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mercredi 3 octobre 2007

Un "encombrant" à l'hosto

ALA suite d'un sévère infarctus du myocarde, finjuin 2007, Marcel, 59 ans, estadmis dans le coma aux urgences de Cochin, à Paris. Après trois semaines en réanimation,il est transféré au service de médecine interne. A force de soins patients de l'équipe, mais ausside sa famille, le malade recommence a sourIre, prononcequelques mots, parvient à suivre des conversations. il reste pourtant très diminué, ne marche pas, n'arrive plus ni à manger ni à boire seul.

Mi-septembre, la famille apprend qu'il est envoyé en Seine-Saint-Denis, à René-Muret, un hôpital de l'Assistance publique spécialisé en gériatrie. Quarante-cinq autres établissements, mieux adaptés à son cas., avaient vainement été sollicités par Cochin.

Tri sélectif pour les vieux

C'est alors que les choses se gâtent. En une semaine, le ressuscité perd 7 kilos, et pour cause: les plateaux déposés sur sa table repartent en l'état. Durant cette période, il ne prendra que trois repas, ceux que lui apporteront ses proches. Le personnel - intérimaire, comme très souvent, le week-end, dans les hôpitaux - est débordé, et il manque 20 infirmières sur 130 postes. A René-Muret, on jure qu'on a fait ce qu'on a pu et tenté six fois de le nourrir. Mais Marcel décline. Ses proches demandent qu'il soit repris à Cochin. Le patient a finalement atterri dans un troisième hosto, à Limeil-Brévannes, cette fois. Et vu son état de délabrement, a été admis dans un service de gériatrie aiguë et mis sous oxygène.

Personne n'a expliqué à cette famille que le dernier plan d'économies de l'Assistance publique s'était soldé par la fermeture de 800 lits de gériatrie et que 80 % des grands hôpitaux n'étaient pas en mesure d'assurer une prise en charge correcte des plus de 75 ans. Sans parler du  manque de structures spécialisées, alors que la population vieillit. La création de 1 000 postes avait été promise pour la période 2005-2009. Mais à mi-parcours, on en est à peine à 300.

Et, plus encore, l'introduction, pour le calcul des soins, de la « tarification à l'activité» a produit de gros dégâts collatéraux.

Car cette fameuse « T2A »incite les établissements à choisir les patients qui rapportent, c'est-à dire ceux pour lesquels on multiplie les actes techniques « lourds >>, chers et pris en charge par l'assurance-maladie.

Les vieux, les handicapés et autres « accidentés de la vie », comme on dit chez Bachelot, sont moins intéressants. En clair, ils demandent du personnel et ne sont pas rentables. On les case où on peut.

Sarko, lors de sa dernière autopromotion à la télé, a souhaité la généralisation au plus vite de ce mode de gestion. Ce qui fait tousser le corps médical. Plusieurs syndicats redoutent que « le financement intégral des hôpitaux, en 2008, n'amène les établissements à sélectionner leurs patients en fonction du tarif (remboursé par la Sécu) de leur maladie ".

Et depuis deux semaines, la fièvre monte. Roselyne Bachelot a sur son bureau une lettre pétition signée par 1 000 médecins hospitaliers, dont 281 chefs de service, quI tirent dans le même sens et ajoutent: «La T2A pousse à une augmentation aberrante d'activités jugées rentables comme les hospitalisations de jour, quitte à accroître abusivement la prescription d'examens complémentaires pour les justifier. »

Bienvenue dans le monde de l'hôpital-entreprise!

Brigitte Rossigneux


© - « Le Canard enchaîné» - mercredi 3 octobre 2007

Posté par OhM_ à 18:40 - Santé - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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