identifier les plaies liées à cette exclusion qui touche globalement plus d’un dixième de nos concitoyens. L’essentiel consistera ensuite à arrêter cette hémorragie sociale incompatible avec l’idéal républicain du «bien vivre ensemble».

Posté par werdna à 00:02 - Solidarités - Social - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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