lundi 12 novembre 2007
La face cachée du « miracle irlandais » : mourir faute de soins
L’Irlande est parfois présentée comme la preuve du bien fondé des recettes libérales. Croissance forte, chômage bas seraient dus aux privatisations et à une imposition des bénéfices réduite à 12%. Mais le Tigre Celtique, comme ses admirateurs le surnomment, a une autre facette nettement moins avenante. Celle d’une société à deux vitesses où le fait de pouvoir ou non s’offrir une assurance santé se paie au prix fort. Celui de la vie.
Susie Long était atteinte d’un cancer, diagnostiqué seulement au bout des 7 mois d’attente qui ont retardé la coloscopie prescrite par son médecin.
Lors d’une séance de chimiothérapie, elle a rencontré un patient qui lui n’avait attendu que trois jours avant de passer cet examen. Cet homme, traité à temps, était en voie de guérison, alors que pour elle-même plus aucun espoir n’était permis.
La raison de cette différence ? L’un avait une assurance privée, l’autre pas.
En rentrant chez elle ce jour là, Susie Long a été saisie d’une colère froide en voyant à la TV une publicité du gouvernement expliquant que le cancer se soignait à condition d’être détecté à temps.
Elle a alors décidé d’écrire à un animateur radio pour raconter son histoire et accuser le système de soins qui ne lui a pas donné la chance de guérir.
La lettre de cette jeune mère de famille est un témoignage qui s’adresse à nous tous. En dénonçant avec rage parfois, mais avec humour aussi, l’injustice qu’elle a subie, et les politiques ainsi que les électeurs qui l’ont rendue possible, jamais elle ne s’apitoie sur son sort.
Mais elle rappelle à chacun d’entre nous que les économies obtenues en abandonnant le principe de l’égalité devant les services publics de soins se payent parfois au prix fort. Celui de la vie.
Susie Long est morte le 12 octobre dernier.
Lettre à Joe Dutty, animateur de la radio RTE, janvier 2007
Cher Joe,
J’ai fait aujourd’hui ma douzième séance de chimiothérapie. J’ai discuté avec la compagne d’un patient qui allait aussi avoir la sienne. Elle m’a raconté que lorsque le médecin traitant de son compagnon lui avait prescrit une coloscopie, il avait été placé sur une liste d’attente. Elle a alors téléphoné à l’hôpital et les a averti qu’il avait une assurance privée. L’examen a eu lieu trois jours plus tard. (...) Dieu merci il a été pris à temps et va guérir.
Je suis ensuite rentrée chez moi, me suis couchée, et allumé la TV. La première chose que j’ai vue, c’est une publicité du gouvernement disant que le cancer des intestins peut tuer, mais pas s’il est traité à temps. Si Bertie Aherm (premier ministre), Mary Harney (ministre de la santé) ou Michael McDowell (ministre de la justice et de l’égalité) avaient été à portée de main, je les aurais tués. Littéralement. Je ne plaisante pas.
Je n’ai pas d’assurance santé privée. C’est une longue histoire, donc commençons par le début.
Je souffrais de douleurs digestives depuis des années. Cela a commencé par impossibilité de m’alimenter le matin. (...) Je suis allé consulter mon médecin à l’été 2005, sans doute deux mois après que des saignements soient apparus. Je me sens idiote rétrospectivement d’avoir attendu, mais je croyais être atteinte d’ hemorrhoides, comme ma mère. (...) Mon médecin était en vacances mais son remplaçant a immédiatement prescrit une échographie et une coloscopie. (...) J’espérais être convoquée rapidement pour la coloscopie... J’ai attendu jusqu’à l’automne, puis au début de l’hiver. (...)
