samedi 29 septembre 2007
Les Indégivrables : L'école

Une assignation en référé pour "dénigrement"
Justice Le conseil général de la Loire attaque le cinéaste Eric Rohmer
LE MONDE | 22.09.07 |
Inspiré du roman pastoral d'Honoré d'Urfé, Les Amours d'Astrée et de Céladon, du cinéaste Eric Rohmer, âgé de 87 ans, déclenche une tempête dans les terres de l'écrivain, les plaines du Forez.
Le conseil général de la Loire a en effet assigné en référé pour "dénigrement" Rezo Films, producteur et distributeur de ce long-métrage sorti le 5 septembre.
L'ancien garde des sceaux, Pascal Clément (UMP), président du conseil général de la Loire, a fait déposer ce référé devant le tribunal de grande instance de Montbrison (Loire), qui l'examinera mercredi 26 septembre. M. Clément veut obtenir la suppression d'un avertissement projeté au début du film, sélectionné à la Mostra de Venise.
Le passage incriminé est le suivant : " Malheureusement, nous n'avons pas pu situer cette histoire dans la région où l'avait placée l'auteur ; la plaine du Forez étant maintenant défigurée par l'urbanisation, l'élargissement des routes, le rétrécissement des rivières, la plantation des résineux. Nous avons dû choisir ailleurs en France, comme cadre de cette histoire, des paysages ayant conservé l'essentiel de leur poésie sauvage et de leur charme bucolique."
Dans son assignation, le conseil général, élus de gauche compris, demande la suppression des "mentions fallacieuses et préjudiciables" de ce texte, selon lesquelles la Bâtie d'Urfé, le château familial de l'auteur, serait entourée "d'autoroutes et d'usines".
Selon l'avocat du conseil général, Me Christian Bernard, son client "fait des efforts énormes de promotion touristique et de protection des espaces naturels - la plaine du Forez étant classée Natura 2000, un label réservé aux sites écologiques - réduits à néant par ce genre d'affirmation. C'est aussi ridicule que de dire qu'il y a des champs de blé sur les Champs-Elysées". L'avocat assure qu'il y a "des feuillus et pas de résineux", et "en aucun cas des HLM près de la Bâtie d'Urfé". Querelle de clochers ? Avertissement maladroit ? Récupération politique ? Un peu de tout cela.
"VÉRITÉ DES LIEUX"
Tout a démarré samedi 15 septembre : à la Bâtie d'Urfé, Pascal Clément remettait au nom du conseil général de la Loire, chargé de la gestion du château, le prix du roman d'amour Honoré d'Urfé à Janine Sabatier. Le film était ensuite projeté devant les élus au cinéma de Boën-sur-Lignon, fâchant certains d'entre eux. Lucien Moullier, le maire de la commune, conseiller général socialiste, soutient la démarche de M. Clément.
Selon Françoise Etchegaray, bras droit d'Eric Rohmer, " les politiques instrumentalisent la justice pour se faire mousser". Jean-Michel Rey, gérant de Rezo Films, juge l'assignation "grotesque". "C'est l'oeuvre d'Eric Rohmer que l'on attaque", déplore-t-il, même s'il juge "un peu maladroit" l'avertissement incriminé
Eric Rohmer précise : " Dans mes tournages, je suis très attentif en général à la vérité des lieux, mais s'il faut choisir entre celle-ci et la beauté, naturellement, en tant qu'artiste, c'est pour cette dernière que je dois opter. Le cinéma est un art, et c'est moi seul qui juge des choses que je dois filmer. Si j'ai écrit ce préambule qui vous choque, c'est par pur souci d'honnêteté à l'égard des spectateurs locaux et des touristes, qui pourraient être étonnés de trouver dans ce film des lieux différents de ceux qui sont mentionnés dans le roman."
Le Lignon, petit affluent de la Loire, n'a plus grand-chose à voir, aux yeux de Françoise Etchegaray, avec cette "délectable rivière" du roman d'Urfé : "L'eau m'arrivait à mi-mollet, il était inconcevable d'y tourner le suicide de Céladon, emporté par les flots", précise-t-elle.
Quant à la Bâtie d'Urfé, elle a été recouverte de crépi. Pendant plus de trois ans, Eric Rohmer a cherché une rivière. Il a jeté son dévolu sur la Sioule, dans l'Allier. "Au cours de (cette) recherche, qui ne préjugeait pas au début de l'abandon du Forez pour le reste du film, nous avons trouvé des paysages d'une beauté plus franchement pastorale" que celle de la Loire. Dans l'Allier et en Sologne.
