jeudi 25 octobre 2007
RETENTION Un bébé sans-papiers en garde à vue pendant 9 heures
NOUVELOBS.COM | 25.10.2007
La cour d'appel de Rennes a ordonné la remise en liberté d'un couple moldave et de leur nourrisson âgé de trois semaines, en raison du "traitement inhumain et dégradant" qui leur a été infligé
La cour d'appel de Rennes a ordonné la remise en liberté d'une famille de sans-papiers moldaves, considérant "inhumain et dégradant" la garde à vue qui a été imposée au nourrisson de la famille, âgé de trois semaines.
C'est ce que révèle jeudi 25 octobre la radio France Info, qui explique que la garde à vue de Ian, Irina et leur bébé Kyrill a eu lieu le 17 octobre.
La famille, arrivée de Moldavie en 2006, s'est installée à Gien, dans le Loiret. Elle demande alors un statut de réfugié politique.
Une demande qui leur est refusée et qui doit donner lieu à une nouvelle audience en novembre, indique France Info.
Laissés à 400 km de chez eux Mais le 17 octobre, le couple et leur nouveau-né sont emmenés par la gendarmerie, placés en garde à vue pendant près de neuf heures, puis conduits au centre de rétention de Rennes.
Le juge des libertés et de la détention ordonne leur mise en liberté le lendemain, en raison du "traitement inhumain et dégradant" de la garde à vue de leur bébé, contraire à l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme.
Le préfet fait appel, mais la décision du juge des libertés sera confirmée le 23 octobre par la Cour d'appel de Rennes.
Me Gilles Piquois, avocat de la famille, a par ailleurs indiqué à France Info qu'une plainte pour "délaissement de personnes hors d'état de se protéger" devait être déposée.
Selon l'avocat, dès l'annonce de leur mise en liberté, le couple et leur bébé ont été relâchés près de Rennes, soit à plus de 400 km de leur domicile, et ce après 19h.
Me Piquois a souhaité un entretien avec le président de la République, à l'Elysée.
Les députés au chevet de la Sécurité sociale : examen du budget 2007 de la Sécu
Michel URVOY 24/10/07
72 articles, plus de 600 amendements. L'examen du budget 2007 de la Sécu s'annonce interminable, pour un résultat incertain.
Docteur, ça ne va toujours pas. Les Français se soignent davantage et plus longtemps, le déficit grossit. Il était de 8,7 milliards en 2006, il atteindra 11,7 milliards cette année et serait ramené à 8,9 milliards en 2008 (sur 311 milliards de dépenses).
Toutes les branches (maladie, accidents du travail, famille, vieillesse) sont dans le rouge. La vieillesse est prévue en déficit de 10 milliards en 2012 ! Le budget qu'examinent les députés depuis hier prévoit pourtant un déficit maladie à 4,3 milliards d'euros - 6,2 milliards cette année - et une hausse des dépenses de 2,8 % (4,7 % cette année).
Régime maigre pour tous. L'ordonnance du Dr Bachelot prévoit des franchises (50 centimes sur les médicaments et les actes paramédicaux, 2 € sur les transports en ambulance, plafonnés à 50 € par an), sauf pour les allocataires CMU, les femmes enceintes et les mineurs. Un moment envisagée, la remise en cause de la liberté d'installation des médecins, qui manifestaient hier devant l'Assemblée, est renvoyée aux États généraux de la santé.
Les entreprises paieraient une contribution sur les indemnités de retraite et de préretraite de 25 % en 2008 et de 50 % en 2009. Le taux d'emploi des plus de 55 ans reste très inférieur à la moyenne européenne (37,6 % contre 45,3 %). Les fabricants de tabac seront taxés de 0,22 % sur leur chiffre d'affaires et les patrons verseraient une contribution de 2,5 % sur l'attribution de stock-options et de 10 % sur les actions gratuites.
Vitamines pour quelques-uns. Garantie d'une retraite égale à 85 % du smic pour les salariés ayant eu une carrière complète au smic, soit 633,51 € par mois. Augmentation de 50 € par mois du complément de libre choix du mode de garde pour les 60 000 familles au revenu annuel inférieur à 19 225 €. Majoration unique des allocations familiales à 14 ans, à 59,57 € par mois, montant actuellement appliqué à 16 ans.
Ce que dit la droite : « Le gouvernement, a dit Éric Woerth (Budget), propose un projet équilibré entre maîtrise des dépenses et apport de recettes nouvelles. Équilibre parce que nous demandons des efforts à tous et que l'État fait lui-même un effort supplémentaire. » « C'est un budget de fondation, ajoute Roselyne Bachelot. Les mesures qu'il comprend procèdent d'un impératif : garantir pour l'avenir, pour nous-mêmes, pour nos enfants, la possibilité effective de bénéficier de soins de qualité. »
Ce que pense la gauche. « Ce projet, dit Pascal Terrasse, le « ministre de la Santé » du PS, sanctionne l'échec des plans Fillon et Douste-Blazy. Il repose sur une hypothèse de croissance de 2,25 % et une augmentation irréaliste de la masse salariale. » Il ajoute qu'avec les franchises, ce sont « les malades qui paient pour les malades. » Comme pour le Budget de l'État, les socialistes parient qu'un « plan d'austérité » sortira après les municipales.
Pourquoi nous soutenons le juge d’instruction Renaud Van Ruymbeke : cent magistrats européens
QUOTIDIEN : jeudi 25 octobre 2007
Aujourd’hui, la mondialisation se joue de toute tentative de contrôle et de transparence des flux financiers. Les instruments juridiques restent peu contraignants. Les centres financiers off shore demeurent. La coopération judiciaire internationale a peu progressé. La timide prise de conscience politique qui avait suivi en France l’éclosion de grandes affaires politico-financières est retombée.
En réalité, les menaces de poursuites contre lui sont une diversion pour faire oublier les enjeux véritables de cette affaire. Elles dissimulent également l’absence de volonté politique en matière de lutte contre la corruption et les entraves posées par le gouvernement à la manifestation de la vérité dans ces dossiers.
Nous constatons la progression inquiétante des formes les plus graves de la délinquance économique. C’est pourquoi nous nous indignons des attaques contre un magistrat symbole de ce combat et nous nous déclarons solidaires de notre collègue Renaud Van Ruymbeke. Nous souhaitons attirer l’attention des gouvernements européens sur la nécessité de remettre au centre de leurs politiques publiques la lutte contre la délinquance financière. Nous appelons nos concitoyens à récupérer les espaces perdus par la démocratie au profit de la criminalité financière. Il n’est pas de démocratie véritable sans justice égale pour tous.
Signataires :Benoît Dejemeppe, conseiller à la Cour de cassation de Belgique, Baltasar Garzón Real, juge d’instruction, audience nationale, Edmondo Bruti Liberati, substitut du procureur général de Milan, Bernard Bertossa, magistrat au tribunal pénal fédéral suisse, Gherardo Colombo, conseiller à la Cour de cassation de Rome, Hans-Ernst Böttcher, président du tribunal de Lubeck, Christophe Strecker, juge honoraire, Leandro Valgolio, magistrat Cour d’appel Karlsruhe, Verdi Thomas Guddat, juge du travail, Dresde, Neue Richter Vereinigung (NRV), Sabine Stuth, magistrat Brême (NRV), Jean-Marie Quairiat, président de l’ASM, Marie-Anne Swartenbroekx, juge au tribunal du travail, Bruxelles, Jacqueline Devreux, 1er substitut, parquet de Bruxelles, membre du Conseil supérieur de la justice, Damien Vandermeersch, avocat général à la cour de cassation, ancien juge d’instruction, Bénédicte Inghels, juge tribunal de commerce de Namur (ASM), Christian Panier, président du TGI de Namur, Patricia Jaspis, juge d’instruction à Bruxelles, Martine Castin, conseillère à la cour d’appel de Mons, Dominique de Haan, conseiller à la cour d’appel de Bruxelles, Jean-François Funck, juge au tribunal du travail de Nivelles, Béatrice Chapaux, juge au tribunal de première instance de Namur, Christophe Hanon, substitut au tribunal du travail de Mons, Jean-Pierre Moens, tribunal du travail de Liège, Henry Hanse, premier substitut du roi à Mons, Christine Matray, conseillère à la Cour de cassation de Bruxelles, membre du Conseil supérieur de la justice, Pascale France, premier substitut du procureur du roi, Bruxelles, René Constant, juge de paix (ASM), Philos Zomenis, juge, Association des juges chypriotes,Miguel Carmona, président de Magistrats européens pour la démocratie et les libertés (Medel), Antonio Donate, Jueces para la democracia, Antonio Vercher, Union progressiste des procureurs (Grèce), Evi Palaiologos, juge à Athènes, Association des magistrats grecs,Vito Monetti, substitut du procureur général Cour de cassation,vice président du Medel, Magistratura democratica, Mario Vaudano, magistrat, Office de lutte antifraude, Luca de Matteis, juge, Movimento per la Giustizia,Hacies Schulz, juge, Justicia, Teresa Rohmer, juge Cour suprême, Justicia, Jorge Costa, procureur, Sindicato dos Magistrados do Ministério Puplico (SMMP), Antonio Cluny, procureur, SMMP, Carlos Teixera, procureur adjoint, SMMP, Jan Pelikan, procureur, Association des procureurs tchèques, Ludmilla Krislova, juge, Union des juges tchèques,Jean-Bernard Schmid, juge d’instruction, Genève, Daniel Dumartheray, juge d’instruction, Genève...
