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mercredi 21 novembre 2007

Le Pen: "La gégène ? Je n'ai Jamais ete au courant"

4d

ÇA le gêne, Le Pen, que certains persistent à le traiter d'ancien adepte de la gégène. L'homme qui vient d'être reconduit dimanche avec enthousiasme à la tête du Front national bramait pourtant en 1957 à Alger sur tous les tons l'ardeur de ses activités comme officier de renseignement à la 10° division aéroportée du général Massu. Ladite division était alors chargée par le gouvernement Guy Mollet d'administrer Alger. Avec les pleins pouvoirs« à n'importe quel prix ».Il en résulta 3 000 à 4 000 disparitions: « les crevés de Bigeard ».

Plus les survivants peu acquis à la France. Et, pour finir, Massu avouant, à 93 ans, avant d'entrer au paradis des culottes de peau: «Euh, non, ça n'était pas nécessaire. »

Le film de José Bourgarel (jeudi 22 novembre à 23 heures sur France 2) nous livre les témoignages des quelques rescapés retrouvés vivants en Algérie. Puis il soumet leurs propos, à Paris, à Le Pen, qui nie avec acharnement. C'est qu'une loi d'amnistie a été votée aussi- tôt après les accords d'Evian en 1962. Elle blanchit tous les actes de violence, même abusifs. Sinon diffamation. Et vous perdez le procès.

Mustapha Marouane, 20 ans en 1957, était messager pour le FLN. « Ils ont branché les fils sur moi et sur le sommier. C'est lui (Le Pen) qui actionnait le commutateur. Quandje parlais, il prenait des notes. »

Le Pen en 2007 : « Mais c'est invraisemblable! Moi, je n'ai jamais été au courant d'interrogatoires au domicile des gens recherchés. Jamais! » Puis il se lance dans un distinguo subtil entre torture et torture,..insistant sur les siennes, « qui n'ont pas de conséquence physiologique ni ne provoquent de traumatismes particuliers. Sur le moment, ça fait mal. Mais après, c'est fini. Voilà. En revanche, leurs bombes ne faisaient pas dans le détail... » Bourgarel lui demande s'il aurait torturé même sans en recevoir l'ordre. Réponse: «Je n'aime pas votre mot torture. Mais si j'avais dû forcer par la violence des terroristes à dire où étaient leurs bombes,je crois que je l'aurais fait. Oui. Sans scrupule... »

1952 : accords d'Evian.
L'historien Pierre Vidal-Naquet sort de nouveaux témoignages de sa participation personnelle aux séances sportives de la villa des Roses. Procès contre Vidal-Naquet, qui perd.

Les années passent. En 1972, Le Pen fonde le FN. En 83, premier succès aux municipales. En 84, premier passage à " L'heure de vérité ».

Elu député européen, hué à son entrée en séance mais de plus en plus respectable. Procès au " Canard », qui salue cette arrivée d'un « tortionnaire ». Et qui enquête à Alger, suivi par " Libération ». Les deux journaux perdent.

Demarquet, son ancien copain, explose à son tour: «Le Pen a fait partie lui-même des équipes qui torturaient personnellement. Personnellement! » Autre procès gagné par Le Pen. Plus personne n'ose plus lui parler de torture.

Le vent commence à tourner en 1992. Pour la première fois, le tribunal de Paris relaxe " Le Canard », qui a récidivé et torturé à nouveau le respectable député européen:  son enquête est jugée sérieuse. Décision confirmée en appelle 28 octobre 1993, ce qu'oublie de dire le film, mais ce n'est pas bien grave.

Suit un autre procès gagné par Vidal-Naquet, puis un autre par Rocard, et encore un par " Le Monde », qui a publié de nouveaux témoignages. A présent, le glorieux para fait moins peur. Il était temps.

B. Th.
© « Le Canard enchaîné» - mercredi 21 novembre 2007

Posté par OhM_ à 21:28 - Droits de l'Humain - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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