mercredi 7 novembre 2007
La longue marche des Ford
Sud-Ouest Gironde 7 Novembre 2007
BLANQUEFORT. --Hier toute la journée, jusqu'à 22 heures, plusieurs centaines de salariés de Ford ont manifesté sur le parking de l'unité de production de boîtes automatiques, puis dans les rues de la ville.
« Depuis 30 ans, je n'ai jamais connu ça ! Une telle mobilisation, 24 heures d'arrêt de travail, l'appel unitaire de six syndicats sur le site FAI de production de boîtes automatiques. Même les cadres, en grand nombre, ont appelé à la mobilisation. » Pierre Norrito porte les couleurs de la CGT. D'autres affichent celles de la CFTC, CFE-CGC, FO, UNSA,
Une banderole bloque le tourniquet d'accès à l'usine. « Ça aussi c'est une première, en tout cas depuis le grand mouvement des années soixante-dix qui avait été motivé par des questions de salaires. Des débrayages ponctuels, il y en a eu, certes, ces derniers temps, mais vingt-quatre heures de grève, c'est inédit ».
À 6 heures, hier, dans les fumerolles des marais, on préparait les braseros : les petits matins ne sont pas chauds. Les équipes du matin sont là, sur le parking, rejointes jusqu'à 10 heures par d'autres salariés. Plusieurs centaines assurément, sur un effectif de 1 800 que compte le site FAI, le plus menacé par le désengagement du constructeur .
Les sous traitants aussi. Les salariés de Ford ne sont pas seuls : ceux d'entreprises prestataires de services sont là aussi. C'est le cas de Benito Bandera, employé de Sodexo, l'entreprise de restauration collective. « Nous ne craignons pas directement pour nos emplois, notre employeur nous affectera sur d'autres sites si Ford devait fermer. Pour autant nous sommes solidaires du combat qu'ils mènent, nous partageons leurs craintes ». Quarante salariés de la Sodexo assurent la restauration chez Ford.
La musique de la voiture sono a de drôles d'accents en ce matin frileux. Les airs se veulent entraînants. Pourtant, personne n'a le coeur à l'allégresse. La mobilisation est forte, chacun sait que la plus grosse des deux unités, celle qui produit les boîtes automatiques pour le marché américain, a ses jours comptés. 2 009 semble l'horizon le plus optimiste pour maintenir cette activité. Heureusement, la situation est plus favorable sur l'autre unité, celle des boîtes de vitesse manuelles pour les petites et moyennes cylindrées européennes. De 750 000 boîtes par an au plus beau de la production, la fabrication se maintient à 650 000 unités. Sur ce site GFT, seule la CGT a appelé à 24 heures de grève, les autres organisations limitant les arrêts de travail à 3 heures. Sur le coup de 10 heures, le cortège se forme, entreprend une marche de trois kilomètres autour de l'usine, puis se rend dans le centre-ville de Blanquefort pour distribuer des tracts. Tandis que les salariés réclament au porte-voix et sur les banderoles « des investissements pour le site de Blanquefort », un groupe de travail réunit à Bordeaux, pour la troisième fois, le représentant de direction européenne du constructeur, les pouvoirs publics, et des élus.
À Bordeaux la prochaine fois. « La prochaine fois, lors de leur réunion du 11 décembre, il vaudra mieux que nous allions manifester à Bordeaux, estime un salarié. Ici, à Blanquefort, tout le monde connaît la situation de Ford. Nous devons désormais aller à la rencontre du public en centre-ville ». Retour du cortège sur le site de production.
Les équipes de l'après-midi sont là, sur les parkings. Les salariés se saluent mais parlent peu. Que dire de plus ? Tous souhaitent que Ford annonce de nouveaux investissements. Mais le communiqué, la veille, de Werner Harbers représentant Ford Europe pour les moteurs transmissions, ne porte pas à l'optimisme. Le texte exprime la « nécessité d'attirer des investisseurs sur le site ». En clair, il s'agit de préparer l'après Ford. Et là, les informations sont rares, bien sûr confidentielles.
L'après-midi s'étire, le jour tombe. À 22 heures le travail reprendra. « Nous savons que nous fabriquons un produit en fin de vie, mais il y a certainement d'autres choses à faire. Tout le monde parle de voitures hybrides électriques et thermiques. Pourquoi pas chez nous ? » interroge un gréviste les mains tendues sur les braises d'un foyer finissant.
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