En novembre, j’ai commencé à avoir de sérieuses douleurs abdominales après les repas. J’ai appelé le secrétariat de la clinique pour savoir si j’étais sur la liste d’attente. On m’a assuré que j’étais inscrite et que je serais convoquée rapidement. En décembre, j’ai commencé à perdre rapidement du poids. (...) J’ai rappelé l’hôpital après Noël. Encore une fois on m’a dit que j’étais sur la liste et que je serais contactée rapidement. Joe, de novembre à fin février j’étais à l’agonie. J’étais fatiguée en permanence. Je me tirais du lit pour aller travailler à 16 h 30 l’après midi jusqu’à 22h30, mangeais mon dîner (je ne pouvais manger avant de travailler parce que cela me rendait trop malade ) rangeais la cuisine et retournais me coucher à nouveau. J’étais dans un état lamentable.
Finalement, le 28 février 2006, 4 jours après mes quarante ans j’ai été appelée pour ma coloscopie. (...)
[La coloscopie permet de diagnostiquer un cancer du colon. Susie Long subit alors une première opération, suivie par une rémission.]
Je m’étais sentie suffisamment mal pour aller voir le docteur. Elle a fait ce qu’il fallait. (...) Aurait-il fallu que je passe devant tous ces gens présentant les mêmes symptômes ? Je ne crois pas. Devrait-il y avoir une liste d’attente aussi longue qui mette en péril la vie des gens ? Non, sûrement pas.
Je sais au plus profond de moi que lorsque j’ai commencé à me sentir vraiment mal, de décembre 2005 à février 2006, c’est lorsque le cancer a commencé à se propager. Bien sûr je ne peux le prouver. Mais je le sais. Puisque le cancer s’est généralisé, ont ne me donne que 2 à 4 ans d’espérance de vie. La chimiothérapie prolonge ma vie, elle ne la sauvera pas. (...)
[Mme Long décrit ensuite l’état de certains services de soins où elle a été traitée. Elle dépeint l’absence d’entretien des sanitaires, la qualité déplorable de l’alimentation servie aux malades, et incrimine la privatisation de la restauration des établissements.]
Dois-je blâmer quelqu’un pour mon sort ? J’y ai réfléchi durant l’année passée, et j’ai tenté de l’envisager raisonnablement. Après tout, j’ai attendu que passe Noël avant d’appeler l’hôpital une seconde fois pour demander à être examinée. Mais aujourd’hui, quand je vois cet homme charmant qui était autant, sinon plus, atteint que moi lorsqu’il est allé consulter, et qui lui, va vivre parce qu’il a une assurance privée, alors que moi je vais mourir parce que je n’en ai pas, je dois me mordre les lèvres pour ne pas crier. Je suis heureuse qu’il vive. Il mérite de vivre. Mais moi aussi. (...)
Je suis désormais en colère. Contre qui ? Je vais vous le dire, Joe. Le service de santé est entre les mains de Fianna Fail et du parti Progressiste Démocrate (PD) depuis des années et ils ne pensent qu’à le privatiser. Ils ne sont pas capables de transformer le secteur public pour que plus de ressources soient affectées aux soins des patients.
Mais il ne s’agit pas seulement des politiques. Je suis aussi en colère contre chaque électeur qui a voté pour le Fianna Fail et le PD, car ils pensent qu’ils auront plus d’argent dans leur poche, mais ont été trop stupides et avares pour comprendre que l’argent qu’ils ont gagné sur les cotisations sociales proviendrait d’ impôts dissimulés.
Nous savions tous avant les dernières élections quelle était leur politique de santé, et la majorité a choisi de ne pas en tenir compte et a voté pour eux malgré tout. Ils pensent sans doute que cela ne pourrait jamais leur arriver. Ou peut-être sont-ils nombreux à avoir une assurance privée et à ne pas s’en soucier parce qu’ils sont couverts. (...)
Je vous écris car la façon dont fonctionne ce pays me fait penser que prendre contact avec une émission de radio est le seul moyen pour tenter de changer des choses comme celles-la. J’espère que lorsque les possesseurs de 4x4 et les gens fortunés iront dans l’isoloir, ils penseront à moi, mon mari, et mes enfants.
Mon mari est un homme bien. Il travaille à plein temps et a un bon emploi. Je travaillais à mi-temps dans un boulot que j’aimais, à aider les femmes et les enfants en difficulté, donc évidemment, je n’étais pas très bien payée. Nous savons quelles sont les priorités de Bertie, Michael, Michael et Mary.
