vendredi 31 août 2007
Les trop chères soirées de l'ambassadeur belge
AFP / LIBERATION jeudi 30 août 2007
En poste depuis plusieurs années à Paris, il est soupçonné d'avoir utilisé des fonds de l'ambassade pour financer de somptueuses soirées privées.
En poste depuis quelques années dans la capitale française, l'ambassadeur belge Pierre-Dominique Schmidt a été relevé de ses fonctions dans l'attente des résultats d'une enquête interne. Il est soupçonné d'avoir tenté d'obtenir un prêt sur la garantie d'un faux document des Affaires étrangères.
Un magazine belge affirmait mercredi sur son site que l'ambassadeur avait utilisé des fonds de l'ambassade pour financer de somptueuses soirées privées.
«A la mi-août, une banque belge nous a demandé de vérifier l'authenticité d'un document, présenté par notre ambassadeur comme étant une garantie des Affaires étrangères, pour obtenir un prêt», a indiqué un porte-parole du ministère belge des Affaire étrangères. Aujourd'hui, Bruxelles a des «indications sérieuses» que ce document n'est pas authentique et qu'il porte une signature falsifiée.
Pour «l'intérêt du service», l'ex-ambassadeur va prendre dans les prochaines semaines une fonction «à la hauteur de son rang» dans l'administration centrale à Bruxelles, en attendant les résultats de l'enquête interne. Il n'y a donc pas de sanction à ce stade de la procédure.
Dans un communiqué, Pierre-Dominique Schmidt, a contesté mercredi soir «de la manière la plus solennelle qui soi» avoir utilisé des fonds publics à des fins privées ou être l'auteur d'un faux visant à obtenir des facilités bancaires. Annonçant le dépôt d'une plainte, il se dit «victime d'une grave campagne de déstabilisation».
Ben tiens donc…
Rachida Dati se justifie sur la convocation d'un magistrat
Reuters LIBERATION jeudi 30 août 2007
Un magistrat du parquet de Nancy était convoqué mercredi au ministère de la justice. Son tort: il aurait critiqué lors d'un procès la nouvelle loi sur la récidive.
Jeudi, elle s'est expliquée sur cette convocation, comprise par certains magistrats comme une mesure d'intimidation pour favoriser une application plus radicale de cette loi. «Ce magistrat aurait tenu des propos, fait des commentaires, sur une loi qui a été adoptée par le Parlement. Un parquetier, un procureur est sous l'autorité du Garde des sceaux, il est là pour appliquer la politique pénale et ne pas faire de commentaires sur une loi qui a été adoptée par le Parlement», a-t-elle dit à la presse, en marge d'une rencontre avec le commissaire européen à la Justice, Franco Frattini.
Le vice-procureur de Nancy, Philippe Nativel, assisté par deux délégués syndicaux, a été entendu mercredi par le directeur des services judiciaires et un directeur de cabinet adjoint de Rachida Dati. Des poursuites disciplinaires sont en théorie possibles.
Lundi, Philippe Nativel avait requis un an de prison contre un revendeur de drogue qui risquait en principe une peine minimale de quatre ans de prison ferme en vertu de la loi que la ministre de la Justice a fait adopter en juillet. «
Les magistrats de Nancy, le Syndicat de la magistrature (SM, classé à gauche) et de l'Union syndicale de la magistrature (USM, majoritaire), et la Conférence des procureurs ont exprimé leur indignation, au nom du principe de séparation des pouvoirs et de la règle de la liberté de parole des magistrats du parquet à l'audience.
Pour une justice ...moins dépendante du pouvoir SVP..
En convoquant au ministère de la Justice le vice-procureur de Nancy parce qu'il aurait critiqué en audience la loi sur la récidive, Rachida Dati avait soulevé un tollé dans la magistrature.
À Nantes, l'éléphant géant remplace les bateaux
Ouest-France du jeudi 30 Août Gaspard NORRITO.
Les nefs des anciens chantiers navals nantais ont été rénovées. Elles abritent maintenant les machines extraordinaires, dont le Grand éléphant. 
Quel avenir pour les friches industrielles et portuaires ? Les quais de Loire et le site des chantiers navals nantais, que visitent les urbanistes en colloque jusqu'à demain, reprennent vie.
