mardi 13 novembre 2007
L’Insee avoue avoir sous-estimé les chiffres du chômage
Sonya Faure Libération mardi 13 novembre 2007
Emploi. Après la polémique lors des élections, l’institut a dévoilé, hier, ses calculs.
Cette fois-ci, c’est le bon, promis. Enfin, l’un des bons chiffres du chômage parmi toutes les nouvelles manières de le mesurer… L’Insee l’a annoncé hier : le taux de chômage au deuxième trimestre est de 8,1 % pour la France métropolitaine, 8,4 % si on y ajoute les DOM. Le tout avec une marge de «plus ou moins 0,4 point», souligne l’institut. Ce qui représenterait une baisse de 0,9 point sur un an et nous ramènerait au niveau de la fin 2002. Loin de ce qu’affichait le gouvernement Villepin pendant les élections, en parlant d’un taux de chômage au plus bas depuis vingt-cinq ans !
Surprise. «C’est une nouvelle histoire dans la statistique du chômage», a dit Stéfan Lollivier, directeur des statistiques démographiques et sociales. Jusqu’en juillet, il y avait un taux de chômage publié chaque mois, qui mixait les données administratives ANPE (nombre de demandeurs d’emploi inscrits) et celles, annuelles, de l’enquête emploi de l’Insee, reposant sur une enquête. Régulièrement, on recalait les chiffres de l’ANPE sur ceux de l’Insee, et ces derniers rehaussaient le taux de chômage sous-estimé par l’ANPE. La décision de l’Insee, en mars et en pleine campagne, de ne pas publier son enquête emploi 2006, avaient éveillé les soupçons.
Que s’est-il passé ?
Définition. Le gros de l’affaire se joue sur la nouvelle définition du demandeur d’emploi. L’Insee s’est aligné sur la définition européenne plus stricte. Désormais, pour être comptabilisé comme chômeur, il ne faudra plus seulement être inscrit à l’ANPE, mais être «en recherche active d’emploi» : envoyer des CV, aller à des entretiens…
Au final le taux de chômage a bien baissé en un an, mais moins vite et moins fort que proclamé.
«C’est un simple escamotage»
Thomas Coutrot est membre du collectif de statisticiens ACDC, les Autres Chiffres du chômage, qui a lancé la polémique sur la sous-estimation de la réalité par les statistiques officielles.
L’Insee a fait feu de tout bois pour masquer le fait qu’il révisait à la hausse ses estimations précédentes et trouver une manière de retomber sur un taux à 8 %, exactement le même que le dernier taux de chômage officiel publié en juillet ! C’est de la vraie prestidigitation.
L’Insee a en fait joué sur trois changements méthodologiques : l’alignement sur la définition stricte des chômeurs selon Eurostat sous prétexte de faciliter les comparaisons internationales. Mais l’institut statistique européen calculait déjà le chômage français avec ses conventions propres, et les comparaisons étaient donc possibles avec les autres pays européens. D’autre part, pour «perfectionner» son enquête, l’Insee a relancé des sondés qui n’avaient pas répondu lors de la dernière enquête. Un tiers seulement ont répondu, qui se sont révélés avoir plus souvent un emploi. L’Insee a donc réévalué à la baisse son estimation (- 0,1 point). Pourtant dans les deux tiers des personnes qui ont à nouveau refusé de répondre, il est fort possible que les chômeurs soient très nombreux. Enfin, l’institut a modifié les méthodes de pondération de données et exclu les personnes vivant en foyers, internats, hôpitaux, prisons ; cela lui a permis de réduire encore de 0,2 point le taux de chômage affiché.
L'Europe qui s'ouvre et se ferme
Ouest-France - mardi 13 novembre 2007. Edito de Alfred Grosser
L'Union européenne s'ouvre et se ferme à la fois. Elle s'ouvre à l'intérieur. Le 21 décembre, neuf des douze « nouveaux » entreront dans l'« espace Schengen ». La circulation des personnes y est entièrement libre. Mais ces pays devront appliquer de nouvelles directives de Bruxelles qui rendent encore moins perméables les frontières de l'Union, notamment pour les réfugiés.
