lundi 29 octobre 2007
Economie : la stratégie Sarkozy
Nicolas Sarkozy espère que son "choc fiscal" déclenchera un "choc de
confiance" propre à relancer la consommation. Il va surtout récolter un
accroissement des inégalités.
La rupture promise par Nicolas Sarkozy aura bien lieu. Et elle sera d'abord
fiscale. Avec le train de mesures soumis au Conseil des ministres le 20 juin
dernier, le gouvernement frappe fort. L'ampleur du "choc fiscal" varie selon les
estimations: François Fillon annonce un coût de 11 milliards d'euros pour
l'Etat, l'opposition l'estime plutôt à 15 milliards, comme l'avait d'ailleurs
fait la cellule de chiffrage des programmes de l'Institut de l'entreprise,
proche du patronat, pendant la campagne. Porter à 50% des revenus le plafond du
bouclier fiscal revient grosso modo à supprimer l'impôt de solidarité sur la
fortune (ISF), qui a rapporté 3,6 milliards à l'Etat en 2006.
La suppression des
droits sur 95% des successions amputera d'au moins un tiers les 9 milliards
d'euros qu'ils rapportent. Si l'on ajoute à cela la déduction des intérêts
d'emprunt immobilier de l'impôt sur le revenu, pour 3 milliards d'euros environ,
et l'exonération de cotisations sociales et d'impôt sur le revenu sur les heures
supplémentaires, pour 5 à 6 milliards d'euros, c'est sans doute près du
vingtième des recettes de l'Etat et près d'un point de produit
intérieur brut (PIB) qui devrait être ainsi "rendu" aux ménages.
Mais pas n'importe quels ménages. La moitié au moins de ces cadeaux
bénéficieront au dixième des Français les plus riches - voire au centième
d'entre eux pour le bouclier fiscal. Les Smicards, eux, n'auront droit qu'à une
hausse de 2% de leur salaire. Cette politique est-elle susceptible de créer le
"choc de confiance" que le gouvernement en attend - et cela de façon
suffisamment marquée pour éviter un nouveau creusement des déficits et une
hausse de la dette publique?
Le boom de la confiance des ménages mesuré au mois de mai paraît le
confirmer, mais il faut savoir que cet indicateur bondit toujours après les
grands rendez-vous électoraux et n'annonce pas forcément une embellie
économique. Au-delà, la chance du nouveau gouvernement est d'arriver au pouvoir
alors que la zone euro connaît un très sensible regain d'activité.
La reprise
chez nos principaux partenaires, en particulier l'Allemagne, devrait venir
soutenir les exportations françaises dans les prochains mois. Sur le plan
intérieur, le repli du chômage, porté par des conditions démographiques
favorables, devrait continuer de doper la consommation. Avant même tout "effet
Sarko", l'OFCE tablait en avril dernier sur une croissance proche de 3% en 2008.
La Commission européenne, un peu moins optimiste, prévoyait, elle, une
croissance de 2,3%.
Comme tout gouvernement, celui de François Fillon imputera à son action le
mérite de la croissance, même si l'impact positif de son premier projet de loi
économique paraît bien incertain. Ses effets sur les inégalités sont en revanche
prévisibles. Pendant qu'il baisse les impôts des riches, Nicolas Sarkozy promet
aux autres de les protéger contre les menaces de la concurrence internationale.
Mais cette promesse-là est surtout rhétorique, puisque son choc fiscal démantèle
un peu plus les solidarités qui devraient lier les gagnants et les perdants de
la mondialisation.
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