Deux bras de Loire enserrent une grande île de 300 hectares au coeur de la cité des Ducs de Bretagne. Depuis 2001, ce territoire fait l'objet d'un vaste programme de rénovation, en particulier l'ouest, un secteur délaissé depuis la fermeture, il y a vingt ans, des chantiers navals. « Jamais personne ne venait au bord du fleuve. Aujourd'hui, les nefs, ce passage Pommeraye industriel, sont rendues au public », jubile Alexandre Chemetoff, l'urbaniste choisi par la communauté urbaine de Nantes-Métropole pour conduire les opérations.
Les imposantes nefs des chantiers, où fut notamment construit en 1935 le contre-torpilleur Volta, détenteur d'un record du monde de vitesse, ont retrouvé un nouvel éclat : « Nous en avons fait un parapluie public. » Leur architecture métallique, aux amples volumes, abrite maintenant des machines extraordinaires, dont le Grand éléphant. « La vie prend », exulte l'urbaniste.
Devant les nefs, le vaste parc, jusqu'alors esplanade désolée, est recomposé. Les gradins herbacés sont une invitation à la descente vers la Loire. Les Nantais ont pris possession de cet espace qui va devenir, d'ici l'automne 2008, un parc botanique, une plage, un espace de concerts et de promenades. « Nous mettons à nu les anciennes cales. Le lancement du bateau, on peut l'imaginer », explique Alexandre Chemetoff, adepte de la préservation de traces qui donnent à voir l'histoire urbaine.
Un hangar pour la fête
Les quais ? Ils sont devenus des lieux agréables à vivre. Le quai des Antilles, à la pointe ouest de l'île, est orné des grands anneaux de Daniel Buren. Des sculptures éclairées qui deviennent, à la nuit tombée, autant d'incitations à la balade. La flânerie ? Tout y incite sur les terrasses de l'ancien hangar à bananes portuaire, transformé en haut lieu de la fête avec ses bars, brasseries, son cabaret et sa boîte de nuit. Avec, en prime, une vue splendide sur la Loire et cette butte Sainte-Anne que fréquenta Jules Verne enfant.
Les grues de chantier toisent le quai Mitterrand. Là où n'étaient qu'entrepôts vétustes, naissent l'école d'architecture, des immeubles d'habitat et de bureaux. À 3 500 € le mètre carré et plus, cette rive où est posé le palais de justice de Jean Nouvel n'est pas pour toutes les bourses. D'où l'action de la ville pour refroidir un marché qui s'emballe et construire du logement social. « La vue sur la Loire est pour tous », martèle Patrick Rimbert, premier adjoint au maire.
Les Universités d'été de Nantes rassemblent jusqu'à demain près de 500 urbanistes français et étrangers sur le thème « Faire ensemble la ville et les territoires ».
L'Etat brésilien reconnaît pour la première fois les crimes de la dictature
La Suisse 30 Août 07
Le gouvernement brésilien vient de publier un livre intitulé "Le droit à la mémoire et à la vérité" où il reconnaît pour la première fois la responsabilité de l'Etat dans les crimes commis pendant les années de la dictature (1964-85).
Fruit de onze années de travail de la Commission spéciale sur les morts et les disparus politiques, mise en place pour enquêter sur les crimes de la dictature, ce livre retrace l'histoire de plus de 400 opposants politiques à l'ultime régime militaire au Brésil.
"C'est la première fois que l'Etat brésilien reconnaît officiellement dans un document qu'il y a eu des tortures, des enlèvements et des disparitions pratiquées par l'Etat et en son nom", a déclaré à l'AFP Cecilia Coimbra, vice-présidente de l'organisation non gouvernementale Tortura Nunca Mais (La torture, plus jamais). Même si tous les cas étaient connus, le mérite principal du livre est qu'il reconnaît la responsabilité de l'Etat.
Pour la première fois également, le nom de certains tortionnaires figure dans un document officiel qui reconnaît aussi que la répression brésilienne a agi hors du pays: en 1972 en Bolivie, en 1973 au Chili et en Uruguay et en 1976 en Argentine. "Ce livre signifie le rétablissement de la mémoire, de la vérité", a affirmé le président de la Commission spéciale, Marco Antonio Rodrigues Barbosa, lors de sa présentation officielle mercredi soir.
Tout en considérant que la localisation des restes des disparus est "un droit sacré" des familles, Lula n'a pas donné le feu vert à l'ouverture des archives militaires, comme le réclamaient les familles. Le gouvernement a recensé officiellement 357 victimes des années de dictature au Brésil, mais ce chiffre est contesté par l'ONG Tortura Nunca Mais, qui parle de 480 morts et disparus.
