Résistance Inventerre

-:¦:- Information Non-Violence, Environnement TERRE -:¦:- "Le mot résister doit toujours se conjuguer au présent" Lucie Aubrac

vendredi 31 août 2007

Introduire le développement personnel à l’école ?

Paradoxes et contradictions : alors que l’école - du primaire à la fac - se débat dans une crise gigantesque, qui semble ne jamais devoir s’achever, au même moment, toutes sortes de méthodes nouvelles permettent le “développement personnel” des adultes - à titre privé ou au travail, sur le plan physique aussi bien qu’émotionnel, intellectuel, spirituel, etc. Comment se fait-il que ces deux mondes ne communiquent pas ? Ne peut-on pas introduire le “développement personnel” à l’école ?

Témoignage de Bruno Giuliani, un prof qui a quitté l’éducation nationale

Pourquoi certains enfants aiment l’école alors que d’autres la détestent ? Pourquoi certains réussissent bien leur scolarité alors que d’autres sont en difficulté voire en total échec ? Pourquoi notre école est-elle en crise ? Comment l’en faire sortir ?

Voici une réponse, fondée sur plus de trente ans de réflexion et de pratique du système scolaire en tant qu’élève, parent d’élève et professeur : les enfants aiment l’école et réussissent quand elle permet leur épanouissement, ils la détestent et sont en échec quand elle l’entrave. Mais pourquoi ne pas repenser complètement le système scolaire pour qu’il permette directement le développement personnel des jeunes ? Si notre école est en crise, ce n’est pas parce que les professeurs ne savent pas enseigner ou parce que les élèves ne veulent pas apprendre, c’est parce qu’elle ne respecte pas assez le désir essentiel des êtres humains, le désir d’être heureux.

Un exemple d’école à l’écoute par Huguette Guermonprez

L’école Sophia est un collège-lycée de la banlieue parisienne, dont la co-fondatrice dit : « C’est une histoire d’amour. » Cette aventure a effectivement commencé par la rencontre d’un homme et d’une femme. Deux professeurs de l’Éducation Nationale. Elle, Lara Laurens, beau « cerveau droit », khâgne à Henri IV, Capes de lettres, DEA mention très bien. Lui, Philippe Ackerman, beau « cerveau gauche », professeur de maths, diplômé de l’École supérieure de commerce de Paris et en sciences de l’éducation.

Décus par le système éducatif francais, par sa rigidité et son « manque de tendresse », ils ont décidé de créer ensemble une école différente, où ils pourraient « accueillir l’élève comme il est, là où il est, avec l’image qu’il a de lui-même, et l’aider à découvrir ou à affirmer ses talents, ses signes intérieurs de richesse. » Dix ans plus tard, leur initiative n’a pas seulement réussi : elle sert de modèle à tout un réseau d’enseignants, qui travaillent dans le public aussi bien que dans le privé et qui, regroupés dans l’association L’Oiseau Lyre, échangent régulièrement idées et pratiques. Dans les années 1980, le célèbre sociologue Michel Crozier avait prôné l’écoute - profonde, sincère, empathique - comme outil premier de communication (et de performance) dans l’entreprise. Ici, il s’agit d’une « école à l’écoute » - fait suffisamment rare pour qu’il vaille la peine qu’on le remarqué. Et l’histoire d’amour continue...

Depuis des années, Jacques Salomé envisage la communication comme une matière à part entière qu’il voudrait voir enseignée à l’école, dès la maternelle. Tout est parti d’une réflexion sur lui-même, “ ancien handicapé des relations. ” Pendant longtemps, comme beaucoup d’entre nous, il ne savait ni refuser ni formuler de véritables demandes. “ C’est en apprenant à dire non, admet-il, que j’ai finalement appris à dire de vrais oui.”

Comment se fait-il que les grandes découvertes du développement personnel ne soient pas utilisées pour les enfants, à l’école ?

Il y a plusieurs niveaux de réponse. D’une part, chaque fois que l’on touche à l’enfance, il y a toujours la crainte de l’endoctrinement, du conditionnement et, au fond, de la perversion - même si, par ailleurs, l’enfance est utilisée par le pouvoir dominant pour d’autres enjeux... D’autre part, au-delà d’un savoir et d’un savoir faire, il faudrait aussi transmettre un savoir-être, savoir-devenir, savoir-créer, qui touchent à la communication et donc aux racines profondes de la relation de l’être humain au monde. Cette relation germait autrefois dans la famille. Cette possibilité de mise en mots, donc cette éducation à la relation, est aujourd’hui dévitalisée. Les enfants sont renvoyés à eux-mêmes, avec une sorte d’inconscience sidérante de la part des adultes. Cette dévitalisation est-elle due au fait que, par exemple, beaucoup d’enfants se retrouvent hors de leurs familles très tôt, dès la crèche, du fait de l’urgence générale, du manque de temps ?

C’est le mot : manque de temps. L’enfant, souvent, n’a plus l’occasion de discuter avec ses parents. Il a l’impression qu’ils font tout dans la précipitation, dès le petit déjeuner : “Vite, prépare toi, on va être en retard !” Moi, mes parents ne m’ont jamais emmené à l’école. Aujourd’hui, on a l’impression qu’ils les déposent comme des paquets - “Vite, on me klaxonne derrière !” -, comme si l’on balançait sa progéniture en parachute ! À partir d’un certain âge ils mettent tout de suite le poste de radio ou la télé en arrivant à la maison.

