mercredi 7 novembre 2007
La Belgique au bord de la crise de régime
REUTERS : mercredi 7 novembre 2007 par Yves Clarisse
BRUXELLES - La Belgique se trouve au bord d'une crise de régime d'une gravité sans précédent qui risque de provoquer un divorce entre Flamands et francophones divisés par les querelles linguistiques.
Cent cinquante jours après les élections du 10 juin dernier, le moment de vérité est arrivé dans les négociations entre libéraux et démocrates-chrétiens, qui tentent sans succès depuis cinq mois de bâtir la seule coalition de gouvernement possible.Si les pourparlers ont progressé sur les dossiers sociaux et économiques, pour lesquels un compromis est pratiquement prêt, la formation du gouvernement risque d'échouer en raison d'un problème apparemment insoluble entre les deux communautés.
Le caricaturiste du quotidien belge Le Soir résume bien la gravité de la situation lorsqu'il dessine le roi Albert II coiffé de sa couronne appelant au téléphone le président français pour lui demander: "Au pire, Monsieur Sarkozy, vous viendriez nous chercher en avion, ma femme et moi?".
Jusqu'à présent, les négociateurs, qui ont battu lundi le record de durée pour la formation d'un gouvernement, avaient soigneusement évité de traiter la véritable bombe à retardement que constitue le droit des francophones vivant dans la périphérie flamande de Bruxelles - ils sont de 120.000 à 150.000 - de voter pour des listes électorales francophones. Ils peuvent pour le moment exercer ce droit grâce à l'existence de l'arrondissement électoral bilingue de Bruxelles-Hal-Vilvorde (BHV), qui dépasse largement les limites de la région bruxelloise, peuplée à 85% de francophones.
COUP DE FORCE FLAMAND
Les partis flamands, tous unis sur ce dossier, exigent la scission de BHV afin de faire respecter la frontière linguistique fixée en 1962, ce qui délimiterait les contours d'un futur Etat flamand si le pays devait éclater.
Les partis francophones veulent de leur côté obtenir des compensations à une éventuelle scission de BHV, ce qui prendrait pour eux la forme d'un élargissement de la région de Bruxelles, zone bilingue, à certaines communes de la périphérie.
Pour les Flamands, il s'agit d'une provocation, puisqu'il leur faudrait céder une partie de leur territoire en assurant du même coup une continuité territoriale entre la Wallonie et Bruxelles, ville francophone enclavée en Flandre.
Faute de perspective d'accord négociée sur ce point, tous les partis flamands ont en effet annoncé qu'ils voteraient mercredi après-midi la scission de BHV sans compensation en commission de l'Intérieur de la Chambre des représentants.
Sur le papier, l'issue du vote ne fait aucun doute: les Flamands, qui représentent 60% de la population du pays, y disposent automatiquement d'une confortable majorité.
Mais un tel coup de force serait lourd de conséquences.
CONSÉQUENCES INCALCULABLES"
Pour la première fois dans l'histoire du pays, une communauté utiliserait en effet son poids démographique pour imposer une réforme qui est rejetée avec force par l'autre.
Elle le ferait en outre grâce à l'appoint du parti d'extrême-droite Vlaams Belang, dont le slogan est "België barst!" ("Belgique, crève!"): sans ses députés, les Flamands ne disposent en effet pas de la majorité nécessaire.
Or, la perspective de ce vote à haut risque se précise.
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