La presse brésilienne soulignait jeudi l'absence des militaires à la cérémonie. Pour Folha de Sao Paulo, "les militaires ont apparemment boycotté l'événement puisque aucun d'eux n'était présent, alors que les commandants des trois Forces armées avaient été invités". Selon Folha, "en coulisse ils auraient critiqué le document en le qualifiant d’inopportun' et 'sans nouveauté'".
Le président Lula a insisté sur le fait que le livre symbolisait un sentiment de "réconciliation" et a promis d'accélerer la recherche des restes des disparus, mais "sans revanchisme", soulignant que "la loi de l'Amnistie a déjà été approuvée".
Eau bénite confisquée pour les pèlerins du vol inaugural Rome-Lourdes
La Suisse 30 Août
Les pélerins du vol inaugural Rome-Lourdes de la compagnie affrétée par le Vatican ont eu la désagréable surprise de se faire confisquer leur eau bénite par les douaniers français en vertu des normes sur le transport des liquides en cabine, rapporte mercredi la presse italienne.
Un des passagers du vol qui avait quitté Rome lundi, a préféré boire tout le contenu de sa précieuse bouteille plutôt que de l'abandonner aux douaniers, a rapporté Il Corriere della Sera.
La compagnie aérienne italienne Mistral Air appartenant aux Postes italiennes a signé un accord pour une durée de 5 ans avec l'Oeuvre romaine des pèlerinages (ORP), un organisme du Saint-Siège, pour assurer des liaisons charter vers des lieux de pèlerinage.
Après le sanctuaire marial de Lourdes, première destination choisie par les organisateurs, d'autres lieux de pèlerinage devraient suivre en 2008, avec notamment Fatima au Portugal, Saint-Jacques-de-Compostelle en Espagne ou encore le sanctuaire de la Vierge de Guadalupe au Mexique.
Une attaque terroriste à l’eau bénite ? Un vrai danger pour les âmes !
La réputation miraculeuse de l'eau du sanctuaire marial français n'a pas fait fléchir les agents de sécurité de l'aéroport de Tarbes (sud-ouest) qui ont confisqué tous les flacons à la contenance supérieure à 100 ml, en vertu des normes antiterroristes appliquées depuis l'été dernier en Europe.
Le métier d'enseignant doit être revalorisé
Ouest-France du 30 août 07
« Moins nombreux, mieux payés. » Xavier Darcos, le ministre de l'Éducation, promet des hausses de salaires. Mais on part pour un an de négociations.
Il y aura bien une grande concertation sur la revalorisation du métier d'enseignant. Un comité se met en place, auquel participera l'ancien Premier ministre Michel Rocard. Tous les anciens ministres de l'Éducation pourront également y être auditionnés, a précisé, hier, Xavier Darcos lors de sa conférence de presse de rentrée. Professeur lui-même, jadis inspecteur général de l'éducation nationale, il souhaite redonner tout son lustre au métier. « L'échec ou la réussite de l'école passe par les enseignants », dit-il.

Donnant-donnant
Cette concertation va durer plusieurs mois. Le comité, présidé par le conseiller d'État Marcel Pochard, recueillera d'abord tous les avis. Il ne s'agit pas seulement de se mettre d'accord sur la rémunération des enseignants. Donnant-donnant. Le gouvernement veut redéfinir un métier dont les statuts officiels datent des années 50. On y parlera temps de présence dans les établissements, heures supplémentaires, mobilité, bivalence, rôle des enseignants dans l'orientation des élèves... Le tout sera consigné dans un « livre vert » annoncé pour Noël. Puis le gouvernement élaborera à son tour un « livre blanc » qui rassemblera ses propositions et servira de base de discussion avec les représentants du monde enseignant.
L'affaire va occuper une bonne partie de l'année scolaire. Elle s'avère être aussi la contrepartie à l'effort demandé aux enseignants côté emploi. C'est finalement 11 200 suppressions de postes qui sont programmées pour la rentrée 2008. « Cela représente moins de 1 % des emplois publics dans ce ministère », plaide Xavier Darcos, qui s'est battu pour éviter les 17 000 suppressions de postes exigées par le ministère des Finances.
