mardi 6 novembre 2007
Le soutien des Etats-Unis à la dictature de Pervez Musharraf est une alternative dangereuse
Editorial de François SERGENT Libération mardi 6 novembre 2007
Pervez Musharraf est un homme dangereux. Dictateur militaire depuis 1999, le général invente le coup d’Etat dans le coup d’Etat. Quelles que soient ses précautions sémantiques, il a imposé la loi martiale et matera, dans le sang s’il le faut, les velléités de révolte de l’opposition ou des contre-pouvoirs que sont la presse ou les juges. A une seule fin, se maintenir au pouvoir.
Cet homme passe aussi pour être le meilleur allié de George Bush, qui a réagi avec une gêne notable à ce déni de droit. Le Pakistan de Musharraf est pourtant le pays de la dissémination nucléaire tous azimuts la moins contrôlée. C’est aussi le pays qui mène un travail de sape contre l’Afghanistan de Karzaï, lui aussi allié majeur des Etats-Unis. C’est aussi le pays qui abrite Ben Laden. Ajoutez à ce sinistre tableau que le pays est miné par le trafic de drogue et la corruption et qu’il «autorise» les viols collectifs au nom du respect des lois tribales.
Mais George Bush et ses alliés néocons ont choisi de fermer les yeux sur cet homme dangereux au nom de la sacro-sainte lutte contre le terrorisme. Habilement, Musharraf leur livre régulièrement des militants d’Al-Qaeda tout en laissant les services secrets de son armée entretenir les meilleures relations avec les néotalibans. Cyniquement, Washington prétend que toute autre option serait pire que Musharraf.
Le même raisonnement était tenu en Amérique latine durant la guerre froide. Les Américains, vingt ans plus tard, continuent de payer cette stratégie. Il est temps pour les Etats-Unis de dénoncer Musharraf pour ce qu’il est. Y compris dans leur propre intérêt.

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