jeudi 20 septembre 2007
L'Amazonie asphyxiée par le soja
LE MONDE | 18.09.07
Depuis janvier 2003, date d'arrivée de Lula au pouvoir, 70 000 km2 ont été sacrifiés au soja, l'un des plus féroces ennemis de la forêt brésilienne. Au début des années 1980, il poussait essentiellement aux Etats-Unis, qui assuraient 90 % de sa diffusion. En 2003, les exportations combinées du Brésil et de l'Argentine sont passées devant. L'immense pays de Lula est devenu la patrie du nouvel or vert.
Trois grosses sociétés américaines ont vu venir la manne : ADM, Bunge et Cargill. Cargill a même installé à Santarem, troisième ville amazonienne, un port. Complètement illégal. Tous les mois, deux cargos en partent en direction de l'Europe, emportant chacun 90 000 tonnes. "Le soja dévore l'Amazonie. Je ne reconnais plus ma ville", dit Cayetano Scannavino, membre de l'ONG Santé et bonheur.
Au Mato Grosso, le gouverneur de l'Etat, Blairo Maggi, propriétaire de l'usine Amaggi, est l'un des plus gros producteurs de soja au monde. Il a construit une ville entière, Sapezal, pour loger sa main-d'oeuvre, fait bâtir un port en eau profonde, et proposé pour faciliter le transport de bitumer à ses frais 1 770 km de la route BR163. Quand on lui parle déforestation, Blairo Maggi ironise sur la taille de l'Amazonie et affirme que la culture du soja est "bénéfique". Du moins le faisait-il quand il acceptait encore de parler aux journalistes, tous suspects désormais d'être des "sous-marins" de Greenpeace.
Entre eux, les producteurs de soja, les sojeiros rigolent, parlent affaires, se serrent les coudes. Devant l'étranger, la méfiance est de mise. Otalhio, 33 ans, fournit des fertilisants et des engrais. "On nous appelle les gauchos, les bandits, les voleurs..." D'une main conquérante, il montre le sol. "Les gens ici ne font rien de leur terre. Ils restent parce qu'ils ne peuvent pas faire autrement. Ils veulent avoir la télé et aller en ville. Nous, on leur propose une autre manière de vivre."
Tonio Antares, propriétaire de quelques milliers d'hectares, revendique lui aussi ce droit à massacrer son pays. Il reste convaincu d'apporter avec lui prospérité et civilisation. "Le pays appartient aux Brésiliens. Nous venons aider cette région à se développer."
Mais rares sont ceux qui tirent leur épingle du jeu. Le coût social payé à la petite plante est très lourd. L'Amazonie s'est peuplée par à-coups, sur des promesses non tenues qui, de boom du caoutchouc en construction de la Transamazonienne, ont fait venir les miséreux du Nordeste et du Minas Gerais. Ils ont pris des terres, les ont ensemencées, n'en ont jamais eu les titres de propriété. Depuis ils végètent, prisonniers de ce qu'on appelle pudiquement l'"agriculture familiale". Une proie idéale pour les sojeiros, surnommés à Santarem les "sujeiros" ("salisseurs").
Tout au long de la BR163, la même histoire s'est répétée. Des hommes sont venus, ont demandé à ces petits exploitants de partir en leur montrant des titres de propriété. D'où les tenaient-ils ? Souvent de l'Incra (Instituto Nacional de Colonizaçao e Reforma Agraria), où la corruption permet l'achat de faux certificats. Au kilomètre 38, Marlène Nascimento de Lima pleure ses terres perdues. "J'ai du mal à repasser devant chez nous. Il n'y a plus que des champs. Quarante familles vivaient là..." Elle avait commencé par refuser de vendre. Mais les sojeiros ont acheté les terrains limitrophes au sien. La vermine, chassée par les pesticides, a envahi son champ. Ses voisins sont partis, elle a fini par céder...
Régulièrement, la police brésilienne fait une descente dans les grandes propriétés et en délivre des esclaves. Huit mille sept cents de ces esclaves ont été repérés dans les Etats producteurs de soja. En 2004, l'armée est intervenue dans 236 fermes utilisant 6 075 travailleurs, dont 127 enfants. Bunge, Cargill et Amaggi étaient en affaires avec elles.
Pour mieux aider à l'expansion du soja, des entreprises comme la Cooper Amazon proposent des pesticides et des semences génétiquement modifiées. "La chaîne est en place : d'un côté, Monsanto, de l'autre, Cargill", accuse Edilberto Sena. Les pesticides ont déjà provoqué des ravages écologiques, le vent portant ceux que déversent les avions jusque dans les rivières. En 2005, une sécheresse terrible a frappé la région.
Les poissons mouraient dans des flaques trop petites. Aujourd'hui, 20 % de la forêt brésilienne est morte. Même si un moratoire mis en place en 2006 a donné des résultats positifs (41 % de baisse de la déforestation en 2006-2007), 40 % de l'Amazonie pourraient avoir disparu d'ici vingt ans.
Le pire, ce pire qu'espèrent Marcello et Patricia, est peut-être encore à venir : l'explosion des biocarburants. Vingt millions d'automobilistes brésiliens utilisent déjà l'éthanol. Où vont s'installer les plantations ? "Le Brésil sera l'Arabie saoudite du XXIe siècle", prophétisent certains. Jusqu'au désert ?
Le Dalaï Lama reçu pour la première fois à la chancellerie allemande, malgré l’opposition virulente des autorités chinoises.
le 14/9/2007 par AFP
La Chine a convoqué vendredi l'ambassadeur d'Allemagne à Pékin pour lui faire part de sa très mauvaise humeur, après l'annonce, le même jour, que le Dalaï Lama serait reçu le 23 septembre par la chancelière Angela Merkel, a-t-on appris auprès du ministère allemand des Affaires étrangères.
L'ambassadeur allemand en Chine, Michael Schaefer, a été convoqué auprès du ministère chinois des Affaires étrangères, a indiqué un porte-parole à Berlin, confirmant une information du quotidien Handelsblatt parue lundi. Cette convocation fait suite à l'annonce, par le porte-parole du gouvernement allemand Ulrich Wilhelm, que le chef spirituel tibétain serait reçu pour la première fois à la chancellerie. Il s'agira d'un échange de vue "à caractère privé" avec un leader religieux, a précisé M. Wilhelm lors d'un point-presse régulier du gouvernement.
"Les thèmes liés aux droits de l'homme sont une question que nous abordons toujours avec la partie chinoise, dans le cadre du dialogue germano-chinois et dans le cadre des pourparlers entre la Chine et l'Union européennne sur ces sujets", a rappelé le porte-parole du gouvernement. M. Wilhelm a souligné que Mme Merkel attachait de l'importance aux rencontres avec les dignitaires des grandes religions, que ce soit à Berlin ou à l'occasion de visites à l'étranger.
Mme Merkel s'était rendue en août en Chine. Les droits de l'homme avaient été un thème ouvertement abordé. Durant sa visite, elle avait rencontré quelques journalistes chinois critiques du régime.
La Chine avait déjà à plusieurs reprises menacé l'Allemagne des risques d'une dégradation des relations bilatérales si la chancelière Angela Merkel recevait le Dalaï lama la semaine prochaine, comme elle en a toujours l'intention.
"Nous espérons que l'Allemagne prendra d'abord en compte les intérêts de la relation sino-allemande et ne permettra pas la visite du Dalaï lama", a déclaré une porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Mme Jiang, dénonçant les "activités séparatistes" du leader bouddhiste.
"Nous sommes opposés à tout contact entre un dirigeant étranger et lui", avait ajouté la porte-parole chinoise lors d'un point de presse régulier.
Le Dalaï lama, qui vit depuis 50 ans en exil en Inde, a reçu le prix Nobel de la Paix en 1989 pour son action non violente contre l'occupation chinoise au Tibet. Rappelons que jusqu’ici, aucun gouvernement français n’a osé défier le diktat chinois et recevoir le chef spirituel Tibétain...

