vendredi 9 novembre 2007
Pays basque - Vent d'inquiétude chez les salariés de SAGEM
SUD-OUEST 9 novembre 2007
MOUGUERRE. -- Les salariés de Sagem rejettent le projet de cession de leur groupe au fonds d'investissement américain Gores Group. Ils ont débrayé une heure hier
La tenue d'un comité central d'entreprise (CCE) de Sagem Communication, mercredi à Paris, n'a pas calmé l'inquiétude qui a gagné les salariés depuis l'annonce de la probable cession du groupe à un fonds d'investissement américain, Gores Group (voir S.O. du 30 octobre).
Hier matin, une bonne centaine d'employés du site de Mouguerre ont débrayé pendant une heure, le temps d'écouter les rapports des différents délégués syndicaux, rentrés dans la nuit de la capitale. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que les projets évoqués la veille, par la direction de Sagem Communication, ont laissé les personnels circonspects.
Prêteur à gages. «La première information, c'est qu'il ne s'agit pas d'une cession, mais d'une scission, c'est en fait notre direction générale qui veut quitter le groupe Safran pour se jeter dans les bras des Américains, ce n'est en tout cas pas Safran qui veut nous pousser vers la sortie» note Serge Voise, délégué de Force Ouvrière. «Il faut savoir par ailleurs que la vente n'est pas encore faite, mais seulement en cours de négociation».
Autre élément rapporté de ce CCE parisien, l'intervention de Gores Group, si elle se concrétisait, se présenterait non pas comme une acquisition capitalistique, mais sur la base d'un emprunt obligataire. Autrement dit, l'Américain agirait comme un prêteur à gages, sur une durée relativement courte -3 à 5 ans- et avec la garantie d'un retour sur investissement de 8%.
Que se passera-t-il ensuite? A fortiori si l'objectif des 8% n'est pas atteint? Autant de questions qui ont agité les rangs hier matin, d'autant que les représentants du personnel ont été unanimes à souligner le fait que le montage financier qui leur avait été présenté la veille ne relevait pas de la plus grande clarté.
«C'était extrêmement compliqué à comprendre, il faudra d'ailleurs que nous fassions appel à un expert pour démêler tout cela» commentait Jean-Michel Goyheneche, de la CGT, plutôt perplexe également quant au projet de développement proposé par Sagem Communication. «L'argent apporté par l'investisseur américain doit permettre l'acquisition de trois autres sociétés en Europe, sur lesquelles nous ne savons rien, si ce n'est qu'elles ne sont pas forcément rentables».
Manque de visibilité. «Tout cela manque de visibilité et ne relève que d'une stratégie financière, sans projet industriel» regrette Dominique Labadie, de la CFDT. «Avec Gores Group, on ne sait pas où l'on va. Tout ce qu'on nous propose, c'est un saut dans l'inconnu».
Face à cet océan d'incertitude, l'intersyndicale de Mouguerre a adopté hier matin une motion dans laquelle elle fait connaître à Patrick Sevian, le PDG de Sagem Communication, son «hostilité au projet de sortie du groupe Safran et à l'entrée du prêteur à gages Gores Group». Solllicitée par nos soins, la direction de Sagem Communication n'a pas souhaité communiqué sur ce comité central d'entreprise.
500 salariés. SAGEM emploie environ 500 personnes à Mouguerre, dont 300 titulaires et 200 intérimaires.
L'usine produit des pièces électroniques de haute technologie, principalement des décodeurs pour la TNT et des routeurs numériques. Elle n'a en revanche aucune activité liée à la téléphonie mobile.
La société appartient à Sagem Communication, qui emploie environ 6 500 personnes et est spécialisée dans l'ensemble des activités de haut débit .
Sagem Communication fait partie du groupe Safran, né il y a deux ans de la fusion entre Snecma (aéronautique) et Sagem (électronique).
Celui-ci pèse 11 milliards d'euros de chiffre d'affaires, emploie 62 000 salariés et est présent dans 30 pays.
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