Nicole Vulser
Article paru dans l'édition du 23.09.07.
Mortelles frontières - SANS PAPIERS
Sud Ouest 28 Septembre 07 Véronique Fourcade
Le Réseau éducation sans frontières 64 continue d'oeuvrer tout en se faisant plus discret pour ne pas nuire aux intérêts de ceux qu'il défend
<< Nous nous sommes structurés pour aider les enfants des sans-papiers. Nous ne pensions pas être encore là deux ans après notre création mais vu la conjoncture sur le sujet nous allons devoir travailler dans la durée ! »
Tel est le constat dressé par Jean-Claude Soure, du Réseau éducation sans frontières 64 hier, lors d'une conférence de presse tenue en compagnie d'autres représentants d'associations du réseau.
Le constat est que les sans papiers entrent de plus en plus dans la clandestinité pure et dure : « Ils préfèrent se tuer en se défenestrant comme cette femme chinoise la semaine dernière. Ils ne veulent plus aller dans une administration pour des démarches de régularisation de peur d'être repérés. Idem pour la scolarisation. L'épisode de l'été 2006 a effrayé tous ceux qui n'ont pas été régularisés. »
RESF 64 suit une quinzaine de familles en Pays basque principalement originaires des pays de l'Est (Azéris, Tchétchènes, Arméniens? « La discrétion absolue est la règle. Et si ils obtiennent un titre de séjour, leur seul souci, c'est de se faire oublier, de se fondre dans la masse? »
L'amendement Mariani sur les tests ADN à des fins de regroupement familial s'est attiré les foudres de RESF. Malgré la suppression de l'amendement par la commission des lois du Sénat, les militants restent vigilants. Laurence Hardouin présidente de la Cimade : « Il y aura d'autres textes plus tard. En attendant, le débat sur le test ADN a masqué les autres articles qui limitent les possibilités de recours pour les étrangers en situation irrégulière. C'est le cas de la réduction du délai d'appel en matière d'asile politique ou des appels du préfet qui deviendraient non suspensifs en cas de nullité de procédure? C'est plus technique donc personne n'en a parlé bien que cela limite encore les recours. »
Le réseau s'insurge aussi contre le chiffre des reconduites à la frontière. Laurence Hardouin n'hésite pas à parler d'« escroquerie » dans notre département. « 80 % des mesures prises ici concernent des gens qui rentrent chez eux. Ils sont refoulés par les Espagnols car ils n'ont pas de visa. Ils sont placés en rétention à Toulouse avant d'être renvoyés? C'est facile de faire le chiffre prévu par le ministère dans ces conditions. »
RESF estime de 400 à 500 le nombre annuel de reconduites dans le département.
Une carte d'un an
Xiao Feng, une jeune Chinoise scolarisée à l'époque au lycée Guichot, avait , en juillet 2006, bénéficié d'un parrainage républicain. Marie-José Espiaube, maire du Boucau, Jean Espilondo, conseiller général d'Anglet nord, conseiller municipal d'Anglet, Jean-Marc Aphaule, directeur diocésain de l'enseignement catholique s'étaient engagés à ses côtés.
Menacée d'expulsion puisque dépourvue de permis de séjour, cette jeune fille aujourd'hui âgée de 19 ans a finalement obtenu une carte « vie privée familiale » d'un an renouvelable et ce, sur intervention de la ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie qui a plaidé le dossier au vu des bons résultats scolaires de cette élève du lycée hôtelier de Biarritz.
vendredi 28 septembre 2007
Xavier Bertrand a annoncé l'application par décret de la réforme des régimes spéciaux de retraite. Un débat sans vote est prévu
NOUVELOBS 28.09.2007
Xavier Bertrand a annoncé jeudi 27 septembre que c'est par décret que la réforme des régimes spéciaux de retraite sera appliquée. Interrogé sur France Info, le ministre du Travail a indiqué que, "c'est tout simplement que si on est dans le domaine statutaire, on est dans le domaine réglementaire (...) ce n'est pas une loi que vous devez prendre, c'est un décret".
"A quoi sert la concertation dans le bureau de M. Bertrand, à quoi sert le débat express et sans vote à l'Assemblée nationale la semaine prochaine dès lors que le résultat est fixé à l'avance par le gouvernement ?", s'est interrogé Jean-Marc Ayrault, chef de file des députés socialistes dans un communiqué.
