mercredi 31 octobre 2007
L'Autriche contrainte de revoir ses méthodes d’intégration pour une politique d’immigration indispensable à son économie
LE MONDE | 30.10.07 | Laurence Monnot
Pressé par l'écho médiatique donné aux récents cas d'expulsions de familles pourtant bien intégrées, le ministre autrichien de l'intérieur, le conservateur Günther Platter, a lancé une "plate-forme sur l'immigration". Ses recommandations, notamment celle d'un renforcement des cours d'allemand pour les immigrés, serviront de base à un nouveau projet de loi du gouvernement de coalition du chancelier social-démocrate Alfred Gusenbauer.
Le ministre de l'intérieur, qui s'oppose à la création d'un secrétariat d'Etat à l'intégration, souhaite aussi qu'une cour spéciale soit mise en place en 2008 afin d'accélérer le traitement des 33 000 demandes d'asile non considérées durant la dernière décennie.
L'Autriche découvre qu'elle est un pays d'immigration, et ses hommes politiques qu'il est temps de songer à mettre en place une politique d'intégration. D'autant que les milieux économiques font pression pour obtenir l'ouverture du marché du travail aux travailleurs spécialisés.
Sortant de sa réserve, le président de la République, Heinz Fischer, a plaidé pour l'octroi de la résidence aux familles intégrées présentes depuis plus de sept ans. Les conservateurs s'y opposent, les sociaux-démocrates sont divisés.
En dépit des quelques voix solitaires, comme celles de la présidente de la Chambre des députés, Barbara Prammer, et de la ministre de la justice, Maria Berger, qui réclament une révision rapide du droit, le toilettage de la législation héritée de la précédente coalition alliant la droite conservatrice à l'extrême droite ne devrait pas avoir lieu avant la fin de 2008.
En 2006, le Mipex, une étude portant sur l'intégration dans les pays membres de l'Union européenne, le Canada, la Norvège et la Suisse, plaçait l'Autriche en 26e position devant la Lettonie et Chypre. Nulle part ailleurs, il n'est plus difficile d'acquérir la nationalité. Concernant le regroupement familial, seule Chypre est plus stricte.
ECHEC SCOLAIRE
L'immigration autrichienne est issue de plusieurs vagues : celles des immigrants économiques arrivés de Yougoslavie puis de Turquie entre le milieu des années 1960 et 1970, puis essentiellement de Pologne, Hongrie et Slovaquie, au début des années 1990 après l'ouverture du rideau de fer. Enfin, une nouvelle vague issue de l'ex-Yougoslavie et des guerres dans les Balkans, à partir de 1993.
Près de 18 % des élèves du primaire et du secondaire sont d'origine immigrée. Bien que nés et scolarisés en Autriche, ils maîtrisent mal la langue allemande. Un handicap qui se traduit souvent par l'échec scolaire et la marginalisation sur le marché du travail.
La coalition gouvernementale a récemment adopté un projet de loi rendant obligatoire la fréquentation de la dernière année de Kindergarten, avant l'entrée au primaire, pour les enfants dont la maîtrise de l'allemand est faible. Mais le coût élevé reste un obstacle pour les familles d'origine étrangère.
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