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jeudi 15 novembre 2007

Vivre mieux pour vivre vieux

LE MONDE | 14.11.07

Tous les ‘’ sondages ‘’ l'attestent. Lorsqu'on demande aux Français ce qu'ils espèrent dans leur vie pour les années à venir, ils répondent majoritairement : être en bonne ou en meilleure santé.

Derrière ce souhait, c'est bien évidemment la peur de la maladie et de la dépendance qui domine. Santé rime avec qualité de vie. D'ailleurs, en soutenant la défense de l'environnement, les Français y voient aussi un moyen de préserver leur santé. Interrogées début octobre par l'institut Ipsos, six personnes sur dix déclarent s'inquiéter des conséquences de la pollution de l'air et de l'eau sur leur santé, et plus de la moitié s'interrogent de plus en plus sur la qualité de leur alimentation.

Pourtant, l'horizon de la vieillesse et de la mort ne cesse de s'éloigner. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, l'espérance de vie en France a connu une progression fulgurante, passant de 65 à 84 ans pour les femmes et de 60 à 77 ans pour les hommes. Un record dans l'Union européenne. Progrès de la médecine, nouveaux médicaments, système de santé solidaire, développement de la prévention ont largement contribué à cette révolution. Les personnes de plus de 60 ans devraient représenter plus de 30 % de la population, contre 20 % actuellement.

Ce vieillissement de la population a - et aura - un impact majeur sur le système de soins et sur son financement. Bien que la santé ait occupé peu de place dans les débats de la présidentielle, les comptes de la Sécurité sociale se sont très vite invités au calendrier du nouveau gouvernement de Nicolas Sarkozy. L'avenir de l'assurance-maladie, système auquel les Français sont profondément attachés, demeure plus qu'incertain. La question essentielle est de savoir comment les régimes obligatoires de protection sociale, les assurances complémentaires et les ménages se partageront la charge des dépenses dans les prochaines années. Le débat ne fait que commencer, mais il pourrait à terme bouleverser l'organisation solidaire de protection de la santé érigée en 1946.

Au-delà de la hausse globale de l'espérance de vie, le panorama de la santé des Français fait apparaître depuis plusieurs années deux problématiques majeures : des fortes inégalités sociales et territoriales de santé (entre les cadres et les ouvriers, entre le Nord et le Sud-Ouest) et une mortalité prématurée évitable (avant 65 ans) importante. En 1995 déjà, le Haut Comité de la santé publique pointait cette situation pour le moins paradoxale dans un pays où les dépenses de santé sont particulièrement élevées.

Douze ans plus tard, le problème de l'égalité d'accès aux soins et celui des comportements à risque (alcool, tabac, accidents de la route, suicides...), sources de mortalité prématurée, sont toujours d'actualité. La "réduction des inégalités de santé" figure dans les objectifs prioritaires de la loi de santé publique d'août 2004. Comment y parvenir ?

S'il apparaît nécessaire de repenser les campagnes de prévention de manière plus ciblée et de rééquilibrer l'offre de soins sur le territoire, l'enjeu dépasse largement les seules politiques de santé. "On a souvent dit que les formidables gains d'espérance de vie de la deuxième moitié du XXe siècle sont autant, sinon plus, liés aux progrès de l'hygiène, des conditions de vie qu'aux innovations médicales. Pour ce début du XXIe siècle, on pourra penser que tout ce qui réduira la précarité du travail et du logement, luttera contre la paupérisation au travail, augmentera les bas revenus, contribuera à réduire les inégalités de santé", soulignait, en début d'année, Martin Hirsch, alors président d'Emmaüs France, dans un éditorial du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH).

"La réduction des inégalités de santé conditionne beaucoup d'autres politiques. Un seul exemple : la question des retraites. Si, pour des raisons économiques et démographiques, il faut continuer à reculer l'âge de la retraite, comment cette contrainte peut-elle être acceptable si les inégalités d'espérance de vie restent marquées ?", s'interrogeait Martin Hirsch. "La réduction des inégalités de santé est donc au coeur de la cohésion sociale", concluait celui qui est devenu haut-commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté. 

Posté par Kozett à 00:03 - Santé - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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