"Avec cette méthode de sabreur, le gouvernement impose sa rigueur aux salariés et décourage les efforts des organisations syndicales et politiques pour réussir une réforme des retraites équitable et partagée", indique le communiqué.
Débat sans vote la semaine prochaine
Dès la semaine prochaine, un débat sans vote devrait avoir lieu à l'Assemblée nationale, "parce qu'il est important de rendre compte aux parlementaires de toutes les concertations que j'ai menées" et "que chacun puisse s'exprimer". Les "principes de la réforme", a-t-il rappelé, "c'est notamment la convergence des régimes spéciaux vers le régime de la fonction publique".
"Nous voulons que les Français soient mis sur un pied d'égalité concernant les retraites, et notamment concernant la durée de cotisation. Aujourd'hui vous avez de très nombreux Français qui sont (...) à 40 ans de cotisation. On ne peut pas continuer un système dans lequel certains seraient à 40 ans et d'autres à 37 ans et demie", a-t-il fait valoir.
Rencontre intersyndicale à la RATP
Les régimes spéciaux de retraite concernent quelque 500.000 cotisants et 1,1 million de retraités, notamment dans les entreprises publiques comme la RATP, la SNCF ou encore EDF et GDF mais aussi dans le secteur privé (marins, mineurs, clercs de notaire...), ainsi que les parlementaires. Leur coût était estimé à 4,98 milliards d'euros dans le budget 2007.
Une journée de grève le 18 octobre a été annoncée par six fédérations syndicales de cheminots sur huit (CGT, Sud, CFDT, CFTC, FO et CGC).
Les syndicats de la RATP devaient de leur côté se rencontrer vendredi à Paris pour faire le point sur la concertation entamée le 19 septembre dernier avec Xavier Bertrand et discuter d'une éventuelle mobilisation.
Rachida Dati retour express en Corse
NOUVELOBS 28.09.2007
La Garde des Sceaux doit rencontrer les magistrats de Bastia après l'attentat et le mitraillage ayant visé deux bâtiments de justice, alors qu'elle était en déplacement sur l'Ile de Beauté
La ministre de la Justice Rachida Dati, qui était en visite en Corse jeudi, revient sur l'île vendredi 28 septembre pour rencontrer les magistrats de Bastia, après deux attaques commises contre des bâtiments de justice.
La ministre est attendue à 10 heures vendredi.
Jeudi, une dizaine de personnes ont été commotionnées lors d'un attentat, ni signé ni revendiqué, commis contre une annexe du palais de justice de Bastia. Cet attentat a été perpétré alors que Rachida Dati était en Corse pour assister au congrès national des greffiers des tribunaux de commerce à Ajaccio.
Peu avant l'arrivée de la Garde des Sceaux en Corse, le tribunal d'instance de Sartène (Corse-du-Sud) avait aussi été mitraillé dans la nuit de mercredi à jeudi par des inconnus sans faire de victime.
La BCE et la Fed continuent à prêter massivement
REUTERS : jeudi 27 septembre 2007
FRANCFORT/NEW YORK (Reuters) - La Banque centrale européenne et la Réserve fédérale des Etats-Unis continuent à mettre à la disposition des marchés frappés par la crise financière des liquidités très importantes, selon les chiffres diffusés jeudi.
Mercredi, la BCE a prêté 3,9 milliards d'euros à son taux directeur supérieur, celui de la facilité de prêt marginal, qui est à 5%. Cette somme est la plus importante empruntée au taux marginal depuis les 7,8 milliards d'euros d'octobre 2004.
De son côté, la Fed a injecté un total de 38 milliards de dollars (26,9 milliards d'euros) de réserves temporaires dans le système bancaire via quatre opérations différentes.
Ce total est équivalent à celui du 10 août, qui constituait lui-même le plus gros réalisé en une journée depuis celui de 50,35 milliards de dollars du 19 septembre 2001, huit jours après les attentats du 11 septembre à New York et Washington.
Dans la zone euro, la forte demande de liquidités de la part de banques qui n'osent plus se prêter entre elles a fait monter les taux d'intérêt auxquels sont adjugés les fonds alloués par la BCE, ainsi que les taux du marché monétaire. Le taux à trois mois s'échange à 4,72%-4,82%, à pratiquement son plus haut niveau depuis début 2001, alors que le taux de refinancement, le principal taux de la BCE est à 4%.
