samedi 17 novembre 2007
La grande peur de nos anciens
Sud-Ouest 16 novembre 2007
MAISONS DE RETRAITE. --Mauvaise réputation, prix élevés, maltraitance, ennui... Une méfiance de moins en moins justifiée pour des établissements indispensables dans une France vieillissante où les solutions manquent
La France compte aujourd'hui 610 000 places dans les maisons de retraite et 1,1 million de personnes de plus de 85 ans qui seront plus du double dans dix ans. De plus, on sait déjà qu'en 2040 il y aura environ 1,2 million de personnes âgées dépendantes. La Fédération hospitalière de France, estimant qu'il y a urgence, constate : « Le rebond des naissances après la Première Guerre mondiale a eu lieu en 1924, il y a 83 ans. Or, 83 ans, c'est précisément l'âge moyen d'entrée en maison de retraite. » C'est pourquoi le plan Solidarité grand âge lancé par le gouvernement après la canicule veut « inventer la maison de retraite de demain ». D'abord en continuant de prôner un rythme soutenu de 5 000 créations de places par an. En demandant parallèlement à la Sécurité sociale un effort de 2,3 milliards d'euros pour la période 2007-2012, afin de donner aux personnes âgées dépendantes le libre choix de rester chez elles. A la clé, 7 000 places d'hospitalisation à domicile de plus d'ici à 2010 et l'augmentation de 40 % en cinq ans du nombre de places de soins infirmiers à domicile.
Equilibre qualité-prix. Reste que trouver une maison de retraite dont l'équilibre qualité-prix soit satisfaisant, c'est souvent le casse-tête. Et la méfiance. David Jacquet et Patrick Lelong viennent de publier un guide des maisons de retraite (lire interview ci-contre) dans lequel ils insistent sur l'amélioration de ces établissements. Sans cacher qu'il en existe qui pratiquent des prix exorbitants. En moyenne, néanmoins, il faut compter 1 500 euros par mois, en province et dans le public. Bien plus en région parisienne et dans le privé. La somme est inaccessible à nombre de retraités, sauf à bénéficier de l'APA (allocation personnalisée d'autonomie). La création d'une cinquième branche de la Sécurité sociale, prévue dans le programme du candidat Sarkozy et revendiquée par de nombreuses associations et représentants du secteur médico-social, reste actuellement à l'état de projet. En revanche, la CNSA (Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie) a produit en 2006, notamment avec la journée du lundi de Pentecôte, près de 2 milliards d'euros, 20 % étant destinés au financement de l'APA. Et la Cour des comptes a bien confirmé qu'il n'y avait eu « aucun effet vignette » avec cette contribution (1).
Mauvaise réputation. Reste que les maisons de retraite continuent d'avoir mauvaise réputation. Un sondage commandé en mai dernier et diffusé par la Fédération hospitalière de France le quatrième baromètre des Français et le grand âge révèle que ce sont les 25-49 ans qui ont la vision la plus sombre des maisons de retraite et en augmentation : 40 % en 2003, 49 % quatre ans après.
Pour 96 % des personnes interrogées, la maison de retraite coûte cher,
pour 86 % il n'y a pas assez de places.
84 % des interviewés estiment que les personnes âgées ne veulent pas y aller
et 79 % qu'on y met ses parents à contrecoeur.
Seuls 32 % des Français interrogés assurent que « les personnes âgées y sont souvent maltraitées ». Jérôme Pelissier, chercheur en gérontologie, auteur de « La Guerre des âges », s'inscrit en faux contre cette opinion, soulignant que « tout ce qui place un vieillard en décalage par rapport à la vie qu'il a menée est vécu comme une maltraitance ». Ce qui n'a pas empêché le professeur Soubeyran, chef de service de médecine interne et de gériatrie à l'hôpital Sainte-Marguerite de Marseille, d'être très sévère vis-à-vis des maisons de retraite, « gérées uniquement comme des entreprises à but lucratif », et de l'exprimer dans un ouvrage collectif (2).
Sans doute est-il temps de prendre conscience que la vieillesse, comme la jeunesse d'ailleurs, est un état. Pas une maladie.
(1) La vignette auto créée en 1956 pour financer les allocations vieillesse a laissé le souvenir durable d'avoir été utilisée à d'autres fins.
(2) « On tue les vieux », Fayard, 19 euros.
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=295434&pid=6914342
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :
