mercredi 10 octobre 2007
Séparer le bon Grenelle de l'ivraie
ET si le Grenelle de l'environnement constituait une pure et simple supérchérie ? Si le <<vaut mieux quelques mesurettes plutôt que rien >> auquel se raccrochent des associations écolos était pire qu'une erreur d'analyse: une défaite en rase campagne de l'écologie? Si le Grenelle n'avait pour but que de la vampiriser, la vider de toute substance?
C'est ce qu'ont dit avec force les participants du contre-Grenelle de l'environnement, quI s'est tenu samedi 6 à Lyon.
Une poignée de multinationales et quelques groupes de pression conservateurs et libéraux très puissants, a analysé le politologue Paul Ariès, «ont décidé de monter à l'assaut de l'écologie, car ils sont conscients que ce terrain va devenir, au cours de ce siècle, celui de terribles affrontements sociaux », Les ONG et associations écolos étant les seules voix prises au sérieux par l'opinion sur l'environnement, il était urgent de les embrasser pour mieux les étouffer: ce qu'essaie de faire Sarkozy avec le Grenelle.
Vieille méthode: «division du milieu militant par le débauchage systématique de certains leaders, sélection d'ONG inoffensives ou même création d'ONG bidons », etc; Stéphane Lhomme a raconté comment les neuf ONG représentant officiellement l'écologie au Grenelle ont été désignées par le gouvernement et d'autres carrément exclues, comme celle dont il est porte parole (Réseau Sortir du nucléaire) ou RAC (Réseau Action Climat), évincé au profit de Yann Arthus-Bertrand.
Véronique Gallais, présidente d'Action-Consommation, a exposé un cas d'école, celui de l'irradiation des aliments, montré comment on y recourait à tour de bras, avec dérogations, fraudes, opacité des circuits, assurances répétées des autorités qu'il n'y a rien à craindre... et expliqué comment cette technologie en pleine expansion servait la mondialisation: on délocalise vers les pays à bas coûts, et là on irradie à mort pour remédier aux contaminations, et permettre transports longue distance et stockages longue durée. Impossible de critiquer en profondeur cette politique au Grenelle de l'environnement, dit-elle, puisque celui-ci est au service de cette mondialisation. Tous ceux qui en font une critique radicale en ont d'ailleurs été écartés. Dehors, les altermondialistes ! Dehors, ceux pour qui la crise écologique ne peut être affrontée sérieusement qu'en mettant en cause la religion dé la croissance à tout prix, du pillage généralisé des ressources et du productivisme...
Les autres intervenants (Nature et Progrès, Crirad, Casseurs de pubs, etc.) ont, chacun à leur façon, décliné cette idée: le Grenelle va surtout permettre aux entreprises pollueuses de se prétendre championnes de l'écologie.
Puisqu'elles feront des efforts, comme Renault ! Puisqu'elles seront citoyennes, comme Areva ! Puisqu'elles mettront des panneaux solaires sur le toit de leur siège social ! Puisqu'elles auront des partenariats avec des ONG, etc. « Il s'agit d'empêcher les citoyens de prendre conscience que les solutions nécessaires imposent un autre partage des ressources, une autre conception de la richesse et de la vie, d'autres valeurs. » Antiproductivistes, par exemple...
Jean-Luc Porquet
Les actes du contre-Grenelle ont été édités chez Paragon
« Le Canard enchaîné » - mercredi 10 octobre 2007 .
Personne ne savait sauf... "Le Canard"
C'EST promis-juré: l'Etat n'a rien à se reprocher, et Thierry Breton, l'ex-ministre de l'Economie, a attendu le 10 avril 2006 pour apprendre que le groupe Lagardère allait vendre à la Caisse des dépôts la moitié de sa participation dans EADS.
Le 15 mars 2006, pourtant, « Le Canard », dans un article intitulé « Lagardère veut faire rentrer la fraîche », annonçait qu'Arnaud Lagardère avait négocié la cession d'une part du capital d'EADS avec la Caisse des dépôts. Après avoir donné les détails financiers et fiscaux de cette opération de «titrisation », « Le Canard » concluait :
Aux dernières nouvelles, l'Elysée a déjà donné son feu vert à Lagardère et à la direction de la Caisse des dépôts.