Bien que nous ayons un salaire et demi, nous ne pouvions pas nous payer la Volontary Health Insurance ou la Bupa (assurances complémentaires publiques et privées).
Mais même si nous avions pu nous ne l’aurions pas fait, parce que nous croyions ( et continuons de croire) que tout le monde devrait être soigné correctement quels que soient ses revenus. Nous pensions que passer devant les files d’attentes était mal.
Nous sommes socialistes.... Tout comme Bertie. Ha ! Ha ! Maintenant j’ai envie de vomir, et ce n’est pas à cause de la chimiothérapie.
© http://contreinfo.info/
On s'attend à « une grève qui peut durer »

L'épreuve de force entre le pouvoir et les syndicats débutera demain soir et mercredi, autour des régimes spéciaux de retraite, avec des grèves prévues massives dans les transports.
Près de deux millions de personnes agressées en 2005 et 2006
LIBERATION lundi 12 novembre 2007
L'enquête de l'Observatoire national de la délinquance, publiée lundi, fait apparaître un fort décalage entre le nombre de personnes déposant plainte et le nombre réel d'agressions.
4,7% des personnes interrogées ont déclaré avoir subi au moins un acte de violence physique et 1,3% au moins un acte de violence sexuelle hors ou au sein du ménage. 4,6% des hommes et 4,8% des femmes ont été victimes d'actes de violences physiques. 0,7% des hommes et 2% des femmes ont déclaré avoir subi un acte de violence sexuelle.
En matière d'agression physique ou sexuelle, le nombre de personnes ayant déposé plainte apparaît particulièrement faible: 28,8% ont déposé plainte pour violences physiques et 8,4% pour violences sexuelles hors-ménage. Elle sont encore moins nombreuses au sein du foyer (8,8% et 5,5%).
Les femmes victimes de violences dans le ménage expliquent leur silence par leur souci de «trouver une autre solution» (82,7%), ou parce qu'elles ont estimé que «cela n'aurait servi à rien» (57,4%), enfin «parce que ce n'était pas grave» (56,9%). Pourtant, près de 53% des femmes victimes de violences dans le ménage ont déclaré aux enquêteurs de l'OND «avoir subi des dommages psychologiques plutôt importants voire importants».
Pour ce qui est des atteintes aux biens, autre point noir de la délinquance, qui englobe cette fois les personnes de plus de 14 ans et qui porte uniquement sur l'année 2006, l'estimation de l'OND recense 4.876.000 vols ou tentatives de vols: 36,8% de ces vols et tentatives ont fait l'objet d'une plainte.
Une baisse «significative» des vols liés à la voiture est relevée par l'OND en 2006 par rapport à 2005 (-6,1%). Les cambriolages de la résidence principale restent en revanche stables et donnent lieu à 70% de plaintes et seulement 40% pour ce qui est des tentatives.
En 2006 toujours, écrit l'OND, 481.000 vols avec violences ou menaces ont été perpétrés. Environ un vol ou tentative à la personne sur trois fait l'objet d'une plainte.
Sur le sentiment d'insécurité, l'OND précise que la proportion de personnes estimant que la délinquance est le problème principal de leur quartier est en baisse à l'exception des zones urbaines sensibles qui «se singularisent» de ce point de vue.
Près de 2 millions de personnes, soit 5,6 % de la population française âgée de plus de 18 ans, disent avoir été agressées physiquement ou sexuellement au cours des années 2005 et 2006. C'est le constat que fait l'Observatoire national de la délinquance (OND), dans son enquête de victimation publiée lundi, et qui porte sur un échantillon représentatif de 17 000 personnes. Les enquêtes de victimation visent à apporter d'autre chiffes que ceux des statistiques de la police ou de la gendarmerie, en permettant de connaître des atteintes que les victimes n'ont pas signalées
La promotion des RTT, nouvelle optique pour recruter
Libération lundi 12 novembre 2007
II est encore des entreprises à ne pas céder à l’activisme ambiant, et à oser vanter les RTT. C’est écrit en gros, en orange et avec un point d’exclamation : «Oui aux 35 heures !»
