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vendredi 28 septembre 2007

Birmanie : La diplomatie française en totale hypocrisie

Par CHRISTIAN LOSSON  Libération vendredi 28 septembre 2007

L’appel de Sarkozy chef de l’Etat au blocage des investissements en Birmanie est tardif et ne peut avoir d’effets réels.

Quel est le sens de la sortie de Nicolas Sarkozy qui a appelé, mercredi, Total «à faire preuve de plus grande retenue, s’agissant des investissements en Birmanie» , appelant à leur gel ?

Le groupe pétrolier français l’ignore (ou feint de l’ignorer), puisqu’il n’a pas investi un dollar, dit-il, depuis 1998. « Le Président dit ce qu’il veut, mais cela ne nous a pas déstabilisés plus que ça, raconte une source proche du pétrolier.

«Ethique». Total, dans un communiqué, fait valoir cela autrement : «A ceux qui nous demandent de quitter le pays, nous répondons que, loin de résoudre les problèmes de la Birmanie un retrait forcé n’aurait pour effet que notre remplacement par d’autres opérateurs probablement moins respectueux de l’éthique qui sous-tend toutes nos actions. Notre départ constituerait alors un risque d’aggravation de la situation pour les populations.»

Une thèse que défend Total depuis son arrivée en Birmanie, en 1992, sur le champ gazier de Yadana, où elle a investi plus d’un milliard de dollars. Et qui divise les avocats des droits de l’homme. Ainsi, William Bourdon, défenseurs de Birmans accusant Total de pratiquer le travail forcé, assure que «la mise en quarantaine peut-être un remède pire que le mal» et qu«il n’y a pas d’exemple historique d’un régime tombé comme un fruit mûr» des suites d’un ­boycott.

D’autres ONG militent, au contraire, pour des sanctions renforcées. C’est le cas de la FIDH (lire ci-dessous). Ou des Amis de la Terre, qui font campagne depuis 1994 contre le commerce du bois de teck. «Aung Saan Suu Kyi elle-même déclarait en 1996 que la firme française Total est devenue le plus fort soutien du système militaire birman ».

Reste une question relative au «nouvel ordre mondial» prôné par Nicolas Sarkozy : serait-il à géométrie variable ? «Tout faire pour vendre des centrales nucléaires à la dictature libyenne d’un côté, et de l’autre, préconiser le gel d’investissement d’un pétrolier en Birmanie, n’est-ce pas un peu schizophrène ?» s’interroge un haut fonctionnaire du Quai d’Orsay.

«Showroom». Un diplomate français pense que, finalement, tout cela est très contrôlé. «Annoncer un gel de ce qui était déjà gelé, ce n’est pas révolutionnaire. Cela permet de surfer sur l’idée d’un new deal des droits de l’homme à la française tout en défendant les intérêts économiques de la France, qui n’entend pas se faire remplacer en Birmanie - ou ailleurs - par la Chine…» Ou par l’Inde, qui vient de rafler 150 millions de dollars (106 millions d’euros) de contrats pétroliers.

Une realpolitik que ne démentira pas Bernard Kouchner, auteur en 2003 d’un rapport complaisant financé par ­Total dans lequel il assurait notamment que le «programme socio-économique» en ­Birmanie était «la meilleure publicité pour Total», recommandant la création d’un «bureau, un showroom» à Rangoun.

Le Belge Olivier De Schutter est le secrétaire général de la FIDH (Fédération internationale des ligues des droits de l’homme). Entretien.

Que pensez-vous de l’appel de Nicolas Sarkozy qui demande à Total de ne plus investir en Birmanie ?

C’est un appel bienvenu, mais qui arrive bien tard pour être crédible, histoire de se donner bonne conscience à bon marché. Il ressemble à un aveu. Total est complice des violations des droits de l’homme commises dans ce pays depuis le 9 juillet 1992, date de sa décision d’investir dans le pipeline de Yadana. Sanctions pour l’instant encore cosmétiques, inefficaces, parce qu’elles épargnent les secteurs stratégiques : pétrole, gaz ou bois de teck.

Le boycott est-il efficace contre les dictatures ?

Cela appelle une appréciation au cas par cas. Dans l’exemple de la Birmanie, qui n’est pas une économie de marché, il n’est pas possible à des investisseurs étrangers de travailler dans ces secteurs stratégiques sans en passer par l’Etat. Cela équivaut à une collaboration directe avec le régime et contribue au financement de la répression. La preuve : bien que le deal soit secret, les estimations les plus basses évoquent 200 millions de dollars [141 millions d’euros] par an de royalties payées par Total…

Boycotter, n’est-ce pas punir la population ? 

Non, car elle ne voit pas la couleur de l’argent. Les revenus de 75 % de la population birmane proviennent de l’agriculture. Et l’Etat prédateur dépense 45 à 50 % de son budget dans les dépenses militaires, contre moins de 3 % réservées à la santé et l’éducation ! 

Posté par werdna à 08:18 - Droits de l'Humain - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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