Sans doute au nom du patriotisme économique?
Comme quoi l'Etat et Breton étaient moins bien informés qu'un hebdo satirique;
« Le Canard enchaîné » - mercredi 10 octobre 2007 .
Hortefeux préfère les massages thaïlandais
EXPLOSIONS de rire au ministère du Travail ! Il aura suffi d'un mail pour que les services chargés des tavailleurs étrangers prennent toute la mesure de la fanleuse politique d'immigration choisie de Brice Hortefeux. Le 26 septembre, tandis que ce dernier ferraillait déjà contre l'immigration familiale à grands coups de tests ADN.
Son cabinet a en effet expédié un courriel « remarquable », comme dirait Sarko, aux petits Camarades du Travail. L'objet de ce message ? Leur demander de plancher au plus vite sur l'immigration utile, la vraie : celle de main d' œuvre étrangère très spécialisée, pour laquelle il convient de « lever les obstacles juridiques et administratifs ». Et dans le cadre de cette « nouvelle procédure d 'introduction "collective" de travailleurs» (sic) souhaitée par le ministère de l'Immigration, voici l'un des pays et ses savoir-faire très particuliers que le cabinet d'Hortefeux a ciblés:
Kaï ! Au ministère de Travail, où l' on ignorait jusqu'ici les cruels besoins de la France en la matière, on a d'abord cru à une plaisanterie. Que nenni, c'était du sérieux!
«Le Canard », impatient d'en savoir davantage, a donc joint le cabinet d'Hortefeux. Lequel, on le comprend, a désespérément tenté de « replacer dans son contexte» l'étonnant projet qu'il caresse.
Ainsi, il s'agit d'une simple «réflexion» dans le but de« répondre à une demande de la Thailande », qui souhaite exporter ses talents manuels « reconnus ». Côté fourchette: il est question « exclusivement de cuisine thaïe traditionnelle à la citronnelle ». Intéressant. Et, côté massage, l'affaire concerne le « personnel de spa qualifié, formé par la Thailande ». Une spécialité locale, effectivement, mais qui connaît aussi quelques variantes dont la réputation mondiale n'est plus à faire...
Du coup, chez Hortefeux, on réalise, un brin gêné aux entournures; qu'on a pris un peu trop à cœur la demande exotique de nos amis thailandais. Machine arrière toute! Et plus question de vaste programme d'immigration choisie aux odeurs de citronnelle:
«On n'a pas de volonté particulière de peupler la France de masseurs thailandais(...). On va juste rappeler la procédure classique aux employeurs français : si l'un d'eux veut faire venir un travailleur étranger, il doit faire la preuve qu'il ne pouvait pas le trouver en France. »
Autant dire se cogner le tour de tous les saunas du pays...
Mais, à la décharge de la fine équipe d'Hortefeux, une précision s'impose. Aujourd'hui, l'auteur du mail admet qu'en rédigeant son message il s'était fait cette réflexion: « Si ça tombe dans " Le Canard ", on va passer pour des zozos. »
Trop tard.
C. N.
« Le Canard enchaîné » - mercredi 10 octobre 2007 .
Le fantôme de Cécilia
SIGNE des temps. Claude Guéant, le secrétaire général de l'Elysée, a fait rechercher dans les annales quels sont les présidents français ou étrangers qui ont divorcé. La recherche est toujours en cours, mais, pour le moment, elle n'a accouché que d'un seul nom: Papandréou, l'ancien Premier ministre grec.
Cette recherche n'a évidemment aucun rapport - on est prié de le croire - avec l'absence de plus en plus remarquée de Cécilia. Depuis l'élection de Sarko à l'Elysée, la première dame de France, selon la formule consacrée, ne veut honorer de sa présence aucun repas officiel ni aucun voyage d'Etat. Du coup, il n'yen a pas.
Au moins, ça fait des économies.
« Le Canard enchaîné » - mercredi 10 octobre 2007 .
Dati dans le Pétain!
QUEL sens de la fomtule chez Rachida Dati ! A moins qu'elle ne soit victime du zèle d'un conseiller qui écrit ses discours. Mais, installant le groupe de travail sur la dépénalisation du droit des affaires, le 4 octobre, la garde des Sceaux a cru bon de citer, avec emphase, les << sages paroles» du doyen Ripert, dont celle-ci : « A déclarer indignes tant de gens qui ne le sont pas, on affaiblit l'indignité de ceux qui le sont.»
Vichyste notoire, cet excellent Ripert fut secrétaire d'Etat à l'Instruction publique et à la Jeunesse de Pétain. Un bien sage homme en effet, et fin connaisseur de l'indignité, avec ça!
« Le Canard enchaîné » - mercredi 10 octobre 2007 .
La PME, une faiblesse française
Sur France Inter, la chronique de Bernard Maris, journaliste et écrivain. - 10 Octobre 2007
Depuis quelques années, la création d'entreprises se porte bien mais la France a du mal à faire grandir ses entreprises ...
Il y a beaucoup de très petites entreprises en France, c'est le secteur de l'artisanat et des professions libérales notamment. Il s'en crée beaucoup, et beaucoup disparaissent assez vite, sans avoir le temps d'embaucher un seul salarié. Souvenons-nous de la phrase de Raymond Barre : chômeurs créez votre entreprise ! Et bien, on observe que dans les périodes de fort chômage, la création d'entreprise est importante ; comme en ce moment on est en période de décroissance du chômage, on peut en déduire que les créations ne sont pas forcées, obligées par le marché du travail, mais résultent d'un regain d'esprit d'entreprise.
Mais les petites entreprises ne suffisent pas à assurer un tissu industriel... La grande faiblesse de la France, par rapport à l'Allemagne, surtout à l'Allemagne, mais aussi par rapport aux Etats-Unis, à la Grande Bretagne, et même par rapport à l'Italie, c'est son manque d'entreprises de taille moyenne. Il y a de très grosses multinationales en France, qui font leurs profits à l'étranger et qui embauchent à l'étranger, plus une myriade de toutes petites entreprises, et entre les deux rien. 97% des entreprises françaises ont moins de 20 salariés, et 99% moins de cinquante. Il n'y a pas, ou peu, la grosse PME à l'allemande, bien implantée sur les marchés étrangers, qui exporte de la machine, mais qui embauche dans le pays.
Le gouvernement affiche d'ailleurs sa volonté de relancer le développement de ces entreprises moyennes avec son futur plan « force 5 », dont il parle depuis Juillet dernier... Pour favoriser l'émergence de 2000 entreprises de 500 salariés d'ici 5 ans ! Je dois dire que ça fait des décennies qu'on se plaint de ne pas avoir de tissu industriel continu en France. Il y a deux difficultés à prendre en compte : 1) la législation est trop compliquée et différente selon la taille des entreprises, et il y a des effets de seuil : un comité d'entreprise à partir d'une certaine taille, une défiscalisation à partir d'une autre, les 35 heures à partir d'une troisième etc. 2) Une entreprise en croissance doit être financée.
Or, on ne prête qu'aux riches, c'est-à-dire aux grosses entreprises. L'URSSAF autorise des retards de paiements aux grosses, qu'elle ne tolère pas chez les petites, et plus vous êtes petit, plus on vous ennuie, plus les intérêts qu'on vous prend sur les découverts sont élevés, et moins on vous fait de facilités de crédit, même si vous prenez des risques, surtout si vous innovez et prenez des risques. Il y a là un immense champ de rénovation à entreprendre, mais ça fait soixante ans qu'on en parle ! Et on en parlera encore aujourd'hui au salon des micro-entreprises, lors d'un débat intitulé « les souris d'aujourd'hui deviendront-elles les gazelles de demain ? »... Salon qui se tient jusqu'à demain soir au Palais des congrès de Paris.
Le retour des hypocrites dans les hémicycles
Nicolas Domenach, directeur-adjoint de la rédaction de Marianne. Mardi 09 Octobre 2007
Qu'est-ce qui mobilise toute l'énergie des présidents de l'Assemblée Nationale et du Sénat, mais aussi des présidents de groupes UMP et de quasiment tous les parlementaires de ce mouvement ? Ce n'est pas l'Iran, ce n'est pas la crise financière aux Etats-Unis, ce n'est pas le recul de la croissance, c'est l'introduction d'une dose de proportionnelle au Parlement, souhaitée par le chef de l'Etat et par l'opposition.
Ces élus de droite parmi les plus éminents sont en effet saisis d'une sainte indignation et d'une agitation frénétique qui explique sans doute qu'on ne les voit pas davantage dans les hémicycles mais beaucoup plus dans les couloirs et les médias où l'on entend des prophéties apocalyptiques. C'est la Ve République qu'on voudrait « pervertir » et « faire mourir » avec la proportionnelle, car il ne sera plus possible de constituer des majorités stables. On va précipiter la France, ce pays de disputes et de batailles, dans l'anarchie intégrale et dans la barbarie sanglante. Les élus empêchés de faire leur travail démocratique de conception et de vote de la loi… Sauf que c'est déjà le cas.
L'écrasante majorité des élus délaisse le travail parlementaire pour ne plus se consacrer qu'à celui d'assistante sociale, ce que souhaitent, ce que veulent les électeurs qui se tournent davantage aujourd'hui vers leurs élus que vers leurs curés. Disons les choses nettement, il y a moins de 200 députés sur 577 qui font aujourd'hui œuvre législative, et encore ! La plupart se consacrent d'abord à leurs électeurs dans le souci premier d'être réélu. Et c'est par crainte pour leur siège d'abord que ces parlementaires, à commencer par les sénateurs, se mobilisent. Car l'introduction d'une dose de proportionnelle, qui signifierait pourtant plus de justice dans la représentation de la population française et, à plus long terme, une garantie d'évolution plus démocratique, donc la paix civile, cette modification du mode de scrutin impliquerait une diminution du nombre de sièges pourvus par le suffrage universel à deux tours. Il faudra alors faire de la place, même petite, pour les autres, les verts, les rouges, les jaunes, les noirs, les femmes… Bref, davantage de place à la France dans sa diversité, notamment au Sénat, cette Chambre qu'on garde immuable alors que c'est un grand malade, qu'elle a perdu l'essentiel de son crédit, notamment parce que sa majorité y est intangible, et qu'elle ne représente qu'une partie – rurale – précieuse, certes, mais très minoritaire du pays. Pour être coupée ainsi de la Nation, cette Chambre à l'ancienne dirigée par des anciens (Christian Poncelet, son président, a 79 printemps) se meurt dans l'indifférence générale avec, parfois, des accès de vie comme sur l'amendement ADN, des souvenirs d'existence qui font d'autant plus regretter l'absence d'un seconde chambre vivante.
«Pourquoi les Européens ne nous aiment-ils plus comme avant?»
Don Emmert AFP ¦ La bourse de New York illuminée avec le drapeau américain, le 20 décembre 2006
Anne Applebaum.- Traduit par 20 Minutes - L'article est paru le 1er octobre sur Slate.
Une question préoccupe tous les Américains:«Pourquoi nous détestent-ils?» Beaucoup d’encre a coulé ces dernières années pour tenter de comprendre cette question. Mais trop peu pour résoudre une énigme bien plus mystérieuse: «Pourquoi ne nous aiment-ils plus autant qu’avant ?»
Eux, ce sont nos alliés les plus proches. Je n’entends pas par là la France, ni même le Canada: ces démocraties font partie du camp occidental mais n’ont jamais été très enthousiastes face au leadership américain, qu’il soit politique ou culturel. Les Français ont toujours boudé l’Otan et se sont toujours montrés carrément méchants envers Hollywood. Les Canadiens ont, quant à eux, forgé toute leur identité nationale sur le fait d’être «non Américains». Non, l’important est surtout de comprendre pourquoi le leadership américain fait de moins en moins recette auprès de nos amis les plus chers: le Royaume-Uni, la Pologne, l’Allemagne, l’Italie et les Pays-Bas. Et ce déclin est drastique.
Bien sûr, j’en suis consciente, il y a eu des milliers de sondages de ce style ces dernières années, et parfois, ces enquêtes sont trompeuses. En fin de compte, il y avait d’importantes poches de pro-américanisme», même dans les pays les plus «anti-Américains». En Europe par exemple, il s’est avéré que ceux qui grimpaient dans l’échelle sociale étaient plus enthousiastes envers la puissance américaine que l’establishment. En plus, on confond généralement «anti-américanisme» et «anti-mondialisation». Les deux vont souvent de pair.
Malgré tout, les derniers chiffres semblent s’appliquer à tous les niveaux sociaux. Même en 1982, alors que, dans les villes allemandes et britanniques, les manifestations se succédaient contre Reagan, les missiles Trident et la Guerre Froide, le soutien au leadership américain en Europe était bien plus important que maintenant.
Le plus bizarre pourtant, c’est que la confiance de nos amis a faibli justement au moment où leur perception des dangers potentiels se rapprochait de la notre. Certes, il y a plus d’Européens préoccupés par le réchauffement climatique que d’Américains. Mais la différence (85 contre 70%) n’est pas aussi importante qu’on le croit souvent. Surtout, c’est de la même façon que nous sommes tous préoccupés par autre chose – le terrorisme international, le nucléaire en Iran, les pandémies.
Voilà ce qui me frappe le plus. Parce que cela montre que, ce que nous reprochent nos meilleurs amis, ce n’est pas notre légendaire arrogance, nos films violents, ni même notre actuel Président (même s’il faut admettre qu’ils ne l’apprécient pas beaucoup…). Non, c’est notre incompétence qu’ils blâment. Pour plus d’un tiers d’entre eux, c’est la «mauvaise gestion de l’Irak» qui explique l’effritement des liens transatlantiques. Ce n’est pas l’invasion de l’Irak qui est en cause, mais la mauvaise gestion. Et c’est assez logique. Si l’Iran vous préoccupe vraiment, allez-vous faire confiance aux Etats-Unis – le pays qui a bousillé l’Irak? Si le fondamentalisme islamique vous inquiète vraiment, voulez-vous suivre un pays qui, distrait par l’Irak, n’a pas réussi à prévoir le retour des talibans en Afghanistan et au Pakistan?
Il y a aussi bien sûr d’autres raisons. Beaucoup d’entre nous l’ont déjà expliqué: nous nous sommes très mal occupés de nos alliés ces cinq dernières années. Nous ne les avons pas suffisamment remerciés pour leurs contributions militaires en Irak, et nous avons même négligé les bases de la diplomatie, comme les programmes d’échanges universitaires. L’Otan s’effondrera si les Américains qui la dirigent sont considérés comme des incapables. Et même si l’opération en Irak finit bien et que les bombes cessent d’exploser au bord des routes, le mot ‘incapables’ résonnera toujours quand il sera question de cette invasion.
Et oui, ça compte. Il y avait, tout au moins au début, une coalition de bonnes volontés en Irak. Elle n’existerait plus désormais, même si les nouveaux leaders français et allemand voient les Etats-Unis d’un meilleur oeil que leurs prédécesseurs, et même si la plupart de nos alliés sont plus que jamais préoccupés par le Moyen-Orient. Ces pays qui, jadis, auraient naturellement soutenu la politique étrangère américaine, juste par solidarité ou par amitié, il va maintenant falloir les flatter ou les payer pour qu’ils nous rejoignent. C’est encore un point à mettre sur la note de cette guerre, avec les vies de soldats et des civils, l’argent dépensé et l’équipement.
Un début de remise en cause de la politique étrangère par la grande presse américaine ?
La Cité de l'immigration ouvre ses portes sur fond de polémique
REUTERS : mercredi 10 octobre 2007 par Natacha Crnjanski et Kerstin Gehmlich
La Cité nationale de l'histoire de l'immigration ouvre ce mercredi ses portes, un projet dont les partisans saluent une ouverture contrastant avec la "méfiance" affichée, selon eux, par le gouvernement vis-à-vis des immigrés.
En pleine polémique sur des aspects de la nouvelle loi sur l'immigration et les tests ADN, l'absence du président de la République et du ministre de l'Immigration, de l'Intégration et de l'Identité nationale lors de l'ouverture du musée au public est remarquée. Nicolas Sarkozy est en déplacement à Moscou et Brice Hortefeux sera mercredi en Espagne pour une consultation avec les autorités espagnoles "sur les questions migratoires".
La ministre de la Culture, Christine Albanel, sera en revanche présente. Son ministère, qui devrait financer plus de 40% de son budget total jusqu'en 2009, présente la CNHI comme un "élément majeur de la cohésion sociale et du pluralisme culturel". "C'est un musée qui concerne l'histoire de 20 à 25% de la population de la France, (...) qui va pouvoir retrouver à travers ce musée l'histoire de leurs ancêtres ou sa propre histoire", explique Patrick Weil, directeur de recherche au CNRS, interrogé par Reuters, qui trouve "un peu choquante" l'absence du président de la République. "C'est une histoire qui intéresse l'ensemble des Français, évidemment."
L'"ELLIS ISLAND" FRANÇAIS
Cet historien de l'immigration est l'un des huit universitaires (sur 12 associés au projet) qui, en mai, ont démissionné des instances officielles de la CNHI - tout en la soutenant - pour protester contre l'instauration "inacceptable" d'un ministère de l'Identité nationale.
"Je pense que (...) ce musée montre l'apport de l'immigration à l'égard de la France alors que le ministère (de l'Immigration et de l'Identité nationale) est un signal de méfiance à l'égard de l'immigration", juge-t-il. "Le gouvernement est mal à l'aise avec un projet historique qui rapporte des faits qui se sont produits, plutôt que des préjugés."
"En cette période où il y a une parole visant à stigmatiser, à faire porter la suspicion sur les immigrés, cette attitude du gouvernement sonne aussi comme un gage donné à l'extrême-droite, elle sonne comme une victoire supplémentaire de l'extrême-droite sur l'immigration en France", a-t-il déclaré à Reuters. "Cette inauguration est terriblement polluée par des discours aux antipodes de l'esprit même de ce musée."
Patrick Weil compare la CNHI à un "Ellis Island français", en référence au musée américain de l'Immigration, situé sur une île au sud de Manhattan où étaient autrefois accueillis et "triés" les immigrés arrivant par bateau en Amérique.
Un parallèle avec l'Amérique repris par Jacques Toubon, président de la CNHI. "La France a une histoire qui est unique en Europe: la France, c'est les Etats-Unis de l'Europe", a-t-il déclaré à Reuters.
PRENDRE EN COMPTE LA DIVERSITÉ
"Aux Etats-Unis, on raconte l'histoire de ce pays comme celle d'un pays d'immigrants. Ici, nous avions un modèle d'intégration des immigrants qui comportait l'oubli de leurs origines", explique-t-il.
"Mais il y a eu une évolution, (...) on comprend à présent que notre modèle égalitaire s'accompagne d'une prise en compte de la diversité."
Le musée s'est installé dans le palais de la Porte Dorée, construit pour l'exposition coloniale de 1931, d'une surface de 16.000m2 et dont l'extérieur, recouvert de remarquables bas-reliefs de style colonial, est classé. Le projet, évoqué pour la première fois à la fin des années 1980, tarde à voir le jour. La nécessaire impulsion politique viendra, en 2002, de Jacques Chirac - ce qui explique peut-être, disent les détracteurs du président, pourquoi Nicolas Sarkozy n'a pas souhaité s'y associer.
La Ligue des droits de l'homme, dénonçant un "climat politique dominé aujourd'hui par la restriction des droits des étrangers", a appelé à un rassemblement devant la CNHI mercredi.
Sarko, adepte du double "JE"