La BCE n'a pas précisé quelle banque ou quelles banques avaient besoin de fonds supplémentaires. La Dresdner Bank a démenti une rumeur de marché qui la disait contrainte d'avoir emprunté au taux supérieur de 5%.
L’actualité de la pensée bientôt sur Nonfiction.fr", un site pour les idées neuves
Anne BRIGAUDEAU – France 3
Spécialisé dans les essais et la vie des idées, "Nonfiction.fr" sera lancé le 1er octobre
"Non-fiction.fr", explique son directeur éditorial Frédéric Martel, "va rendre compte d'une grande partie des 40.000 livres qui sortent chaque année, ne sont pas des romans et restent ignorés pour la plupart".
Un site intellectuel qui ne s'interdira pas, à la marge, de traiter d'ouvrages pratiques s'ils traduisent un phénomène de société (comme l'essor de livres traitant de développement personnel et de psychologie pratique).
Si Nonfiction.fr affiche des liens avec Wikipedia, il ne revendique pas l'esprit communautaire des sites participatifs : "il ne s'agit pas d'un site où tout le monde peut faire son blog" explique Frédéric Martel, qui coordonnera la rédaction, "mais d'une toile construite par d'une équipe structurée de 250 à 300 personnes, connaisseurs de leur domaine : des spécialistes, des chercheurs, des étudiants en thèse ..." Contribueront ainsi des experts en sciences politiques comme Laurent Bouvet ou Nicolas Tenzer, des économistes comme Daniel Cohen ou Olivier Blanchard, des spécialistes de politique sociale comme Dominique Méda, des historiens comme Marc Lazar, des avocats comme Jean-Pierre Mignard.
Frédéric Martel ne réfute pas une sensibilité de gauche, mais veut un pluralisme au spectre large, qui ira de la droite à la gauche radicale : "même s'il vise à la 'modernisation de la gauche', non-fiction.fr n'est rattaché à aucun homme (ou femme...) politique".
Objectif principal : "la moitié des essais n'ont pas de compte rendu dans la presse. Nous essaierons, nous, de les faire connaître, les critiquer, en discuter".
Reste à vivre : futur lieu de bouillonnement de la vie intellectuelle, "nonfiction.fr" n'en est pas moins une start-up qui devra trouver son équilibre économique, même si quelques parrains fortunés (comme l'ancien président d'Accenture, Benoît Genuini) se sont penchés sur son berceau. Fonds de départ : 150.000 euros pour un an. Pas question, dans un premier temps, de payer les contributeurs. Le financement sera cherché dans la publicité, les partenariats (Yahoo!), le pourcentage sur les ventes de livres (accord probable avec la Fnac). Pas plus de 4 salariés au départ : même la vie intellectuelle a un prix.
Réchauffement de la planète : l'Amérique a la solution

500 millions de dollars par jour pour les guerres américaines !
J-D. M. Libération 28/09/07
En 2008, la guerre en Irak et en Afghanistan devrait coûter plus d’un demi milliard de dollars par jour au trésor américain, soit 190 milliards de dollars !
C’est en tout cas la somme que le secrétaire d’état à la Défense Robert Gates vient de demander au Congrès pour financer l’engagement américain dans ces deux conflits au cours de l’année fiscale 2008. L’estimation initiale n’était que de 141 milliards de dollars ( ! ), mais de nouvelles dépenses sont apparues, notamment pour renforcer la protection des soldats.
Cette somme s’ajoute au budget de la défense qui s’élève déjà à 481 milliards. « Si le Congrès approuvait la dernière demande de budget révisé du président, le financement total de la guerre en Irak dépasserait les 600 milliards - 600 milliards ! » s’est indigné le démocrate Robert Byrd, président de la commission des Finances et du Sénat.
A titre de comparaison, la capacité d'engagement du Fond Monétaire International, le célèbre FMI dont DSK brigue la présidence, et qui a été créé pour venir en aide aux pays de la planète économiquement en difficulté, se chiffrait pour l’année 2007à 190 milliards de dollars.
Birmanie : La diplomatie française en totale hypocrisie
Par CHRISTIAN LOSSON Libération vendredi 28 septembre 2007
L’appel de Sarkozy chef de l’Etat au blocage des investissements en Birmanie est tardif et ne peut avoir d’effets réels.
Quel est le sens de la sortie de Nicolas Sarkozy qui a appelé, mercredi, Total «à faire preuve de plus grande retenue, s’agissant des investissements en Birmanie» , appelant à leur gel ?