La Générale d’optique a édité et distribué sa plaquette lors du salon mondial de l’optique qui s’est tenu en octobre. Le but : recruter. «Dans notre secteur, il y a beaucoup plus d’offres d’emploi que de personnes pour les occuper», explique Nadia Hamour, chargée de recrutement. Et pour contrer la pénurie de main-d’œuvre, la Générale d’optique, qui dit vouloir recruter 500 «collaborateurs» par an, vante la polyvalence de ses métiers, ses promotions internes et, donc, ses 35 heures.
«Nous travaillons quatre jours par semaine. Nous voulons montrer qu’on peut avoir un emploi, tout en gardant du temps libre», poursuit Nadia Hamour. On savait que certains DRH hésiteraient à remettre en cause leurs accords RTT qui leur avaient assuré une certaine paix sociale et permis une modération salariale.
Voilà venus les employeurs pour qui les 35 heures sont un bel argumentaire publicitaire.
Toujours plus d’enfants en détresse
CHARLOTTE ROTMAN Libération lundi 12 novembre 2007
L’an dernier, 98 000 enfants ont été déclarés «en danger». Soit 1 000 de plus que l’an passé. C’est ce que révèle l’Odas (l’Observatoire national de l’action sociale décentralisée) dans l’étude annuelle qu’il présente aujourd’hui.
Repérés en difficulté, ces enfants ont été orientés vers la protection administrative ou judiciaire de l’enfance. En moins de dix ans, c’est une augmentation de 18 %. En 2006, parmi les enfants «en danger», on trouve davantage d’adolescents et de préadolescents. Mais les moins de 6 ans pèsent tout de même près de 30 %. Et, jusqu’à 15 ans, on compte plus de garçons signalés que de filles.
Pour près d’un jeune sur deux, les carences parentales ont des retombées sur la scolarisation et la socialisation (non-respect des règles de la vie en société, pratiques addictives). «Il apparaît donc bien urgent de doubler l’amélioration de nos réponses individuelles à l’enfance en danger par la construction d’un projet social global pour soutenir et accompagner les familles en difficulté», estime l’Odas.
Les 20 % restant sont des enfants «maltraités». En 2006, le chiffre diminue de 5 %. Pas de quoi franchement se réjouir, puisqu’entre 1998 et 2006 le poids des violences psychologiques a doublé. Celles-ci représentent 44 % des situations, avec les négligences lourdes. Dans le même temps, le nombre d’enfants pris en charge au titre de la protection de l’enfance évolue peu (quatre fois moins que les signalements recensés sur la même période). Selon l’Odas, ce décalage met en lumière le phénomène des signalements dits «itératifs» (transmis plusieurs années de suite pour le même enfant), mais qui n’ont pas abouti à une prise en charge
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Trois fois sur quatre, les difficultés intrafamiliales sont à l’origine du signalement. Dans près de la moitié des cas, ce sont des carences éducatives parentales. Ensuite viennent les conflits de couple ; 10 400 enfants sont concernés par les violences conjugales. L’an dernier, la part de la précarité économique était en nette hausse. Entre 2005 et 2006, les enfants qui en étaient victimes sont passés de 12 600 à 16 100 (16 % des signalements).
Les enfants dits «à risque» représentent 80 % des jeunes «en danger» . Ils ne sont pas considérés comme maltraités, mais leurs conditions d’existence risquent de compromettre leur santé psychologique et leur éducation. En 2006, ils sont 2 000 de plus que l’année précédente.
JO PéKIN - Un collectif français lance une opération à dix mois des JO
NOUVELOBS | 09.11.2007
A partir de ce vendredi, nouvelobs.com et le Collectif Chine JO 2008 publient chaque semaine, jusqu'à l'ouverture des Jeux Olympiques de Pékin, le 8 août 2008, 40 cas de violations des droits de l'Homme.
