mercredi 31 octobre 2007
CORSE : Sarkozy et ses ministres dans une Corse divisée
OUEST-France mardi 30 octobre 2007 AJACCIO, BASTIA (de nos envoyés spéciaux).
Le Président revient sur l'île aujourd'hui et y tient, un Conseil des ministres. Quatre ans après l'échec de son référendum. Quinze jours avant le procès Colonna.
- Sur l'île, au moins, on le connaît ! Nicolas Sarkozy n'est-il pas venu une vingtaine de fois ? Et qui n'a pas entendu parler de sa première femme, Marie-Dominique Culioli, la fille des pharmaciens de Vico ? Un été, un fils Sarkozy fit un stage de berger du côté de Cargèse. Il fut même ramené au petit matin par Christine Colonna, la soeur d'Yvan, le célèbre fugitif dont le procès va s'ouvrir le 12 novembre... Voilà qui pourrait faire une belle histoire à conter le soir au village.
« Il parle trop »
« Il y a eu le Sarkozy n° 1 qui voulait réformer, déclare dans son bureau, à Bastia, l'indépendantiste Jean-Guy Talamoni, chef de Corsica Nazione, puis le Sarkozy n° 2 qui a rempli les prisons ; on attend le Sarkozy n° 3... Fin août, il a prononcé un discours prescriptif, paternaliste, comme à Dakar : post-colonialiste. Même s'ils ont voté à 60 % pour lui à la présidentielle, les Corses n'aiment pas trop qu'on leur parle comme ça... » Joseph-Guy Poletti, le directeur de la revue Corsicale dit autrement : « Il parle trop... »
Un jour, surtout, il a trop parlé et il traîne toujours cette erreur. En 2002, sitôt après le « processus de Matignon » lancé par Lionel Jospin et accordant plus de pouvoirs à l'assemblée corse, le nouveau ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy propose de remplacer les deux conseils généraux par une collectivité unique. Il soumet la réforme à référendum le 6 juillet 2003. Le vendredi 4, Nicolas Sarkozy annonce, triomphant, l'arrestation de « l'assassin du préfet Erignac », Yvan Colonna, dont on ignore, quatre ans après, s'il est le tueur. Du coup, la réforme institutionnelle est rejetée par 51 % des voix. À Ajaccio, le père Gaston Piétri, 75 ans, animateur du groupe Corte 96 qui tente de « faire avancer une dynamique de paix », s'en désole encore : « Il y a eu un malentendu considérable, une coalition des non. La jubilation de Sarkozy a braqué les nationalistes. »
« La campagne était close, je ne pouvais plus lancer un nouvel appel à voter oui », regrette encore Talamoni. Des nationalistes ont voté contre avec leur pire ennemi, Emile Zuccarelli, le maire de Bastia, qui exulte encore : « J'ai fait une campagne de folie. Je crois ne m'être jamais battu à ce point. »
Sarkozy est tombé dans le piège corse. Sa réforme offrait l'occasion de s'extirper du clanisme, du clientélisme, de l'archaïsme. Raté. « L'Assemblée n'utilise même pas ses pouvoirs : pas une seule fois elle n'a adapté les règlements comme le prévoit la loi de 2002 ; pas facile de changer un âne qui a toujours porté licol et entraves », se lamente Edmond Siméoni, père du nationalisme corse, l'homme de la révolte d'Aléria en 1975, qui a appelé à la mi-septembre à un large dialogue.
« Une moitié prête à évoluer »...
« Face aux nationalistes, la politique de l'État de refuser le dialogue favorise les plus radicaux, les plus violents », insiste le journaliste Sampierro Sanguinetti, connu pour son indépendance. « Les nationalistes font autour de 16 % aux élections, ce n'est pas une minorité qui peut se traiter par la simple répression », rappelle aussi le père Gaston Piétri.
Cet été, les indépendantistes de Corsica Nazione ont rompu l'union avec les modérés du PNC et de A Chjama Naziunale à l'Assemblée corse. « Nationalistes, droite, gauche : chaque camp est scindé en deux avec une moitié prête aux évolutions et l'autre pas », note Joseph-Guy Poletti, le directeur de Corsica. Question : quelle moitié Nicolas Sarkozy, qui veut faire de la Corse une région pilote pour l'environnement, va-t-il conforter en gérant les dossiers explosifs de l'île ?
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