mercredi 21 novembre 2007
Dominique Versini : «Trop de jeunes sont en souffrance psychique »
Recueilli par Bernard LE SOLLEU – Ouest-France 20/11/07
Interview. La défenseure des enfants, Dominique Versini, veut améliorer la prise en charge psychique des ados. Elle rend son rapport aujourd'hui.
Qu'est-ce qui vous a alerté sur la situation des adolescents ?
Défenseure des enfants, je suis évidemment en contact avec des adolescents qui me font part de leurs difficultés de vie. Dans leur famille, en famille d'accueil, à l'école... Elles sont tellement pesantes, parfois, que certains en perdent le goût de vivre. J'ai été saisie par l'histoire poignante de Baptiste, un adolescent en grandes difficultés personnelles. Il ne pouvait plus être pris en charge par l'Aide sociale à l'enfance. Il s'est senti abandonné. Désespéré, il s'est donné la mort le lendemain de ses 18 ans.
Le taux de suicides chez les adolescents diminue, pourtant ?
Oui, heureusement. La stratégie nationale contre le suicide a permis une réduction de 36 % des décès par suicide des jeunes de 15-24 ans (entre 1993 et 2004). Mais le nombre de tentatives reste très élevé : 40 000 par an. Environ 15 % des jeunes de 11 à 18 ans, 900 000 jeunes, présentent des signes de souffrance psychique, et de plus en plus tôt.
Comment s'exprime-t-elle ?
La recherche de la défonce alcoolique, le « binge drinking », aboutit à des comas éthyliques dès l'âge de 12-13 ans ! La consommation de cannabis est totalement banalisée. L'augmentation de la violence contre les autres et contre soi, notamment les scarifications, est significative. La peur d'aller à l'école, la déscolarisation, entraînent souvent un repli sur soi. Le jeune reste terré dans sa chambre, perdu dans ses jeux vidéo ou Internet. Il vit la nuit et se coupe progressivement de ses liens sociaux.
En plein désarroi, un adolescent sait-il à qui s'adresser ?
Les adultes qui interviennent auprès des adolescents sont mal formés pour les comprendre. Les parents sont souvent déroutés. Dans un monde où l'information abonde, paradoxalement, les informations sur les structures d'accueil et d'orientation sont difficilement accessibles. La ligne d'écoute gratuite Fil santé jeunes n'est pas dans le bottin. On ne trouve pas de liste précise de maisons d'adolescents. Elles devaient être créées dans chaque département, 18 seulement sont ouvertes fin 2007. Pourtant, c'est une formule novatrice qui permet d'accueillir des adolescents et leur famille directement, sans rendez-vous.
Le dispositif psychiatrique, lui, est-il adapté ?
Non, il est complètement saturé. Il faut de 4 à 6 mois pour être suivi dans un centre médico-psychologique. Les places en hôpital de jour sont très rares, de même que les unités de soins études.
Que proposez-vous ?
Après une année d'enquêtes de terrain, je propose 25 mesures pour une véritable prise en charge des adolescents en souffrance. Deux points essentiels : innover et renforcer la collaboration active entre institutions. Il faut apporter des réponses adaptées aux besoins et aux modes de vie des adolescents. Il est nécessaire d'aller vers ceux qui ne vont pas bien, mais ne demandent rien à personne, comme le font les équipes mobiles de psychiatrie, entre autres à Rennes, qui vont auprès de l'adolescent et de sa famille. Des permanences hors les murs, dans les collèges notamment, apportent facilement et très tôt un soutien aux jeunes.
« Il est nécessaire d'aller vers ceux qui ne vont pas bien, mais ne demandent rien à personne. » :
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