mercredi 21 novembre 2007
Un juge Capa compris
ILS sont un peu lourds à la détente, ces magistrats qui ont perquisitionné, le 9 novembre, les bureaux de l'agence de presse Capa. Chargés de l'enquête française sur le triste naufrage de l'Arche de Zoé, ils voulaient mettre la main sur les« rushes », c'est-à-dire l'ensemble des images tournées sur le sujet, y compris celles qui n'ont pas été diffusées.
Pourtant, cela fait un moment que des journalistes et des juristes leur expliquent calmement qu'une telle démarche est contraire à la convention européenne des droits de l'homme, règle de droit supérieure à la loi française. Faut-il répéter, pour les mauvais élèves? Une entreprise de presse n'est pas un sanctuaire inviolable où pourraient prospérer tous les trafics. La Cour européenne ne protège que ce qui relève du secret des sources, c'est-à-dire les informations, documents, identités, notes, images recueillis par les journalistes dans l'exercice de leur profession, et qu'ils ont le droit de garder pour eux. Sinon, il n'y a pas de journalisme possible. Imaginons qu'un témoin tchadien ait parlé en toute confiance à un journaliste de Capa, à condition que son visage soit « flouté ». Et que son témoignage se retrouve dans le dossier d'instruction. Au risque, peut-être, de mettre sa vie en dânger. Cela s'appelle une trahison. Et la prochaine fois les témoins n'auront pas tort de demander au reporter de passer son chemin...
Lors de la visite du juge chargé de l'affaire Clearstream, « Le Canard » avait refusé l'accès de ses bureaux, et le magistrat avait renoncé à casser la porte. Les journalistes de Capa ont opposé, eux, une résistance par la ruse. Les rushes étaient bien cachés les juges sont repartis bredouilles. Cette farce risque de se reproduire tant que les juges n'entendront pas raison. Ou tant que la loi française, pour laquelle ils semblent avoir un peu plus de considération, n'aura pas changé. Le gouvernement précédent s'était engagé à inscrire le secret des sources dans le Code pénal. Mais, pour l'instant, c'est le droit à ne pas tenir ses promesses qui tient la corde.
© « Le Canard enchaîné» - mercredi 21 novembre 2007
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