Pourtant, dès 1996, des magistrats européens avaient lancé l’appel de Genève, afin de construire une Europe plus juste et plus sûre dans laquelle la fraude et la corruption ne bénéficieraient plus d’une large impunité. Parmi eux, le juge d’instruction Renaud Van Ruymbeke s’était particulièrement investi pour la création d’un espace judiciaire européen reposant sur l’équilibre entre l’efficacité des enquêtes et la garantie des droits des justiciables. Aujourd’hui ce magistrat, reconnu pour son indépendance et sa rigueur, en charge d’affaires internationales sensibles, se retrouve en posture d’accusé. Son crime : avoir tenté de convaincre, lors d’entretiens confidentiels, un témoin se disant en danger de mort d’accepter la procédure du témoin anonyme et de pas en avoir immédiatement informé des collègues.
Van Ruymbeke, le plus respecté des magistrats financiers convoqué en audience disciplinaire
Renaud Lecadre Libération jeudi 25 octobre 2007
Clearstream. Le magistrat comparaît aujourd’hui devant le Conseil supérieur de la magistrature.
Le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) a l’occasion, cet après-midi, de renvoyer son propre président – Nicolas Sarkozy – dans les cordes. Le juge d’instruction Renaud Van Ruymbeke comparaît en audience disciplinaire (seuls siègent alors des magistrats) pour avoir failli à ses «obligations professionnelles de prudence, rigueur et discrétion». Le plus respecté des magistrats financiers se voit reprocher son comportement en marge de l’affaire Clearstream. En charge du dossier des frégates de Taïwan (520 millions de dollars de commissions occultes), plombé par le secret défense, Van Ruymbeke (VR) y avait gagné ce sobriquet : vaines recherches… La suite est connue. En mai 2004, il reçoit en catimini Jean-Louis Gergorin, qui a des révélations fracassantes à faire et accepte la remise de documents par voie faussement anonyme. Une fois qu’éclate l’affaire des faux listings, Van Ruymbeke cache son nom, que traquent ses voisins de bureau, les juges d’Huy et Pons.
«Corbeau». C’est la chancellerie qui mène la procédure disciplinaire, sous l’aiguillon de Sarkozy, surfant sur l’affaire Clearstream pour mieux se victimiser, à en croire l’ex-Premier ministre Dominique de Villepin : «A plusieurs reprises, il m’a déclaré qu’elle l’immuniserait contre toutes les autres éventuelles affaires qui pourraient être exploitées contre lui.»
Van Ruymbeke dit ne pas comprendre la vindicte de Sarkozy – autoproclamé «victime d’un corbeau allié avec un juge» – à son égard. Car c’est lui qui a démontré la fausseté des listings, permettant au futur président de se constituer partie civile. Leur différent puise peut-être sa source dans le football, Sarkozy supportant le PSG, Van Ruymbeke poursuivant ses dirigeants pour des transferts douteux.