Les enseignants seront, par ailleurs, « encouragés » à effectuer des heures supplémentaires, notamment dans le cadre des études dirigées proposées aux élèves des 1 119 collèges classés en Zone d'éducation prioritaire (Zep). Cet accompagnement « des orphelins de 16 heures », selon la formule de Nicolas Sarkozy, débutera après les vacances de la Toussaint. « Les enseignants doivent, lorsqu'ils le souhaitent, travailler plus pour gagner plus, en sollicitant davantage d'heures supplémentaires. » L'Éducation nationale pourra ainsi, dit le ministre, économiser des postes tout en payant mieux ses enseignants.
Manger va nous coûter de plus en plus cher
Ouest-France Jean-Michel Niester
Les prix de tous ces produits vont grimper. Au grand dam d'un gouvernement dont la marge de manoeuvre pour contrer le phénomène est très étroite. :
Les prix des matières premières agricoles augmentent. Des pâtes au chocolat, ceux des étiquettes vont suivre. Le gouvernement tente de freiner le mouvement. Nicolas Sarkozy doit s'exprimer sur le sujet aujourd'hui.
Sus à la vie chère ! Il ne s'agit pas d'un slogan de grande surface, mais du mot d'ordre du gouvernement. Préoccupation majeure des Français, le pouvoir d'achat s'est inscrit à l'agenda des ministres. Et Nicolas Sarkozy doit s'exprimer, aujourd'hui, sur le sujet, à l'université d'été du Medef. Mais, au-delà des incantations et des effets d'annonce, quelle marge de manoeuvre possède l'équipe du président de la République ?
Demande mondiale, mauvaises récoltes...
Le prix de la baguette - tout un symbole - promet de décoller. Christine Lagarde, ministre de l'Économie se dit « attentive » et met « en alerte » la direction de la consommation. Mais, depuis 1978, le prix du pain est libre. Chaque boulanger fixe à sa guise ses tarifs, sans que l'État n'ait rien à redire. Même chose pour les prix des autres produits alimentaires.
Les étiquettes des glaces, de la moutarde, des biscuits ou des compotes s'apprêtent à bondir, soumises à la hausse des cours des matières premières. Responsables : la demande mondiale de plus en plus forte, les récoltes désastreuses dans de grands pays producteurs (Australie, Ukraine) et la place accordée aux biocarburants parmi les surfaces cultivables. Aucun facteur sur lequel le gouvernement peut agir, excepté, de concert avec Bruxelles, les quotas de production.
Dernière possibilité, jouer sur les marges des distributeurs. « Nous avons déjà fourni de gros efforts ces dernières années, prévient Jérôme Bédier, président de la Fédération des entreprises de commerce et de distribution (FCD), en renégociant nos marges arrières (ristournes demandées aux fournisseurs en échanges d'actions commerciales). » Le président de la République ne dispose plus de cette cartouche. Il l'avait utilisée quand il était ministre de l'Économie, en 2004.
jeudi 30 août 2007
Une petite entreprise qui ne connaît pas la crise
Du Site Créatifs Culturels 30 Août
Les glaces Ben et Jerry, entreprise créée par deux chômeurs sans formation, achètent leur lait 20 % plus cher à de petits fermiers du Vermont, pour être sûrs qu'il soit sans hormones, leurs usines sont implantées dans des quartiers défavorisés, leurs salariés peuvent s'occuper de causes humanitaires sur leur temps de travail, il n'y a pas de publicité pour la marque, tout se fait par le bouche à oreille ou lors d'organisations d'événements. (Des concerts qui permettent de vendre des glaces !)
Lorsqu'ils ont eu besoin de capitaux, les fondateurs, plutôt que d'entrer en Bourse, ont proposé à chaque famille du Vermont d'acheter une action pour que l'entreprise ne perde pas son indépendance... et ça a marché ! Ils ont pour devise : "si ce n'est pas drôle on ne le fait pas.... même si ça doit rapporter beaucoup d'argent".
Avec des principes pareils on peut penser qu'ils n'iront pas loin dans la jungle économique. Eh bien Ben et Jerry vient de prendre la première place sur la marché américain des crèmes glacées, le plus grand du monde !
Ca donne des idées...
Après l’ouragan Dean, Sarkozy va dédommager les bananiers antillais, gros pollueurs.