Le Collectif Chine JO 2008 réunit neuf associations françaises qui veulent rappeler à la Chine ses engagements en matière de droits de l'Homme à moins d'un an des Jeux Olympiques de Pékin. Les autorités chinoises "s'étaient engagées à améliorer la situation des droits de l'Homme, conformément aux valeurs de l'Olympisme fondées sur "le respect des principes Éthiques fondamentaux universels", et visant à "promouvoir une société pacifique, soucieuse de préserver la dignité humaine" rappelle le communiqué du Collectif.
"À moins d'un an des JO, les faits contredisent ces promesses. Non seulement les autorités chinoises ne respectent pas les engagements pris lors du dépôt de la candidature de Pékin, mais surtout elles n'ont fait que durcir la répression à l'encontre de la société civile chinoise, des journalistes et des défenseurs des droits de l'Homme, des Tibétains et des Ouighours, des mouvements religieux et spirituels" poursuit le communiqué.
Le Collectif Chine JO 2008 a donc décidé, par une lettre envoyée à l'ambassade de Chine le 2 août dernier, d'interpeller le gouvernement. Reprenant en son nom les aspirations profondes de la société chinoise à la liberté, le mouvement a identifié 8 revendications principales, énoncées dans un "petit livret rouge" paru en août dernier.
L'opération J-40 semaines A partir de vendredi 9 novembre, et au cours des 40 semaines qui précèdent l'ouverture des Jeux Olympiques de Pékin, le collectif rend public 40 cas de violations patentes des Droits de l'Homme (un par semaine). Choisis parmi des milliers, ces cas précis et détaillés illustrent les huit revendications majeures du peuple chinois. La manière dont ces cas seront ou non réglés par les autorités de Chine Populaire permettra de mesurer sur une échelle précise une éventuelle évolution.
En tout état de cause, les informations ainsi rendues publiques permettront à l'opinion, et particulièrement aux sportifs, journalistes et supporters, de témoigner du non respect des Droits Humains, à la veille d'un événement largement médiatisé aux quatre coins du monde.
Nouvelobs.com s'associe à cette initiative, souhaitant que les cas mis en avant soient largement repris et diffusés. Chaque semaine, nous publions le cas choisi par le collectif.
Les labos creusent le trou de la sécu
Une chronique de Bernard Maris, journaliste et écrivain à France Inter. Vendredi 09 Novembre 2007 Ce matin, un rapport de l'inspection générale des affaires sociales... l'IGAS, préconise un «désarmement commercial organisé» de l'industrie pharmaceutique...
Désarmement commercial organisé, cela veut dire : moins de publicité et moins de promotion pour les médicaments. L'IGAS vient de remettre un rapport au gouvernement, dénonçant les pratiques excessives des laboratoires pharmaceutiques : trop de promos, trop de visiteurs médicaux qui favorisent l'expansion globale des prescriptions. L'industrie pharmaceutique dépense 3 milliards d'euros par an pour informer les seuls médecins, au moyen essentiellement des visiteurs médicaux. Et l'IGAS fait le calcul suivant : cela revient à facturer à la collectivité, via les médicaments prescrits, des sommes importantes. L'IGAS propose le chiffre de 25000 euros par généraliste qui sont répercutés sur la Sécu, sans contrepartie médicale.
Les médecins français sont les plus visités et démarchés d'Europe, et sans doute du monde, si l'on met à part les Etats-Unis. D'où l'augmentation du nombre de médicaments vendus... D'où, beaucoup de dépenses de médicaments. Et beaucoup de bruit promotionnel, qui interdit d'entendre les bons messages de la Haute Autorité de santé, les messages de sa campagne contre les antibiotiques par exemple.
Les moyens de la Haute Autorité de Santé sont dérisoires face à ceux des monstrueux laboratoires pharmaceutiques, pour qui la prévention est une catastrophe économique et financière, et dont la devise est : «Mieux vaut médicamenter que prévenir.» Si l'on regarde les dépenses publicitaires de l'industrie pharmaceutique, elles sont impressionnantes, aussi importantes sinon plus que les fameuses dépenses en recherche et développement. Pour rester dans la course, les grands labos doivent mettre sur le marché des molécules vedettes, des « blockbusters » dont le chiffre d'affaires dépasse – pour chaque molécule – un ou deux milliards de dollars.
En revanche, l'industrie pharmaceutique n'aime pas les médicaments génériques, qui sont beaucoup moins rentables... Les grands labos luttent férocement contre les génériques au nom de la protection d'une recherche qui est plus faible que la pub. Que faire contre eux ? L'IGAS propose l'institution de «médecins sentinelles» qui collaboreraient avec les organismes de Sécurité sociale pour contrôler le bon usage du médicament...Mais dans une société qui rêve à la vie éternelle, l'avenir du médicament est assuré.
Algérie. Plus de 4.700 mines datant de l'ère coloniale détruites en octobre
La Tribune 11/11/07
Plus de 4.700 mines ont été détruites en octobre par l'armée algérienne le long des frontières Est et Ouest du pays, dans le cadre de la poursuite de l'opération de déminage des zones minées par l'armée coloniale française, rapporte dimanche l'agence officielle APS.
Les efforts conjugués des unités engagées dans cette opération ont permis ainsi la découverte et la destruction de 4.779 mines exactement, réparties au niveau de plusieurs régions du pays. Ce qui porte le total général des mines découvertes et détruites en Algérie, à la date du 31 octobre 2007, à 252.447 mines, soit 204.381 mines antipersonnel, 47.485 mines anti-groupes et 581 mines éclairantes.
Ce dernier décompte de mines découvertes et détruites est intervenu le même mois où la France a officiellement remis à l'Algérie les plans de pose des mines placées par l'armée française aux frontières est et ouest du pays durant la guerre d'Algérie (1954-1962).
C'est le général d'armée Jean-Louis Georgelin, chef d'état-major des Armées françaises, en visite officielle en Algérie, qui a remis solennellement au général de corps d'armée, Ahmed Gaïd Salah, chef d'état-major de l'armée algérienne, les plans des mines posées par l'armée française, entre 1956 et 1959, le long des frontières connues sous le nom de "lignes Morice et Challe". Des lignes destinaient, alors, à empêcher les infiltrations de combattants algériens du Maroc et de la Tunisie
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Selon Alger, trois millions de mines antipersonnel, sur les 11 millions implantées par l'armée française durant la guerre d'Algérie, sont encore enfouies le long des frontières est et ouest de l'Algérie.
Le président s’est laisssé emporter, une fois de plus, avec les marins pêcheurs.
Marianne - Dimanche 11 Novembre 2007 - Longlongjohn
Un point de vue et une analyse du style Sarkozy, entre courage, témérité et superficialité.
Nicolas Sarkozy est fidèle à son style, qu'il calque sur celui des Bush, et avant eux de Reagan. On néglige trop le fait que Sarkozy a une réelle et profonde admiration pour le style de ces présidents républicains qui la jouent très « texane » et n'hésitent pas à monter sur le ring. D'ailleurs on ne peut pas enlever à Sarkozy un certain courage dans sa façon « d'aller au charbon » et de défier ses ennemis. Mais c'est, hélas, stérile et je crains que tout cela ne se termine très mal.
D'abord parce qu'il n'est ni sain, ni utile, que le premier personnage de l'Etat s'expose ainsi en première ligne. Ce pourrait l'être s'il recevait à l'Elysée une délégation de pêcheurs en colère, car alors un vrai dialogue pourrait s'installer. Mais au Guillvinnec, ça ne pouvait tourner qu'à l'opération provoc' et au dialogue de sourds. Autre exemple, je trouve que Nicolas Sarkozy engage bien imprudemment la France lorsqu'il déclare, toujours en matamore, qu'il ira chercher nos compatriotes au Tchad « coûte que coûte ». Qu'il le veuille est tout à son honneur, et il faut lui en reconnaître le mérite. Mais qu'il le clame haut et fort au nez et à la barbe (surtout à la barbe hélas...) des Tchadiens est une erreur de débutant, car il contribue ainsi à cristalliser les partis pris et rend les négociations diplomatiques hautement hasardeuses. Il faut toujours éviter de faire perdre la face à l'adversaire, même s'il doit plier.