Pascal Clément, en mai 2006 annonce l’ouverture d’enquêtes disciplinaires. En janvier 2007, il saisit le CSM, lequel ironise dans un récent rapport : «La saisine du garde des Sceaux intervient à l’occasion d’affaires très médiatisées, à telle enseigne que la presse a été officiellement informée trois semaines avant le président du CSM.»
Le CSM peut également être saisi par le président de la cour d’appel concernée. Sollicité par Clément, celui de Paris a poliment décliné : «Au regard de la nature très particulière de l’affaire des frégates de Taïwan et des obstacles rencontrés par M. Van Ruymbeke, au vu de ses incontestables mérites professionnels, je n’ai pas le sentiment qu’une procédure disciplinaire soit nécessaire.» Clément y va donc seul, fort du rapport commandé à l’Inspection générale des services judiciaires. Sous Dominique Perben, l’IGSJ s’était ridiculisée dans l’affaire Renard, juge niçois évincé de la magistrature pour copinage maçonnique : son rapport accablait au contraire son principal détracteur, le procureur Eric de Montgolfier.
En pleine campagne présidentielle, Sarkozy ne résiste pas à se farcir Van Ruymbeke : «Il a tort, vraiment tort. Il y a un rapport de l’IGSJ, ses propres pairs l’ont jugé.» Le Conseil supérieur de la magistrature a entre-temps rédigé son propre rapport, remis le 9 juillet par un président de chambre à la Cour de cassation. Il y est question de la «foi du palais», ces conversations off entre magistrats, avocats ou leurs clients. On se dit en confiance des choses qui ne peuvent s’exprimer sur procès verbal. «Pour le juge d’instruction, c’est une question d’honneur, il est lié à une obligation de secret absolu à l’égard du témoin, qui est menacé de mort, et est de bonne foi. Renaud Van Ruymbeke a décidé de rompre ce secret quand il a appris par la presse que Jean-Louis Gergorin avait entrepris des démarches auprès des ministères.» Le rapporteur se garde de juger, mais pose une série de questions qui donnent le ton. «Si Gergorin avait témoigné dans les formes de l’article 706-58 [audition sous X, ndlr], était-il envisageable que le juge ayant ainsi recueilli ce témoignage anonyme puisse ensuite révéler son nom à ses collègues sans faillir à ses obligations ?» Clin d’œil à Nicolas Sarkozy qui veut en finir avec les dénonciations anonymes des corbeaux : «L’idée qu’il faille protéger les témoins anonymes est unanimement et systématiquement présentée comme une nécessité contemporaine. La démarche de Renaud Van Ruymbeke entre-t-elle dans cette évolution ?» s’interroge le rapporteur.
«Obstacle». Le magistrat suggère aussi un argument de forme permettant d’en rester là, mentionnant un avis tout frais du Conseil constitutionnel : «Les principes de séparation des pouvoirs et d’indépendance de la justice font obstacle à l’engagement de poursuites disciplinaires lorsqu’une violation grave et répétée d’une règle de procédure n’a pas été préalablement constatée par une décision de justice devenue définitive.» Si la chancellerie estime le cas Van Ruymbeke si grave que cela, elle aurait donc dû attendre la clôture de l’affaire Clearstream. Mais puisqu’elle tient mordicus à son audience disciplinaire, elle l’aura. Avec son défilé de magistrats témoignant en faveur de Van Ruymbeke.
Sarkozy : le trou d'air, quand les ennuis s'acumulent
ANTOINE GUIRAL Libération jeudi 25 octobre 2007
Projets de loi retardés et amendés, grogne au sein de l’UMP, sondages qui s’effritent, grèves… le Président, qui voulait tout réformer et tout de suite, essuie ses premiers revers.
Ce n’est pas encore la rupture mais déjà un vrai désenchantement. Entre Nicolas Sarkozy et les Français, l’heure est au désamour. La «magie» du volontarisme a vécu: la croissance reste en berne, le pouvoir d’achat ne progresse pas, le chômage ne connaît aucune amélioration significative. Certes, le président de la République conserve 55 % de bonnes opinions dans la dernière livraison BVA-L’Express, mais l’écart entre jugements négatifs et positifs se resserre, semaine après semaine.