Ces profs qui n’ont pas baissé les bras par Laure Fontenay

Des enseignants épuisés, des élèves « dissipés », agressifs ou désorientés, des parents qui ne savent trop quel rôle jouer ; l’école n’est pas un couvent à l’abri du monde et les problèmes de société y ont fait leur entrée. Aujourd’hui, un élève sur quatre sort de troisième « en situation d’échec », selon la formule consacrée. Force est de se demander si l’inadaptation ne vient pas plutôt de l’institution. Son enseignement magistral continue de s’adresser à des classes dont on sait pertinemment qu’elles ne sont pas homogènes.

Quand, dans une classe, une trentaine d’ados s’affalent sur leur chaise et continuent de bavarder histoire de tester la résistance du nouveau prof, celui-ci doit apprendre sur le tas à faire silence ou supporter un brouhaha perpétuel. Dans la plupart des institutions, même les plus tranquilles, la voix de l’enseignant est devenue un bruit de fond, comme la télé à la maison.

Les profs en sont désormais convaincus : leur domaine déborde largement la seule transmission d’un savoir. « Nous devons aussi éduquer, responsa- biliser, éveiller à la citoyenneté », disent-ils. Mais de quelle façon ? Et comment retenir l’attention des enfants ?

« On nous parle matières, filières, mais pas de la manière d’apprendre, ni à quel rythme. Et le plaisir de l’apprentissage, comment le transmettre ? »

Apprendre l’écoute du souffle développe la concentration et facilite la mémorisation, car le cerveau retient mieux lorsque le corps est impliqué. Jack Benoît qui au sein de la RYE, forme au yoga des professeurs de l’Éducation nationale, a dans sa besace de nombreuses astuces adaptées aux enfants.

« Apprenez aux petits à inspirer et expirer sur les pleins ou les déliés. Ils sauront écrire.

Je les fais tracer des lettres avec le bout de leur nez au tableau, ou avec un pied, dans l’espace, explique-t-il. Comme c’est amusant, les volontaires ne manquent jamais. Ce sont toujours les gosses en difficulté qui se précipitent et pour une fois ils ne se trompent pas. J’inscris au tableau en lettres rouges un mot nouveau. Ils ferment les yeux, je leur dis d’allumer leur petit écran derrière le front. Ils doivent imaginer le mot, l’effacer, le repeindre en bleu, en vert. » Ils ne l’oublieront plus. On a mesuré les battements cardiaques d’enfants apprenant un vocabulaire nouveau sous relaxation. Aucune pensée adventice ne gênait, le coeur se régularisait. Autrement dit, loin de se fatiguer quand on se concentre bien, on se repose !

D. Dupont-Midy

La recrudescence de la violence, la vente de drogue par des dealers de plus en plus jeunes, loin de la démoraliser, ont accru les activités de Delphine Dupont-Midy, professeur d’anglais pas comme les autres, dans un collège d’une zone sensible à Gennevilliers. « Le yoga est arrivé dans ma vie pour enseigner autrement. Heureusement, sinon il ne me restait plus qu’à sauter par la fenêtre », dit-elle en riant. Pendant un an, avec deux collègues, elle apprend les centaines d’exercices enseignés à la RYE, adaptés aux jeunes, selon qu’ils sont agités, apathiques ou angoissés. Le principal de l’établissement donne sa bénédiction.

Et les gosses de pratiquer à leur tour. Par exemple, avant les interrogations, Delphine Dupont-Midy propose cet exercice : « Ouvrez vos oreilles, fermez les yeux, dos droit... Écoutez les bruits du dehors, de la salle d’à côté. Ceux de votre classe... Observez votre souffle ». À haute voix, l’enseignante répète alors la leçon. Yeux clos, les enfants entendent les mots une première fois. Elle répète la leçon une deuxième fois. L’état de détente favorisera la mémorisation. Elle donne aussi beaucoup d’exercices en anglais à pratiquer debout, en bougeant : « Ce n’est plus possible de coincer des enfants entre chaise et table, et les mots étrangers, il faut les mimer avec son corps pour les retenir. » Delphine n’a pas envie de quitter Gennevilliers : « C’est sportif, mais on est obligé de trouver des idées ».

Elle est la reine des dossiers de demande de crédits et remue ciel et terre : participation des élèves au projet « Dix mois d’école et d’opéra ». Les enfants entrent en contact avec les professionnels de la vénérable institution et créent un spectacle. Parents et enfants viennent en autocar dans la capitale... Épaulée par ses collègues, elle organise des voyages en Angleterre, des concours de tir à l’arc, fait partager sa passion pour l’automobile et crée un atelier de cross-car ! L’objectif : mêler éducation et sport, insertion et formation. Le collège étant trop petit, une salle d’un lycée voisin accueille un engin qui tient de la voiture et du kart, avec ses mécanos en herbe. Le projet est soutenu par la Fédération française du sport automobile. « Je leur apprends à construire des voitures au lieu de les brûler », dit-elle sans se départir de son sourire. Elle a créé une autre association, pour lutter contre l’échec scolaire.

Travail de terrain, où les partenaires locaux sont invités à s’impliquer. Elle multiplie les sorties culturelles avec enfants et parents. Orsay, le Louvre, le Palais de la Découverte... RATP et musées offrent gratuitement leurs services. « Il y a vingt-quatre nationalités au collège, précise-t-elle. Le rapprochement entre parents et professeurs était indispensable. » Elle participe au programme pilote de l’Unesco sur la culture de paix et de non-violence à l’école. Son collège de 730 élèves est le seul retenu en France avec trois autres dans le monde. « Nous sommes les champions » ont scandé les gosses à la rentrée précédente, après le Mondial. En anglais, of course.

Lu sur le site de "Nouvelles clés" (extraits)

Posté par werdna à 00:02 - Education - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=295434&pid=6049681

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :