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mardi 20 novembre 2007

VéNéZUELA - La réforme de la Constitution trouble les partisans d'Hugo Chavez

LE MONDE | 19.11.07 | CARACAS ENVOYÉE SPÉCIALE

A Caracas comme dans le reste du pays, le projet de réforme constitutionnelle divise de plus en plus les Vénézuéliens, appelés à se prononcer, par référendum, le 2 décembre. Le président Hugo Chavez et ses partisans défendent un texte qui se veut "une étape dans la transition vers le socialisme".

L'opposition dénonce une "réforme liberticide" qui attribue au chef de l'Etat des pouvoirs renforcés. "Il ne s'agit pas d'une réforme, mais d'une nouvelle Constitution que Chavez veut faire approuver par des moyens anticonstitutionnels", juge Julio Borges du parti Primero Justicia (centre-droit).

Si le "oui" l'emporte, 69 articles de la Constitution seront modifiés. Trente-trois d'entre eux ont été rédigés à huis clos par une commission. Le projet a ensuite été discuté et complété par l'Assemblée nationale, où l'opposition n'est pas représentée à la suite du boycottage des élections législatives de 2005. Réélu haut la main en décembre 2006, M. Chavez se dit assuré de remporter le référendum. "Notre pire ennemi, c'est l'abstention", a-t-il toutefois déclaré.

Les chavistes défendent avec enthousiasme un texte qui élève le "pouvoir populaire" au rang de pouvoir constitutionnel - aux côtés de l'exécutif ou du législatif. La journée de travail de six heures, établie par la nouvelle Constitution, n'est pas faite pour leur déplaire.

Les mesures les plus contestées du projet concernent la définition de l'Etat vénézuélien comme un Etat socialiste et la réélection présidentielle indéfinie - avec un allongement du mandat présidentiel de six à sept ans. La modification de l'article sur la propriété privée et l'élargissement des prérogatives de l'Etat en matière d'expropriation, la suppression de l'indépendance de la banque centrale, la politisation de l'armée et la suppression de la liberté d'information dans le cadre de l'état d'exception inquiètent également nombre de Vénézuéliens.

L'opposition se retrouve à défendre une Constitution qu'elle avait combattue en 1999. "Quel besoin avait Chavez de modifier ce texte progressiste en matière de droits politiques et sociaux ?, demande, sous le couvert de l'anonymat, un fonctionnaire. Les vrais problèmes - la corruption, l'insécurité, le développement de l'appareil productif - ne relèvent pas de la Constitution. Ils exigent des politiques publiques efficaces." Et d'ajouter : "J'ai toujours voté Chavez, mais si je critique, je me fais traiter de laquais de l'impérialisme et je risque ma place."

Les "chavistes critiques" gagnent du terrain. Au sein de l'Assemblée nationale, Ismael Garcia, du parti Podemos (social-démocrate), appelle à voter "non", "tout en continuant à soutenir le gouvernement". Les déclarations du général Raul Baduel, ministre de la défense jusqu'au mois de juin, ont eu encore plus de retentissement : il a comparé la réforme à un "coup d'Etat". Autre défection, l'ex-épouse de M. Chavez, Marisabel Rodriguez, a critiqué un projet qui "profite au président" et "concentre les pouvoirs".

L'historienne Margarita Lopez Maya estime peu probable une défaite de M. Chavez au référendum. "Le chef de l'Etat continue d'incarner l'espoir aux yeux des secteurs les plus défavorisés. L'argent du pétrole lui permet de transférer des fonds importants vers les conseils communaux, qui incarnent le "pouvoir populaire". Et le président bénéficie, sur le terrain, d'un réseau de militants qui mène une campagne efficace", dit-elle.

A en croire les sondages, le "non" progresse. Selon l'institut Hinterlace, 45 % des Vénézuéliens consultés sont contre la réforme, 31 % l'approuvent, 24 % sont indécis. L'abstention, décisive pour le résultat, tendrait à diminuer, 61 % des personnes interrogées ayant manifesté leur intention d'aller voter.

L'opposition est partagée. La droite la plus dure se prononce en faveur de l'abstention, en invoquant la partialité des autorités électorales et judiciaires. Mais la plupart des leaders d'opposition appellent désormais à se rendre aux urnes. Nombre de "chavistes critiques" hésitent à voter "non" aux côtés d'une opposition qu'ils ont longtemps décriée. "Allez savoir ce qu'il faut faire", soupire Alberto Rivas, commerçant.

Posté par Kozett à 00:01 - International - Diplomatie - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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