Fiasco. Ses nombreuses tentatives pour relancer la machine et mobiliser son camp n’ont guère connu de succès. Dans les rangs de la majorité monte une fronde qui traduit tout autant le doute qu’un début de défiance à l’égard de certaines initiatives élyséennes. Quarante députés UMP n’ont pas voté mardi le texte sur la maîtrise de l’immigration. Hier, la tentative avortée de faire voter une loi sur mesure pour financer le parti rallié à Sarkozy du Nouveau Centre a tourné au fiasco pour la majorité. «Le fait du prince ça suffit», grince un pilier UMP du Palais Bourbon, sarkozyste de la première heure.
Impatience. Les parlementaires de droite ne veulent pas non plus entendre parler de la dose de proportionnelle que Nicolas Sarkozy veut leur faire avaler en contrepartie d’un vote de la gauche sur ses réformes institutionnelles. La réforme des institutions prônée par Balladur déjà reportée à l’après-municipales a toutes les chances d’être enterrée. L’exécutif préfère se concentrer sur la difficile ratification du mini traité européen, d’ici au 9 février, date de la suspension des travaux parlementaires.
Dans les circonscriptions, deux sujets reviennent continuellement aux oreilles des députés: la baisse du pouvoir d’achat et la hausse continue du prix de l’essence. L’impatience est patente. «Je ne sens pas encore de décrochage, mais nous sommes dans une période d’entre-deux». Le même assure que son électorat «ne comprend pas» pourquoi la loi sur le service minimum n’a pas eu d’effet lors de la grève dans les transports.
«Grincheux». Le 20 novembre, une grève touchera l’ensemble de la fonction publique. Mi-novembre, une nouvelle journée d’action (qui pourrait être reconductible) va paralyser les transports. Le gouvernement parle de dialogue mais les syndicats l’accusent de n’avoir rien à négocier.
A l’Elysée, on réplique qu’il y a «toujours eu des grincheux. On n’a pas le choix. Il vaut avancer». Et d’assurer que les «comptes seront fait au moment des échéances électorales».
Victoire des internes. Hier, les syndicats d’internes et Bachelot sont enfin parvenus à un accord. Son prix : le retrait de la menace de déconventionner les médecins voulant s’installer dans les zones surmédicalisées.
Présidence de l’UMP. La convocation au pied levé par Sarkozy d’un bureau politique de l’UMP dimanche soir dernier n’a pas été appréciée. Bref, le comportement «anxiogène» et les oukases du Président inquiètent, même ses partisans. Sarkozy est il le président de tous les français ou un chef de clan ?
Carte judiciaire contestée. La grogne contre la réforme pilotée par Rachida Dati est loin de s’apaiser. Magistrats et avocats dénoncent la pseudo-concertation de la chancellerie.
Une recrutement gouvernemental controversé. Depuis Lundi, l’ex-sélectionneur du XV de France est secrétaire d’état aux sports. Après le résultat mitigé en Coupe du monde, des enquêtes fiscales.
Hygiaphone sans pitié à Marseille
A Marseille MICHEL HENRY Libération jeudi 25 octobre 2007
Sedat Tastan, 19 ans, a été arrêté à la préfecture des Bouches-du-Rhône, alors qu’il venait déposer un document pour sa régularisation.
Y aller, ou pas ? C’est toute la question. Hier, Sedat Tastan, un Kurde en situation irrégulière de 19 ans, de nationalité turque, a pris un risque. Il a franchi la porte du service des étrangers à la préfecture des Bouches-du-Rhône, à Marseille, pour déposer un élément nouveau en vue de sa régularisation : il s’est pacsé avec sa petite amie française. Mauvaise idée : le fonctionnaire en faction a constaté qu’il fait l’objet d’un arrêté de reconduite à la frontière, depuis mars. Des policiers sont venus l’arrêter. Sa compagne et trois militants de RESF (Réseau éducation sans frontières) qui l’accompagnaient ont également été interpellés pour trouble à l’ordre public, placés en garde à vue, puis relâchés dans la soirée.