Epandage d’indemnités pour éliminer les polémiques
RENAUD LECADRE Libération jeudi 30 août 2007
Toujours prompt à réconforter ostensiblement la moindre victime, Nicolas Sarkozy à reçu hier à l’Elysée une délégation d’élus locaux de Martinique et Guadeloupe, après le passage dévastateur de l’ouragan Dean. Signe de mobilisation générale, le chef de l’Etat avait également convié ses ministres compétents : Intérieur, Agriculture, Tourisme, Dom Tom. Manquait seulement - absence remarquable - le super ministère de l’Environnement.
La réparation des dégâts pourrait s’élever à 500 millions d’euros, selon Christian Estrosi, ministre des Dom Tom, le premier à s’être rendu au chevet des Antillais, aussitôt rejoint par François Fillon, lequel s’est prudemment abstenu de tout chiffrage. Le lobby de la banane revendique la moitié de la somme, les plantations ayant été détruites en quasi-totalité. Leur réclamation tombe au plus mal, Martinique et Guadeloupe étant surtout victimes d’une pollution généralisée due à un pesticide employé sans vergogne pendant un quart de siècle.
Mansuétude. L’objet du délit s’appelle le chlordécone, phytosanitaire destiné à éradiquer le charançon (coriace coléoptère amateur de bananes). Un produit dangereux, interdit aux Etats-Unis dès 1976, qui a bénéficié d’une étonnante mansuétude dans les Antilles françaises. Les bananiers obtiennent une première dérogation en 1981, après un ouragan ravageur - déjà. Le chlordécone est enfin interdit en 1990 par le gouvernement français, mais le lobby bananier obtient du ministère de l’Agriculture trois ans de rab. Formellement interdit à partir de 1993, on retrouvera pourtant un stock de 9,5 tonnes de pesticide en… 2002, dans le hangar d’une bananeraie.
Le chlordécone a pollué toutes les Antilles. Les plantations de bananes étant situées en amont des terres agricoles, il a contaminé les cultures de patates douces en aval, puis l’eau des rivières et leurs élevages d’écrevisses, les crabes en bord de mer, les bovins, le lait de vache, jusqu’au sang de 90 % des femmes enceintes. Seules les bananes - sauf à en déguster la peau - échappent à cette contamination.
«Pause banane». Selon le Bureau de recherche géologique et minière (BRGM), l’élimination par écoulement naturel du chlordécone des terres et eaux antillaises prendrait sept mille ans (1). A court terme, il est question de décréter une pause banane. «La seule solution est l’arrêt pur et simple des activités agricoles», préconisent des hydrologues : pendant quelques années, les plantations de bananes seraient remplacées par des fleurs (ou des patates douces non commercialisables), histoire de régénérer les sols. L’ouragan Dean est l’occasion de faire table rase du passé. Bien sûr, les bananiers ont vocation à être indemnisés, l’interdiction de culture étant d’intérêt public. Mais les signaux envoyés par Estrosi, Fillon et Sarkozy sont d’une autre nature : il s’agirait de renflouer les planteurs en vue de repartir comme si de rien n’était. D’inventer le principe du pollueur-payé. C’est pourquoi Jean-Louis Borloo et Nathalie Kosciusko-Morizet, en charge de l’Ecologie, auraient aimé être conviés à l’Elysée. Cela «ne les regarde pas», leur a-t-on dit.
Cette incongruité est d’autant plus malvenue que la justice s’en mêle. Sous les cocotiers, le scandale du chlordécone est vécu comme l’équivalent de l’affaire du sang contaminé doublée de Metaleurop, exacerbant un peu plus l’antagonisme entre riches békés et créoles désœuvrés. Des associations ont porté plainte pour empoisonnement et mise en danger de la vie d’autrui, visant moins les bananiers que le laxisme des pouvoirs publics. Me Claudette Duhamel, avocate de l’Association de sauvegarde du patrimoine martiniquais (Assaupamar), dénonce une «volonté délibérée de l’Etat français, autorisant les gros planteurs à utiliser un poison, dans le silence et la désinformation». En Guadeloupe, le parquet a tenté de contester la recevabilité des plaintes. En vain : le 2 août, la cour d’appel de Basse-Terre leur donnait le feu vert en rappelant - ironiquement ? - que le parquet est «en charge de l’intérêt collectif».