Les États ont pratiqué, jusqu'ici, des politiques assez différentes, malgré des similitudes apparentes. Ainsi la rétention dans des centres où l'on brutalise en Grèce, où l'on accueille assez humainement en Allemagne et où, en France, les conditions de détention sont l'objet des critiques précises des associations d'aide aux réfugiés.
Le Parlement allemand est en train d'adopter une législation nouvelle sur l'intégration des nouveaux arrivants. Elle sanctionnera, notamment, le refus de s'intégrer, d'apprendre la langue, de se soumettre à l'interdiction des mariages forcés. Le sujet a été évoqué, hier, lors du sommet franco-allemand. L'Italie balance constamment entre le refus d'accès au territoire, y compris pour les gens risquant la noyade sur leurs petits bateaux, et une régularisation généreuse pour les étrangers en situation irrégulière. À cause de sa frontière avec le Maroc et de sa proximité avec l'Afrique du Nord, l'Espagne est montrée du doigt pour une intransigeance entraînant de multiples décès en mer ou dans le désert devant des barbelés.
Un aspect français semble unique en Europe. Le décret du 31 mai confère au « ministère Hortefeux » des compétences surprenantes. Entre autres, il enlève au ministère des Affaires étrangères le contrôle des visas d'accès au territoire français et donne autorité sur les inspecteurs du Travail, supposés, non plus constater les irrégularités patronales, mais participer à la recherche des étrangers en situation irrégulière. Ceux-ci sont appelés, souvent à tort, « clandestins » : pourtant ce n'est pas clandestinement que nombre d'entre eux demandent leur régularisation à la préfecture.
Le fait que, désormais, l'Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) et la CRR (Commission de recours des réfugiés) relèvent du nouveau ministère a encore accru la sévérité de leurs décisions et l'accès à leur examen est rendu de plus en plus difficile.
L'application de la Convention de Genève de 1951 sur les réfugiés est de plus en plus lacunaire. Les préfets doivent « faire du chiffre ». Malgré les décisions des tribunaux administratifs, annulant nombre de décisions d'expulsion sur la base de la Charte européenne des droits de l'homme, 18 600 reconduites à la frontière ont eu lieu pendant les dix mois de cette année. Il en reste 6 400 à effectuer pour atteindre le chiffre de 25 000 fixé par le président de la République. Les cas humains individuels passent au second plan et la police est priée de donner priorité aux contrôles et aux arrestations.
Pour l'entrée autorisée, les conditions ont été durcies. Il faudrait savoir parler français avant d'arriver en France. Avait-on posé cette condition au père de Nicolas Sarkozy lorsqu'il est arrivé de Hongrie ? Ou aux travailleurs marocains que notre industrie automobile avait recrutés par milliers ? Les enfants nouveaux venus apprennent très rapidement la langue du pays d'accueil et la communiquent souvent à leurs parents. Ceux-ci continueraient à être soumis au système absurde : « Pas d'autorisation de séjour sans emploi, pas d'emploi sans autorisation de séjour. »
Tous les pays européens partent du principe évident que l'on ne peut pas accueillir tout le monde. Mais il existe de fortes différences dans les façons de traduire ce principe dans les faits, notamment dans le respect ou non de traités signés par le pays d'accueil, ou de refus d'accueil.
Régimes spéciaux, : tout ça pour 200 millions...
Avec France Inter, la chronique de Bernard Maris, journaliste et écrivain. La fin des régimes spéciaux ? Un gain ridiculement petit. Sortez vos calculettes.
On a le sentiment, avec le conflit qui se prépare d'une bagarre plus symbolique qu'autre chose. C'est vrai, les salariés de la SNCF et de la RATP (ce seront eux qui seront au front mercredi et sans doute jeudi) partent plus vite en retraite que l'ensemble des salariés français. Mais guère. A la RATP, on part, en moyenne, à 55 ans, à la SNCF à 57,7 ans. Or l'âge moyen du départ à la retraite en France est de 58,8 ans. Un an plus tard qu'à la SNCF. C'est en France que l'on part le plus tôt à la retraite en Europe, où l'âge moyen du départ est de 61,1 ans. Mais en Suède vous partez à 64 ans, en Norvège à 63, au Royaume Uni à 62,3 en Irlande à 65 en moyenne etc
Si l'on voulait vraiment rééquilibrer
les régimes de retraite, la première chose à faire serait de ne pas
renvoyer par force les gens chez eux. Or les entreprises pratiquent
systématiquement les pré-retraites. Et elles répugnent toujours à
embaucher des seniors, sauf dans les métiers très qualifiés.