Problème : la préfecture a déjà tenté trois fois d’expulser Sedat Tastan, fils d’un militant du PKK, arrivé en France en 2002, à 15 ans. En vain : il a opposé trois refus d’embarquer. Pour le dernier, à l’aéroport de Roissy Charles-de-Gaulle, il est passé en jugement devant le TGI de Bobigny, le 19 mars 2006. Le tribunal a ajourné sa décision «de manière à ce qu’il puisse régulariser sa situation», selon son avocate parisienne, Me Irène Terrel. Sedat Tastan doit se représenter devant le TGI en mars prochain. «S’il ne se rend pas en préfecture, il ne sera jamais régularisé. Et quand on se représentera devant le TGI, on lui dira : “Qu’est-ce que vous avez fait pour être régularisé ?” explique Me Irène Terrel. C’est la quadrature du cercle.»
D’où le risque qu’il a pris hier. Inévitable : «La loi Sarkozy impose la présence physique de l’étranger, explique Me François-Xavier Vincensini, son avocat marseillais. C’est la roulette russe. Ça dépend de la personne derrière l’hygiaphone, à la préfecture. Moi, je ne conseille plus à mes clients d’y aller. C’est trop dangereux.»
Hier, des militants de RESF se sont positionnés devant le centre de rétention du Canet, à Marseille, histoire d’empêcher l’expulsion. Côté préfecture, on précise qu’il est venu de son plein gré : «Il n’était pas convoqué.» Et comme son arrêté de reconduite est toujours valable, l’Etat veut le faire exécuter : «Il est arrivé au bout des procédures», explique-t-on. Il a été définitivement débouté de sa demande d’asile politique en 2004. Et son pacs serait trop récent – début octobre – pour justifier d’une communauté de vie permettant la régularisation. Implacable logique administrative, à laquelle les militants de RESF répondent : «Qu’on arrête l’acharnement et qu’on le régularise !» Comme une partie de sa famille, installée à Marseille.
Presse. Des mécènes américains créent des agences d’investigation indépendantes.
A New-York ISABELLE DURIEZ Libération jeudi 25 octobre 2007
Le journalisme d’investigation à l’américaine n’est pas encore mort. Mais ce n’est pas de la presse traditionnelle que viendra son salut. Sommée par ses propriétaires d’être rentable, celle-ci coupe dans les budgets et supprime les postes d’enquêteurs à tour de bras. Mais de plus en plus d’organisations à but non lucratif, comme ProPublica, dont la création vient d’être annoncée à New York, reprennent le flambeau abandonné peu à peu par les quotidiens.
ProPublica est le plus ambitieux projet jamais lancé en la matière : 24 journalistes, l’une des plus grosses rédactions d’investigation tous médias confondus, des bureaux à New York, et un budget de 10 millions de dollars (7 millions d’euros) par an. «C’est fantastique d’avoir autant d’argent, s’extasie Brant Houston, directeur de l’association Investigative Reporters and Editors. L’investigation coûte très cher, en temps et en dollars. C’est le premier poste supprimé dans les rédactions quand il faut restreindre les dépenses.»
Impact. Encore plus enviable, ces 10 millions de dollars annuels sont investis à perte par un couple de milliardaires californiens, Herbert et Marion Sandler, anciens propriétaires de Golden West Financial Corporation. ProPublica ne cherchera même pas à vendre ses enquêtes, simplement à les placer dans les grands journaux pour un maximum d’impact. A défaut, elle les publiera sur son site Internet, a expliqué le futur rédacteur en chef, Paul Steiger, qui va quitter le Wall Street Journal dont il dirigeait la rédaction depuis seize ans. Le «Journal» fait partie des quotidiens qui continuent à détacher des journalistes sur des enquêtes au long cours. Mais «ils se comptent sur les doigts des deux mains», s’alarme David Boardman, rédacteur en chef du Seattle Times, l’un des rares régionaux à faire encore de l’investigation, aux côtés du New York Times, du Washington Post et du Los Angeles Times. «Nous avons huit enquêteurs à plein temps, mais cela demande un engagement éditorial. Notre chance est d’appartenir à une famille, pas à un grand groupe.»
