dimanche 30 septembre 2007
Et le méchant est... l’Iran
Et le méchant est... l’Iran
Par Mathieu Lindon Libération samedi 29 septembre 2007
U n des nombreux dommages collatéraux de l’intervention américaine en Irak est que la mort de Saddam Hussein a privé le monde de son ennemi public numéro 1. Or on en a besoin. On a cru que Kim Jong-il pourrait tenir le rôle mais ça n’a pas pris. Cette semaine, la junte birmane fait ce qu’elle peut mais on sent que son apparition au premier plan, après des siècles en seconde ligne, ne durera pas. Non, c’est le président Ahmadinejad qui décroche ces temps-ci l’oscar du meilleur méchant.
Bien sûr, il fait des déclarations incendiaires. Mais, dans les faits, il reste assez mesuré. C’est bizarre que ce soient les Etats-Unis, où la liberté d’opinion est un culte, qui soient les plus énervés. Avec l’Iran, on n’aura même pas à chercher des armes de destruction massive puisqu’ils n’en ont pas encore, on ne se fera pas avoir deux fois. Il s’agit juste de les empêcher d’en obtenir, ce serait la guerre super-préventive.
La bombe atomique est vraiment dissuasive : maintenant, il n’y a même pas à menacer de s’en servir, il suffit de menacer de l’obtenir. Les Iraniens seront bien embêtés quand ils l’auront, à se faire vitrifier s’ils l’utilisent, à se faire traiter de couilles molles s’ils ne l’utilisent pas. Et prenons garde de ne pas employer contre des ennemis des arguments qui pourraient vexer nos amis. L’Iran professe la misogynie et l’homophobie d’Etat, mais il serait préjudiciable qu’à trop insister là-dessus on se fâche avec nos alliés d’Arabie Saoudite qui font de même. L’Iran veut détruire Israël ? Tous les pays arabes prétendent de même se démener pour les Palestiniens sans que cette rhétorique soit suivie d’effet. Et si on devait faire la gueule à tous les pays qui n’aiment pas Israël, ce serait la mort de la diplomatie. Ceci dit, l’Iran n’aurait pas la bombe qu’on ne crierait pas au scandale.
Outre l’ampleur de ses capacités meurtrières, la bombe atomique a une particularité comme arme : on n’a pas le droit de la vendre. Et ceux qui l’ont se jetteront peut-être moins sur nos avions et nos chars. Dans ces conditions, c’est complètement anticommercial que des gens la fabriquent eux-mêmes. Si tout un marché prolifère sous le manteau au risque de faire l’effet d’une bombe dans notre industrie de l’armement, on se croira revenu à l’époque où la floraison du porno amateur jetait le trouble parmi les notables du X.
Vu le mal que les Américains ont en Irak, ce serait sans doute un peu beaucoup même pour eux d’assurer la sécurité de toute la région. Rien ne dit qu’ils arriveraient à provoquer plus de morts en Iran, avec la guerre, qu’en Irak, avec la paix. Pour expliquer qu’un président américain mêle ses troupes à un conflit extérieur, on évoque toujours un problème intérieur qu’il tente de faire oublier.
Il ne faudrait quand même pas qu’on fasse la guerre en Iran pour faire oublier la guerre en Irak, comme quand on souffre d’une rage de dents et qu’on se tape exprès sur le pied pour se distraire de sa douleur. C’est un remède dont il faut user avec modération.
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