La deuxième chose à faire serait de mettre tous les gens au travail, de faire baisser drastiquement le chômage.
Globalement, le coût pour l'Etat de ces régimes spéciaux est-il si
important que ne le dit le gouvernement?… Le déficit des régimes
spéciaux est de 5 milliards d'euros, un peu plus que le déficit du
régime général, 4 milliards. Mais si la réforme passe, le gouvernement
va économiser environ 200 millions d'euros la première année, un
milliard dans cinq ans, et deux milliards dans dix. Je rappelle que les
entreprises bénéficient de 18 milliards d'euros d'exonérations de
charges sociales par an, qui, par définition, ne vont pas à la Sécu, et
qui ont un effet plus que douteux sur l'économie et l'emploi.
Cela dit, le débat sur le financement des retraites inclut également une question de principe sur l'âge du départ à la retraite... Oui, depuis 2003, une loi Fillon déjà, il est prévu le rapport entre la vie active et la vie de retraité ne doive plus bouger ; jusqu'ici on admettait que les gains d'espérance de vie allaient au temps libre, désormais c'est fini. Comme on passait en 2003 les deux tiers de sa vie au travail, on estime que pour chaque année nouvelle gagnée, 9 mois iront au travail, et 3 à la retraite. Pourquoi ? Mystère. Au nom de quoi les progrès sur la mort devraient-ils être affectés au travail ?
Arche de Zoé: Rachida Dati était informée
Libération – 12/10/07 – le Contre journal
Dans l'affaire de l'Arche de Zoé, la secrétaire d'Etat chargée des droits de l'homme, Rama Yade, affirmait avoir alerté son homologue de la justice sur l'opération illégale de l'ONG française. La lettre du Continent (Africa intelligence) s'est procuré la précieuse missive adressée le 1er août 2007 par Brigitte Collet, dircab de Yama Rade, à son homologue de la justice, Patrick Gérard, dircab de Rachida Dati.
Le document et les explications de la Lettre du continent:
« Il y est écrit: "Je souhaite vous alerter sur l'annonce du transfert vers le territoire français de 250 à 1 000 enfants de moins de cinq ans rapatriés de la zone du Darfour (Soudan) et proposés à l'adoption ou l'accueil à des familles françaises, par l'association loi de 1901 "L'Arche de Zoé" qui présente l'opération comme imminente. Cette opération, si elle venait à être réalisée, se déroulerait en toute illégalité au regard des conventions internationales". Le Secrétariat général de l'autorité centrale pour l'adoption internationale (SGAI) qui est sous tutelle du Quai d'Orsay, a saisi le 9 juillet, le Procureur de Paris pour activité illicite en matière d'adoption.
"Nos services sont à la disposition des vôtres pour toute information complémentaire qui vous semblerait utile, qu'il s'agisse d'informer les familles susceptibles d'accueillir les enfants ou de toute autre disposition que vous jugeriez nécessaire" conclut la dircab de Rama Yade.
Et pourtant, sur le terrain, les "sapeurs pompiers volontaires" ont poursuivi l'opération d'"ingérence humanitaire" ! Misère de la diplomatie française… Elle n'est même plus écoutée à Paris !"
Les prêtres mariés, question cardinale pour l'Eglise catholique
20 Minutes, éditions du 12/11/2007
Une porte serait-elle en train de s'entrouvrir ? La question de l'ordination d'hommes mariés pour répondre au manque de prêtres « peut se poser », a indiqué hier le cardinal Roger Etchegaray. « Cela se passe déjà dans les églises gréco-catholiques », fait remarquer le prélat dans Le Parisien-Aujourd'hui en France.
« Mais il faut être clair. Ce n'est pas la solution » à la crise des vocations, précise le vice-doyen du Collège des cardinaux, âgé de 85 ans.