Sans avoir, elles, d’obligation de résultat, plusieurs associations se sont, avant ProPublica, attelées au travail d’éplucher des tonnes de données, de faire intervenir la justice pour obtenir des documents et d’interviewer des centaines de personnes. «Cela peut prendre des mois, voire des années», explique Bill Buzenberg, directeur du Center for Public Integrity qui sert d’inspiration à ProPublica. «Personne d’autre ne ferait ce travail en profondeur. Les propriétaires des journaux craignent les réactions des annonceurs et les poursuites judiciaires.» Créé en 1989 par un reporter télé, le centre, qui emploie une vingtaine de journalistes à Washington, s’est imposé à coups de rapports retentissants dénonçant «Comment on achète un président» ou comment Halliburton est devenu le premier profiteur de la guerre en Irak. Ses révélations sont reprises par tous les médias et ont conduit à modifier des lois. «Notre financement par des fondations philanthropiques garantit notre indépendance, souligne Bill Buzenberg. Malheureusement, nous ne recueillons que 3 à 4 millions de dollars par an (2 à 3 millions d’euros, Ndlr).»
Récompenses. Pionniers du genre, le Center for Investigative Reporting, à Berkeley (Californie), voit aussi dans la création de ProPublica une validation de sa démarche. Depuis trente ans, la petite équipe de sept personnes vend ses enquêtes sur des sujets sensibles, comme le financement politique ou la lutte antiterroriste, à différents médias et accumule les récompenses. «Au départ, les rédactions étaient réticentes à publier des investigations extérieures, explique Mark Schapiro, son directeur éditorial. Mais de plus en plus de rédacteurs en chef nous contactent parce qu’ils n’ont plus les moyens d’enquêter.»
Détachés des contraintes du quotidien et des pressions des actionnaires, ces journalistes doivent néanmoins se défendre d’être influencés par leurs donateurs. ProPublica est déjà suspecté d’être antirépublicain, le couple Sandler finançant les campagnes démocrates. «Ces accusations sont sans fondement, dénonce Mark Schapiro. Les fondations qui nous financent n’ont aucun droit de regard sur notre travail. Ce ne sont que manœuvres pour nous marginaliser, alors qu’il y a tant à faire.»
Exemplaire ! Le modèle américain a aussi ses vertus.
Caroline a pris 60 kilos après la prise d’un antipsychotique.
Eric Favereau Libération jeudi 25 octobre 2007
Elle habite en Corse, elle a 31 ans. En cinq ans, elle a pris plus de 60 kilos. Ce mois-ci, Caroline est allée à la gendarmerie de son village. Pour déposer plainte contre le laboratoire qui fabrique le zyprexa, un médicament de la classe des antipsychotiques, massivement utilisé contre les troubles mentaux en particulier les psychoses (schizophrénie, maniaco-dépression…). Motif de la plainte : «Dissimulation d’effets secondaires, néfastes pour la santé.»
«C’est rien, vous grignotez trop»
Caroline ne se reconnaît plus. Son image lui fait peur. Elle est en colère. Personne ne voulait l’entendre : «Au début, le psychiatre me disait “mais non c’est rien, vous grignotez trop”. Moi, je voyais bien que cela n’allait pas. Au bout de deux mois de prise de ce médicament, j’avais grossi de 10 kilos. Et rien n’y faisait. On me disait de manger plus équilibré.» En cinq ans, Caroline est passée de 65 kilos à 125 kilos. «Vous imaginez, chez quelqu’un de normal… Et moi qui suis déjà malade neurologique. On m’accusait à tort. Les médecins m’ont rendu coupable de mes kilos en trop.» Un état qui n’est pas sans conséquence. Elle en parle presque cliniquement :«Cette prise de poids s’est accompagnée de tous les effets liés à l’obésité, c’est-à-dire un tassement des vertèbres, des problèmes aux hanches, divers lumbagos et sciatiques m’empêchant d’aller au travail.»
Toute la vie quotidienne de Caroline est atteinte, les moindres détails deviennent de lourdes difficultés. «Il fallait sans cesse que je rachète de nouveaux vêtements, raconte Caroline, et tout devenait compliqué. Je n’osais plus prendre l’avion de peur qu’on me fasse payer deux places, j’avais peur du regard des autres sur mon corps, de mon propre regard dans une glace, mais aussi il y avait le regard de mon mari qui ne me reconnaissait plus. La baisse importante de ma libido, l’impossibilité d’avoir un second enfant, toutes ces choses qui ont brisé ma vie.»