De ce point de vue, et venant après de nombreuses autres bourdes liées à l'impulsivité du personnage, je m'interroge sur la réalité de sa compétence, reconnue par Simone Weil. Quant à sa gentillesse... il en fait peut-être preuve à l'égard de ses proches et de ses fidèles, mais certainement pas à l'égard de ses opposants politiques ! J'eus préféré un Président courtois, car cette vertu aurait pu être perçue par tous. Sur ce point, Azouz Begag sera peut-être d'accord avec moi ?
'' Ecouter Voir '' : Au secours la police est partout ! par Jean-Claude Guillebaud
téléobs Novembre 2007
Une telle inflation de séries policières à la télévision est en soi révélatrice de l’état de notre société.
Dans le paysage audiovisuel français, des choses se produisent parfois à notre insu. Non point qu’elles soient invisibles mais simplement subreptices. Je veux dire qu’elles s’installent peu à peu dans le paysage, sans que nous y prenions garde. Un exemple criant : la prolifération des séries policières de la télévision. Cette prolifération – probablement sans précédent – s’est faite au cour des quatre dernières années. Elle est si massive aujourd’hui qu’une énorme part du temps passé devant le petit écran est consacré a l’observation de policiers en action, de meurtres en cours d’élucidation et d’enquêtes ou violences en tous genres.
Qu’on en juge. Voici le relevé sommaire d’une seule petite semaine de programmation, et encore a l’exclusion du câble de la TNT et seulement aux horaires disons raisonnables d’avant minuit. Il s’agit là, notons-le bien, des séries policières et seulement d’elles, non inclus les simples films policiers sans épisodes à suivre.
France 2, service public ne diffuse pas moins de cinq séries chaque semaine ( FBI : Portés disparus, Cold Case, Sur le fil, Central nuit, Avocats et Associés ). Sur France 3 nous n’avons que l’inénarrable Maigret et sur France 4 Groupe Flag. TF 1 propose aussi cinq séries policières ( New-York Unité spéciale, Preuve à l’appui, les Experts, Esprits criminels, et Femmes de Loi ). M6 n’est pas en reste avec, au minimum, quatre séries par semaine : ( Enquêtes Spéciales, Prison Break, Les Bleus : premiers pas dans la police et Bones ).
Au total et si l’on s’en tient seulement à ses chaînes principales, cela fait tout de même 16 histoires de flics offertes chaque semaine, à la curiosité des téléspectateurs français. Certes, certaines de ces séries sont de bonne qualité. On est loin des misérables téléfilms diffusés il y a quelques années. Il n’empêche que cette incroyable quantité signifie quelque chose. Elle a valeur de symptôme. Quelle sorte de besoin ou de fantasme viennent-elles donc satisfaire ?
On voudrait suggérer prudemment quelques réponses. D’abord, si les Français sont à ce point captivés par les histoires « de gendarmes et de voleurs », c’est sans aucun doute parce qu’un fantasme de peur et d’insécurité plane sur la société française.
Le succès du flic – quel qu’il soit - rassure, comme réjouit de voir inévitablement confondus, arrêtés ou éliminés les méchants du scénario. Les dits flics, hommes ou femmes, qui gagnent toujours, sont d’ailleurs le plus souvent sympas, anti-héros, copains quoi. Ils sont comme les grands frères qui veillent.
Mais cette explication ne suffit pas. Une inflation aussi vertigineuse de spectacles policiers traduit également une réalité moins aimable : l’irrésistible « pénalisation » de nos démocraties pour parler comme les magistrats. Habitées par la trouille, les dites sociétés sont devenues incapables de faire fonctionner les dispositifs d’intégration de jadis ( culture ouvrière, syndicats, familles, écoles, armées, etc … ) Elles s’en remettent au Code pénal pour seule et ultime régulation. Dans une telle société, le flic, c’est à la fois l’instituteur, le psy et le papa. Pas très gai, dans le fond …
Jean-Claude Guillebaud est journaliste /écrivain /essayiste,ancien président de Reporters sans frontières