Les agressions de policiers et de pompiers enregistrent une progression alarmante
La croix 12/11/2007
Selon le rapport de l’Observatoire national de la délinquance, l’augmentation des atteintes aux agents dépositaires de l’autorité publique s’est encore amplifiée en 2006
Le 1er octobre dernier, trois jeunes de la cité des Tarterêts (Essonne) étaient condamnés à des peines de six à huit ans de prison pour l’agression de deux policiers commise en septembre 2006. L’affaire de ce passage à tabac avait alors fait grand bruit. Nicolas Sarkozy, ministre de l’intérieur, évoquait même à l’époque un guet-apens. Même si les agressions atteignent rarement un tel degré de violence, les atteintes aux agents dépositaires de l’autorité publique ont connu en 2006 une nouvelle progression alarmante.
L’Observatoire national de la délinquance présente lundi 12 novembre au matin son troisième rapport annuel. Outre les résultats très attendus de l’enquête sur les victimes des violences sur la voie publique et au sein du couple, le rapport présente des données sur les agressions de policiers, de gendarmes et de pompiers, qui révèlent une nouvelle dégradation de la situation.
38 400 atteintes aux personnels et aux biens de la police nationale ont été enregistrées en 2006, soit une hausse de 4,6 % par rapport à 2005. Les dégradations de locaux, avec 1 600 faits recensés, connaissent une véritable explosion de 79 % par rapport à l’année précédente. Et en quatre ans, les atteintes violentes et physiques contre les personnels de police ont augmenté de 36 %.
Les pompiers sont de plus en plus pris à parti
Le syndicaliste impute cette situation à un contexte de montée des agressions physiques en France, alors que certaines infractions comme les vols sont en baisse. Elle serait aussi le résultat d’une tentative délibérée de réseaux mafieux d’écarter toute forme d’ordre républicain dans des quartiers où se développent, sous leur emprise, les trafics de drogue et l’économie parallèle.
La montée de la violence ne touche pas seulement les policiers : les pompiers sont de plus en plus pris à parti. En 2006, la brigade des sapeurs-pompiers de Paris a recensé 224 incidents dont 93 agressions contre les personnes. La situation devient également tendue pour les gendarmes : 1 506 agressions à leur encontre ont été enregistrées en 2006 contre 1 458 l’année précédente, soit une hausse de 3 %. Les atteintes ont progressé à un rythme huit fois plus élevé outre-mer que sur le reste du territoire national.
PARIS ACCELERE LES EXPULSIONS DE ROMS AVANT LA TREVE D'HIVER
Le Courrier Quotidien Suisse 9 Novembre 2007
REPORTAGE - Depuis septembre, les évacuations de bidonvilles roms s'intensifient dans la capitale française. Seule une petite partie des Tsiganes sont relogés.
La police parisienne a été chargée cet automne d'une mission particulière: prendre possession des bidonvilles tsiganes, pour procéder à des expulsions collectives. Vaste travail, car les Roms seraient entre deux et trois mille en Ile de France, estime le collectif RomEurope, qui a recensé l'ouverture de trente-trois campements en 2006 rien que pour le département de Seine-Saint-Denis.
Les interventions ont lieu au petit matin. Premièrement, les forces de l'ordre «sécurisent» les lieux, afin d'éviter des fuites. Ensuite, les «candidats» au départ sont priés de monter dans des bus. Ils voyageront d'une traite aux frontières de la Roumanie ou de la Bulgarie.
Enfin, les campements sont réduits en morceaux, afin que d'autres Roms ne viennent pas les occuper. Le gouvernement de Sarkozy a fixé des objectifs chiffrés en matière d'expulsions d'étrangers. Et les Roms constituent un réservoir dans lequel il est facile de puiser, puisqu'ils vivent en communauté, dans des camps situés loin des regards; derrière des panneaux de chantier, sous des autoroutes, dans des friches industrielles. En 2006, «quelque six mille des vingt-quatre mille personnes expulsées du territoire étaient des Roms», a rappelé au gouvernement la députée verte Alima Bumediene-Thiery, qui s'inquiète de cette «chasse aux Roms».