Au printemps dernier, Caroline a décidé d’arrêter ces traitements. Elle a même choisi de subir une opération chirurgicale. Elle a déjà reperdu 20 kilos. Et décidé donc de porter plainte. Son combat n’est pas solitaire. L’année dernière, la presse américaine a révélé comment pendant des années le laboratoire en cause a caché les effets secondaires, prétextant que «tous ces médicaments faisaient grossir, et le zyprexa, pas plus que les autres». Des études ont été cachées pour ne pas inquiéter. Sans succès. Aujourd’hui, des centaines de plaintes ont été déposées aux Etats-Unis. Et des procès sont en cours. En France, cela commence.
Du spam dans les oreilles
par Sébastien Delahaye 24/10/07
Il y a eu le spam classique, du simple texte dans un email. Puis, pour déjouer les logiciels antispam (lire notre dossier sur le spam), on a vu apparaître des spams contenant des images, voire des fichiers PDF. Depuis quelques jours, un nouveau type de spam a débarqué dans les boîtes email, le spam audio au format mp3. Comme pour le spam au format PDF apparu cet été, ces messages font la promotion d’informations financières, encourageant l’achat d’actions d’une entreprise nord-américaine, Exit Only Incorporation, qui lance son nouveau site. La voix robotique du spam ne donne cependant guère envie d’aller plus loin.
Pour gruger l’internaute, les fichiers mp3 portent des noms tantôt innocents (« weddingsong.mp3 », soit « la chanson de mariage »), tantôt inspirés de groupes connus (« thebeatles.mp3 », « santana.mp3 », etc). Les fichiers, évidemment plus gros qu’un mail normal, ne contiennent heureusement aucun virus. Selon l’institut spécialisé Cyberoam, ce nouveau type de messages polluants, apparu le 17 octobre, représenterait déjà 7 à 10% du volume mondial de spam. Sur le sujet, les experts en sécurité sont divisés. Si Sophos s’attend à une augmentation dans les mois à venir, la firme d’anti-virus Kaspersky affirme elle que ce type de pollution a peu d’avenir car elle est trop peu pratique pour intéresser les internautes. « Les spammeurs sont limités par la taille des fichiers qu’ils envoient, explique Andrey Nikishin, l’un des responsables de Kaspersky. C’est pour ça que la qualité du son est très mauvaise. Il y aura probablement d’autres campagnes de spam mp3, mais elles n’auront aucun effet sur nos statistiques.
Une affirmation que semble corroborer la réalité. Cette première tentative de spam mp3 ne semble guère avoir été couronnée de succès. Depuis le début de la campagne de spam, et avec des volumes d’échanges très faibles, l’action Exit Only Incorporation a perdu le quart de sa valeur !
Cinq syndicats demandent la suppression des franchises médicales
REUTERS : mercredi 24 octobre 2007
PARIS (Reuters) - Cinq syndicats demandent mercredi au Premier ministre de supprimer les franchises médicales prévues par la loi de financement de la Sécurité sociale, estimant ces mesures injustes et inefficaces.
La création de franchises de 0,50 euro par boite de médicaments et par acte paramédical, et de 2 euros par transport sanitaire est "injuste, économiquement inefficace et de nature à mettre en danger la logique solidaire de notre système", écrivent les dirigeants de la CGT, la CFDT, FO, la CGC et la CFTC, dans une lettre à François Fillon transmise à la presse.
"L'essentiel des dépenses supportées par l'assurance maladie n'est pas lié, contrairement à certaines idées reçues, au sentiment de gratuité qu'auraient les assurés sociaux mais à des affections graves et coûteuses", soulignent les signataires.
Les responsables syndicaux rappellent les coûts déjà supportés par les malades : forfait de 1 euro par feuille de soins, forfait de 18 euros sur les actes techniques lourds, forfait hospitalier et dépassements d'honoraires.
"Au total, comme l'a montré le Haut conseil pour l'avenir de l'assurance maladie, 20% des patients supportent un reste à charge de 400 euros par an, qui est loin d'être toujours pris en charge par les assurances complémentaires, notamment dans le cas de soins de longue durée", ajoutent-ils.
Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2008, examiné depuis mardi à l'Assemblée nationale, prévoit de ramener le déficit du régime général de 11,7 milliards d'euros en 2007 à 8,9 milliards en 2008.

