mercredi 26 septembre 2007
Marie-José soigne les Afghanes qui s'immolent
Ouest-France édition du mardi 25 septembre 2007
Marie-José Brunel raconte son attachement à l'Afghanistan dans un livre co-écrit avec Dorothée Olliéric. Notre consoeur de France 2, qui l'a suivie pendant deux semaines, dit : « Marie-José traverse la vie avec enthousiasme, gaieté et discrétion. Sans le savoir elle sème de l'amour en toute simplicité, en toute générosité ». : Claude Stefan
Elle vient à elles avec sa tendresse en bandoulière. Au moins deux mois par an, Marie-José Brunel, 55 ans, infirmière à Aix-en-Provence, quitte les siens pour aller soigner bénévolement, à Hérat en Afghanistan, les trop nombreuses jeunes femmes qui choisissent de s'immoler par le feu.
Ne lui dites surtout pas qu'elle est « une sainte ». Marie-José Brunel en a horreur. « Ne me parlez pas non plus de sacerdoce ou de vocation. De trop grands mots. Je suis simplement infirmière. Le plus beau métier du monde quand on le fait par amour de l'autre. Ici ou ailleurs. »
Sagement assise au centre d'un grand canapé rouge d'un hôtel parisien, elle semble encore plus menue que sur les photos d'elle en Afghanistan qu'elle fait défiler sur son ordinateur portable. Elle paraît plus jeune aussi. Au moins dix ans de moins que les 55 qu'elle porte joliment. Mariée, mère de trois (grands) enfants, « deux fois grand-mère », Marie-José est infirmière à la polyclinique d'Aix-en-Provence quand elle n'est pas en mission humanitaire à Hérat, une ville de deux millions d'habitants à la frontière avec l'Iran.
L'an dernier rien que dans cette ville, 250 jeunes femmes de 13 à 25 ans ont choisi de se suicider en s'immolant par le feu. Une forme de suicide particulier à cette région où les femmes utilisent au quotidien des produits pétroliers pour la cuisine dont elles s'aspergent avant de craquer une allumette quand elles en ont assez de la vie qu'on leur fait endurer.
Sept sur dix de ces suicidées en meurent. Les autres restent atrocement défigurées et mutilées. Et, une fois sorties de l'hôpital, devront vivre cloîtrées au sein de leur famille car l'Islam parle du suicide comme d'un crime et le condamne.
… « Je vais là-bas depuis 2002. Depuis ce jour où une collègue m'a parlé d'Humaniterra, une ONG qui leur vient en aide. Avant, sans parler d'une vie casanière, je partageais l'existence de bien des femmes, conciliant travail et vie de famille. Pour élever mes trois enfants, je me suis même arrêtée quelques années. Me consacrer à eux, pour moi c'était sacré. » Les enfants devenus grands, ayant repris son travail, elle avoue alors avoir repensé à ses rêves de jeune fille.
Études, mariage, maternités, mutations du mari (militaire), travail... Elle a attendu trente ans avant de partir. Aujourd'hui elle assure être la plus heureuse des femmes. « J'ai trouvé un sens inouï à ma vie en étant, à la fois, infirmière ici et à l'autre bout du monde. » Une double vie que certains dans son entourage ne comprennent pas toujours, elle en convient. « Mais, pour moi, c'est un cadeau du ciel. Je suis heureuse de voir mes enfants et petits-enfants grandir, mais, en même temps, mon attachement à l'Afghanistan et à son peuple m'enchaîne littéralement à cette autre vie. Je ne peux pas, je ne veux pas reculer ».
Là-bas où elle retournera aux premiers jours d'octobre pour ouvrir le nouveau Centre des grands brûlés (construit avec l'aide américaine et aménagé avec celle de l'Europe), elle assure recevoir au centuple à ce qu'elle donne. « Je viens à elles avec ma tendresse en bandoulière car ces femmes, atrocement brûlées et dont beaucoup vont mourir, ont besoin de soins mais aussi, et surtout, d'affection. Elles s'immolent par désespoir, par mal d'amour, ivres de détresse et d'injustice. Elles s'immolent histoire d'en finir avec un monde où le droit des femmes, même cinq ans après le départ des talibans, n'existe pas; où les mariages sont forcés; où le poids de la religion et des coutumes est contraignant. »
Pas de révolte dans son propos. Ni contre le conservatisme et les traditions afghanes. Ni contre, à l'inverse, les excès de notre société de consommation quand elle entend des « ronchons » déplorer la qualité de nos soins hospitaliers. Toujours croyante, mais non pratiquante, Marie-José préfère regarder vers l'avenir sans jamais désespérer. « Le nombre d'immolations régresse. Des campagnes de prévention, à l'adresse des femmes et des familles, sont lancées dans la province d'Hérat pour montrer que ce n'est pas une solution. Les femmes que l'on pousse parfois à s'immoler - pour moi, c'est un meurtre - sont maintenant encouragées à porter plainte quand elles s'en sortent ».
Cependant, la réalité demeure. Lors de son dernier et récent séjour, Marie-José a vu arriver une petite fille de 9 ans qui avait tenté de se tuer, ne supportant plus d'être battue par son père. « Heureusement, on a pu la sauver. Son père, poursuivi et arrêté, a été condamné à trois ans de prison. Comme quoi, ça progresse. »
Yvon LECHEVESTRIER.
S'immoler à 20 ans, 300 pages, éditions Grasset, co-écrit par Marie-José Brunel et Dorothée Olliéric, une Nantaise. Le livre sort aujourd'hui. Les droits d'auteurs et le produit de la vente iront à Humaniterra, une ONG française http://www.humani-terra.org
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