«Départs volontaires» Depuis janvier 2007, les Roumains et les Bulgares sont devenus des citoyens européens. La France a donc dû trouver un dispositif adapté à cette situation originale, où l'on doit pousser dehors des ayant droit à la libre circulation. «La police arrive avec des Ordres de quitter le territoire français (OQTF) déjà signés, explique Coralie Guillot, coordinatrice du projet rom de l'association France Parada. Les Roms ont le choix entre l'interpellation ou le départ dit humanitaire.»
Ces opérations «minutes» sont autorisées en vertu d'une circulaire ministérielle de décembre 2006, relative à l'aide au retour pour les étrangers en situation irrégulière ou en situation de dénuement. Elles sont chapeautées par l'Agence nationale d'accueil des étrangers et des migrations (ANAEM), qui offre aux exclus une «aide au retour», soit 154 euros par personne et 45 euros par enfant.
Notons qu'il ne s'agit pas de «départs volontaires», une mesure destinée aux non-Européens et qui permet l'allocation d'une somme de 3600 euros pour la réalisation d'un projet au pays, et dont certains Roms on pu bénéficier par le passé. Ce mélange d'humanitaire et de police fait évidemment bondir les ONG locales.
«Ce procédé est complètement illégal. L'aide au retour ne peut se réaliser qu'après une enquête sociale et l'élaboration d'un dossier», relevait il y a peu dans Le Parisien un membre du Groupe d'information et de soutien des immigrés. Michèle Mezard, du collectif RomEurope, déplore que «la police [fasse] pression pour que les gens signent.» Parfois, les OQTF sont tout de même notifiées à l'avance, ce qui permet aux intéressés d'y réfléchir ou de recourir. Au fond, quelle est l'efficacité de ces opérations?
Ils reviennent en France «Une bonne partie des Roms expulsés reviennent en France», explique Nicolae*, un médiateur social rom qui a trouvé un logement pour lui et sa famille grâce à la ville de Saint-Denis. Il juge que cette politique vise avant tout à «faire du chiffre». Coralie Guillot pense que les opérations d'expulsion vont s'intensifier jusqu'à l'arrivée du grand froid et de la «trêve d'hiver», qui interdit d'évacuer les gens de chez eux. Les Tsiganes vivent donc sous la menace permanente d'un départ précipité. Quant aux enfants, personne ne peut dire s'ils finiront leur année scolaire.
La vie des Roms a pour horizon le jour qui passe. Quand un avis d'évacuation tombe, et si cela est envisageable, les communautés se déplacent d'un campement à l'autre, en espérant qu'il ne faudra pas cette fois payer de location au chef du terrain, ces personnages qui remplissent à la fois le rôle de représentant des Roms et d'épicier. Quand on demande aux Roms ce qu'ils feront en cas de retour forcé au pays, la majorité n'a qu'un mot à la bouche: la France, ce pays où les «directeurs d'école viennent accueillir nos enfants à leur premier jour de classe, ce qui n'est jamais arrivé chez moi», dit Nicolae, qui aimerait que sa fille devienne avocate.
Note : * Prénom d'emprunt
Un collectif nantais instaure dans la ville une zone de gratuité
Ouest-France 12/11/07
Place du Commerce à Nantes, le samedi, c’est gratuit !
Des livres, des jeux de société, des vêtements, une planche de surf sont étalés sur la place du Commerce dans le centre de Nantes. Ici, c’est la « zone de gratuité », on donne et on se sert.
Depuis le 3 Novembre, un collectif a décidé de « s’approprier l’espace public pour instaurer un rapport non-marchand » avec les passants.
Les passants s’arrêtent, surpris et se demandent si c’est un troc, un système d’échanges. Ils ont du mal à croire à une gratuité totale. Maria : « c’est bien, ça coûte si cher la vie !» ! Félix promet de revenir apporter des objets, c’est le principe : donne qui veut, et « pas des croûtes ». « Dans cette société, il faut consommer, acheter.. et on finit par jeter », observe t-il. Silvia qui trouve l’idée « géniale » a apporté des journaux italiens, une valise, des porte-clés.