Le groupe pétrolier français l’ignore (ou feint de l’ignorer), puisqu’il n’a pas investi un dollar, dit-il, depuis 1998. « Le Président dit ce qu’il veut, mais cela ne nous a pas déstabilisés plus que ça, raconte une source proche du pétrolier.
«Ethique». Total, dans un communiqué, fait valoir cela autrement : «A ceux qui nous demandent de quitter le pays, nous répondons que, loin de résoudre les problèmes de la Birmanie un retrait forcé n’aurait pour effet que notre remplacement par d’autres opérateurs probablement moins respectueux de l’éthique qui sous-tend toutes nos actions. Notre départ constituerait alors un risque d’aggravation de la situation pour les populations.»
Une thèse que défend Total depuis son arrivée en Birmanie, en 1992, sur le champ gazier de Yadana, où elle a investi plus d’un milliard de dollars. Et qui divise les avocats des droits de l’homme. Ainsi, William Bourdon, défenseurs de Birmans accusant Total de pratiquer le travail forcé, assure que «la mise en quarantaine peut-être un remède pire que le mal» et qu’ «il n’y a pas d’exemple historique d’un régime tombé comme un fruit mûr» des suites d’un boycott.
D’autres ONG militent, au contraire, pour des sanctions renforcées. C’est le cas de la FIDH (lire ci-dessous). Ou des Amis de la Terre, qui font campagne depuis 1994 contre le commerce du bois de teck. «Aung Saan Suu Kyi elle-même déclarait en 1996 que la firme française Total est devenue le plus fort soutien du système militaire birman ».
Reste une question relative au «nouvel ordre mondial» prôné par Nicolas Sarkozy : serait-il à géométrie variable ? «Tout faire pour vendre des centrales nucléaires à la dictature libyenne d’un côté, et de l’autre, préconiser le gel d’investissement d’un pétrolier en Birmanie, n’est-ce pas un peu schizophrène ?» s’interroge un haut fonctionnaire du Quai d’Orsay.
«Showroom». Un diplomate français pense que, finalement, tout cela est très contrôlé. «Annoncer un gel de ce qui était déjà gelé, ce n’est pas révolutionnaire. Cela permet de surfer sur l’idée d’un new deal des droits de l’homme à la française tout en défendant les intérêts économiques de la France, qui n’entend pas se faire remplacer en Birmanie - ou ailleurs - par la Chine…» Ou par l’Inde, qui vient de rafler 150 millions de dollars (106 millions d’euros) de contrats pétroliers.
Une realpolitik que ne démentira pas Bernard Kouchner, auteur en 2003 d’un rapport complaisant financé par Total dans lequel il assurait notamment que le «programme socio-économique» en Birmanie était «la meilleure publicité pour Total», recommandant la création d’un «bureau, un showroom» à Rangoun.
Le Belge Olivier De Schutter est le secrétaire général de la FIDH (Fédération internationale des ligues des droits de l’homme). Entretien.
Que pensez-vous de l’appel de Nicolas Sarkozy qui demande à Total de ne plus investir en Birmanie ?
C’est un appel bienvenu, mais qui arrive bien tard pour être crédible, histoire de se donner bonne conscience à bon marché. Il ressemble à un aveu. Total est complice des violations des droits de l’homme commises dans ce pays depuis le 9 juillet 1992, date de sa décision d’investir dans le pipeline de Yadana. Sanctions pour l’instant encore cosmétiques, inefficaces, parce qu’elles épargnent les secteurs stratégiques : pétrole, gaz ou bois de teck.
Le boycott est-il efficace contre les dictatures ?
Cela appelle une appréciation au cas par cas. Dans l’exemple de la Birmanie, qui n’est pas une économie de marché, il n’est pas possible à des investisseurs étrangers de travailler dans ces secteurs stratégiques sans en passer par l’Etat. Cela équivaut à une collaboration directe avec le régime et contribue au financement de la répression. La preuve : bien que le deal soit secret, les estimations les plus basses évoquent 200 millions de dollars [141 millions d’euros] par an de royalties payées par Total…
Boycotter, n’est-ce pas punir la population ?
Non, car elle ne voit pas la couleur de l’argent. Les revenus de 75 % de la population birmane proviennent de l’agriculture. Et l’Etat prédateur dépense 45 à 50 % de son budget dans les dépenses militaires, contre moins de 3 % réservées à la santé et l’éducation !