Résidus. En 2001, le gouvernement annonçait la création d’un Observatoire des résidus de pesticides ; on attend toujours sa mise en place, faute de moyens. Quand aux épandages aériens, les pesticides étant pulvérisés indistinctement sur les ouvriers agricoles, un arrêté s’est contenté de les interdire à moins de 50 m des cours d’eau, mais pas sur la tête des hommes. En 2005, l’Assemblée nationale confiait à Joël Beaugendre, député UMP de Guadeloupe, une mission d’enquête parlementaire sur le chlordécone. Son rapport a lavé les pouvoirs publics de tout soupçon, louant le «contrôle vigilant des services compétents», regrettant une «identification tardive de la pollution». Faute bénigne qui ne relèverait «pas d’une carence» mais d’une «attention moins grande qu’aujourd’hui aux problématiques de pesticides». Il a été rayé de la carte aux législatives, avec un score (42 % au second tour) indigne d’un député sortant.
(1) Le BRGM évalue à 1 250 tonnes la quantité de chlordécone répandue avant interdiction. Selon un rapport parlementaire, il s’agirait plutôt de 6 000 tonnes, soit un temps d’évacuation théorique de 336 siècles.
Les nouveaux riches flambent dans la pierre haut de gamme
La fortune de cette poignée de millionnaires suit la hausse de l'immobilier haut de gamme.
Tonino SERAFINI LIBERATION Jeudi 18 mai 2006 -
C'est une petite niche très prospère constituée d'un peu plus d'un millier de clients millionnaires en euros. Ils sont capables de signer des chèques avec six zéros pour s'offrir des hôtels particuliers dans la verdure à la porte d'Auteuil ou à Neuilly. Ou de grands appartements du côté du parc Monceau ou du Trocadéro, avec terrasses végétales et vue panoramique sur la capitale. Ou encore des logements plus anciens, plus atypiques, dans le Paris historique du Marais ou de l'Ile-Saint-Louis, où la vieille pierre et les parquets patinés valent de l'or.
35-40 ans. Prix du ticket d'entrée : un million d'euros minimum, et beaucoup plus si coup de foudre, «Parfois ces clients ne nous fixent pas de budget. Ils nous disent : "Voilà ce que je recherche, et je m'adapterai"», affirme un agent immobilier établi à Saint-Germain-des-Prés. L'an dernier, 22 ventes se sont faites à 4 millions d'euros et plus, selon des chiffres dévoilés hier par le groupe Feau, conseil en immobilier haut de gamme. Le profil des acquéreurs «est nettement plus jeune qu'il y a dix ou quinze ans», précise Charles-Marie Jottras, président de Feau. «On a beaucoup de couples de 35-40 ans avec des budgets supérieurs à 2,5 millions d'euros.» On devine des fortunes vite faites. «Ce sont des gens qui ont gagné beaucoup d'argent dans la finance, les nouvelles technologies. Il y a aussi des avocats d'affaires.» Sans oublier les professions libérales et les milieux du show-biz. Un microcosme prospère grâce à l'envolée des dividendes distribués par les entreprises à leurs actionnaires ou les stock-options et autres golden parachutes dont s'arment les cadres dirigeants. «A New York, une agence immobilière haut de gamme a fait une étude démontrant que les revenus des personnes travaillant dans la finance et des avocats d'affaires avaient augmenté aussi vite que les prix de l'immobilier», indique-t-on chez Feau.
A Paris, pour les quatre premiers mois de l'année, Feau annonce une hausse de 18 % du nombre de ses transactions, alors que le reste de l'immobilier stagne. Et les prix supérieurs à 8 000 euros le m2 ne semblent pas dissuasifs.
Art déco. Récemment, dans le quartier de l'Etoile, des lofts se sont vendus jusqu'à 15 000 euros le m2 dans un immeuble style Art déco rénové de fond en comble. Certains acquéreurs ont déboursé jusqu'à 6 millions d'euros pour des pied-à-terre à deux pas des Champs-Elysées. Nul besoin d'argent de la banque pour boucler les budgets. Lorsque les gens ont recours à l'emprunt, c'est «pour diminuer leur assiette ISF [impôt sur les grandes fortunes, ndlr] quitte à donner en garantie d'autres biens immobiliers situés à l'étranger», explique Charles-Marie Jottras. La plupart des achats se font par le biais de SCI (Société civile immobilière). Ensuite, certains font appel à des architectes de renom pour personnaliser leur demeure. Des clients font venir des décorateurs de New York. Et les sommes investies dans le réaménagement et la décoration de ces logements peuvent égaler le prix de l'appartement.
De quoi acheter quelques baguettes de pain !