Aujourd’hui, explique un membre du collectif, « l’espace public est colonisé par les marchands ». Nous avons eu envie d’instaurer d’autres types de relations entre les gens, pas seulement celles du consommateurs et du vendeur. Ce sont des militants associatifs, politiques, étudiants….
Les membres de ce collectif totalement bénévole espèrent avoir donné envie à d’autres personnes d’organiser ce type d’initiative, dans Nantes ou ailleurs.
CSG contre TVA sociale, par Claire Guélaud
LE MONDE | 12.11.07
Si le gouvernement pensait en avoir fini avec les états d'âme de sa majorité sur le financement de la protection sociale, le débat sur les prélèvements obligatoires organisé au Sénat avant l'ouverture, lundi 12 novembre, de la discussion sur le budget de la Sécurité sociale a montré qu'il n'en était rien, jeudi 8 novembre.
La ministre de l'économie, Christine Lagarde, avait rappelé son peu d'appétence pour la TVA sociale, un système consistant à augmenter la taxe sur la valeur ajoutée pour diminuer le coût du travail. "Cette mesure pèserait sur le pouvoir d'achat des consommateurs et risquerait de produire de l'inflation", a-t-elle dit. Que nenni !, aurait pu répliquer Philippe Marini (UMP, Oise), qui a redit "la conviction très forte" de la commission des finances sur "l'impôt de consommation".
Dans une économie ouverte, dont il faut préserver la compétitivité, où trouver "des ressources pérennes" pour la protection sociale, sinon en taxant la consommation, s'est interrogé le rapporteur général. "Il manque 1,1 point de contribution sociale généralisée (CSG) pour équilibrer les comptes sociaux. Depuis 2002, nous avons travaillé à la baisse des impôts sur la personne. Or qu'est-ce que la CSG, sinon la part proportionnelle de cet impôt ? (...) Sommes-nous prêts à faire le mouvement inverse ?", a-t-il demandé. "Osons briser les tabous", a surenchéri Jean Arthuis (Mayenne, UDF), président de la commission des finances. Alourdir la fiscalité sur la fortune ? "C'est une chimère qui pousse les patrimoines délocalisables hors de France. Demander plus à la CSG ? Ce serait une atteinte directe au pouvoir d'achat des Français. Que reste-t-il ? L'impôt de consommation", a-t-il plaidé.
Telles ne sont pas les convictions des rapporteur et président de la commission des affaires sociales, Alain Vasselle (Oise, UMP) et Nicolas About (Yvelines, UDF). Le premier a jugé la TVA sociale "potentiellement inflationniste" car les sociétés françaises, avec leurs faibles marges, peuvent ne pas répercuter sur les prix la baisse des cotisations. La CSG ? "Elle est simple, bien acceptée et dépourvue d'impact potentiellement dépressif sur l'économie. Elle doit donc être préférée", a-t-il martelé. M. About a souligné les difficultés à mettre en place une TVA sociale dont il a assuré ne faire "ni une affaire idéologique ni une question de principe". Il s'est demandé s'il faudrait créer "des cotisations négatives" pour les entreprises déjà exonérées de charges.
Ces escarmouches risquent de durer. M. Marini est opposé à la taxation des stock-options et à des prélèvements nouveaux, contrairement à M. Vasselle. Ce dernier propose d'instaurer une flat tax (taux d'imposition unique) à 2 % sur les niches sociales. Celle-ci rapporterait de 400 millions à 500 millions d'euros et pourrait relancer le débat sur l'impôt minimal qui fâche tant Bercy
L'AFFAIRE DE L'ARCHE DE ZOÉ : Ne tirez pas sur l’humanitaire ! par Jacques Julliard
Nouvel Obs 7 novembre 2007 :
Il y a au Darfour des aventuriers, des illuminés, des escrocs peut-être. Mais il y a d’abord des criminels, et même un Etat criminel.
SALE TEMPS pour l’humanitaire. Les lamentables exploits de l’Arche des Zozos au Soudan et au Tchad amplifient jusqu’à la caricature les dérives propres à cette lame de fond qui submerge la planète depuis l’effondrement moral du communisme. Cette lame de fond, c’est la revanche de la charité sur la justice. Puisque la justice finit par s’échouer dans le Goulag, privilégions le présent qui agit sur les lendemains qui chantent, les engagements concrets sur les discours ampoulés, les médecins sur les guérilleros, le bon samaritain sur le pharisien. L’idée chrétienne, la postérité spirituelle de Joachim de Flore, pour parler comme le Père de Lubac, s’était un moment incarnée en se sécularisant dans l’espérance socialiste. Avec l’humanitaire, elle est revenue à son inspiration originelle.
Ses dérives n’en sont que plus fâcheuses. Un mouvement qui comprendrait aujourd’hui près de 40 000 organisations non gouvernementales (ONG) et dont le budget total, selon la John Hopkins University, était en 2002 de l’ordre de 1 600 milliards de dollars (l’équivalent de la cinquième puissance mondiale) ne relève plus du coup de cœur individuel ni de l’artisanat gestionnaire. Il est devenu une affaire de professionnels, pour la plupart salariés et parfois presque aussi bien payés que dans le secteur économique.
Les frais de publicité pour la collecte des fonds auprès des particuliers représentent parfois 50% et plus des sommes recueillies. Les canaux qui conduisent le liquide aux damnés de la terre ne sont pas étanches. Dans les zones de guérillas, les rebelles prélèvent des dîmes de plus en plus lourdes.
En outre, il y a des abus, des scandales comme ceux qui ont touché la Croix rouge et l’Arc (1996). La charité fait rarement bon ménage avec l’ordre comptable. Parlant de Judas, qui n’était pas plus mauvais bougre qu’un autre apôtre mais qui avait le malheur d’être trésorier du groupe, Renan a ce mot terrible : « Chez lui, l’administrateur avait tué l’apôtre ». Voilà bien la question : la charité, en perdant sa modestie, son immédiateté, sa spontanéité devient un charity business, où le business l’emporte sur la charité.
De plus, il y a de tout dans les ONG, des petites et des grandes, des riches et des pauvres, des vraies et des fausses. Flairant la bonne affaire, des loups se sont glissés dans la bergerie, déguisés en moutons. Des gouvernements dans le monde musulman mais aussi dans les pays industriels ont créé leurs succursales humanitaires. Des lobbys économiques, des courants religieux intégristes, des mouvements politiques ont fait de même ; l’humanitaire est un pavillon incontestable pour des marchandises parfois douteuses.
Enfin, c’est le reproche principal adressé par Rony Brauman, qui sait de quoi il parle, puisqu’il fut de 1992 à 1994 président de Médecins sans frontière, la limite entre l’humanitaire et la politique a cessé d’être étanche. Bien souvent, l’humanitaire suit le soldat comme le faisait hier le missionnaire. Les tentations de la guerre juste, voire de la guerre humanitaire sont toujours présentes.
Bien, et alors ? Tout cela doit être dit, révélé au grand jour. On ne gagnerait rien à le cacher. Faut-il pour autant jeter le manche après la cognée, le bébé avec l’eau du bain ? En aucune manière. C’est le parti des tenants exclusifs de la diplomatie traditionnelle, celle qui au nom de la souveraineté des Etats, s’accommode de tous les malheurs pourvus qu’ils restent à l’intérieur de frontières reconnues, de tous les crimes envers les populations commis par les chefs de ces populations elles-mêmes.
En un combat douteux, au delà des impératifs de la commisération, le devoir d’ingérence dont Bernard Kouchner et Mario Bettati se sont fait les hérauts est en train d’accoucher d’un droit international nouveau, celui où la force n’a pas le dernier mot. L’ingérence, c’est la fin de la chasse gardée des tyrans. C’est l’individu devenant sujet du droit international, qui ne reconnaissait jusqu’ici que les Etats. Et cela, grâce à l’apparition encore timide d’une opinion publique internationale substituant l’exigence démocratique aux intérêts des puissances et à la politique de puissance.
N’oublions donc pas l’essentiel. Il y a au Darfour des aventuriers, des illuminés, des escrocs peut-être. Mais il y a d’abord des criminels, et même un Etat criminel. La vigilance nécessaire envers les humanitaires ne justifie pas l’indulgence envers les assassins.

