lundi 20 août 2007
Les rendez-vous des happy few
LE MONDE | 20.08.07 |
Nous nous figurons toujours les hommes - et les femmes - de pouvoir dans un cadre institutionnel : palais officiels, mairies de grandes villes, siège du Medef. Mais il existe d'autres endroits, plus inattendus, où se retrouvent les puissants.
Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin nous les font découvrir dans "Lieux de pouvoir", une série de six enquêtes à paraître dans Le Monde (payant).
Aujourd'hui, le "Cityjet", l'avion des financiers qui relie Orly au coeur de Londres. Suivront le Val-de-Grâce, où sont soignés en toute discrétion bien des chefs d'Etat ; la Fête de la fleur, clou de la saison pour les châteaux du Bordelais ; le 14e étage de TF1, quartier général de la force médiatique ; le golf de Sperone, en Corse, un ghetto doré ; enfin, le club des grands patrons d'Internet.

Pour vivre riche et heureux, il faut bien vivre caché...
Influencé par l'actualité, Hollywood prépare de nombreux films de guerre
LOS ANGELES (AFP) - 20/08/2007
Hollywood s'apprête à déverser dans les salles obscures un nombre sans précédent de films sur fond de "guerre contre le terrorisme", influence directe de l'impopularité grandissante des conflits impliquant l'armée américaine au Moyen-Orient.
Alors que les hostilités nées des attentats du 11-Septembre vont entrer dans leur septième année, le film "In the valley of Elah", l'histoire du meurtre d'un Américain revenu d'Irak, sort en septembre.
Signé Paul Haggis, deux Oscars en 2006 pour "Collision", il préfigure ce qui semble voué à devenir un genre à part entière à Hollywood, où plusieurs films sur le 11-Septembre sont sortis l'année dernière, notamment "World Trade Center" et "Vol 93".
Le désarroi né de la guerre constitue également le thème central de "Grace is gone", très bien reçu au dernier festival de Sundance. Il raconte l'histoire d'un Américain (joué par John Cusack) dont la femme soldate est tuée en Irak. "Je pense que les gens seront intéressés de voir l'histoire du prix humain de cette guerre", a dit Cusack, qui a voulu tourner ce film en réaction à la censure par le Pentagone de photos montrant des cercueils de soldats arrivant d'Irak.
Pour Darrell West, expert en sciences politiques à l'université de Brown (Rhode Island, est), cette avalanche de films, et leur ton généralement très critique vis-à-vis de la guerre, reflète l'impopularité actuelle du conflit aux Etats-Unis.
"Nous voulions montrer le genre de choses que vivent les soldats et qu'on ne voit pas sur CNN", a-t-il dit au quotidien spécialisé Hollywood Reporter. La guerre du Vietnam a inspiré aux scénaristes des chefs-d'oeuvre comme "Apocalypse now", "Voyage au bout de l'enfer" et "Platoon", mais ils ne sont sortis qu'après la fin des hostilités.
"Hollywood est bien plus politisé aujourd'hui, et a moins peur de donner de la voix", affirme pour sa part Lew Harris, rédacteur en chef du site spécialisé Movies.com. En outre, selon lui, "il y a bien plus de gens en colère contre la guerre à l'heure actuelle parce que beaucoup sont contre mais elle continue".
Reste que le succès de ces futurs films résidera comme toujours dans leur capacité à séduire et donc distraire le public. "Si c'est un film où les spectateurs sont assommés de messages politiques, ils n'iront pas le voir", prévient M. Harris.
Le sommet de Montebello s'ouvre ce lundi sous haute surveillance
MONTEBELLO (AFP) - 20/08/2007
Les dirigeants des Etats-Unis, du Mexique et du Canada se retrouvent lundi dans un bel hôtel en rondins du Québec pour parler commerce et sécurité à l'abri des protestataires grâce à un imposant dispositif de sécurité.
Le Premier ministre canadien Stephen Harper reçoit les présidents américain George W. Bush et mexicain Felipe Calderon, tous trois conservateurs, pour deux jours de discussions au château Montebello, dans le cadre du Partenariat pour la Prospérité et la Sécurité (PSP). Ce processus lancé en 2005 par les trois pays, vise à faciliter les échanges commerciaux tout en renforçant la sécurité sur le continent nord-américain, dans le contexte nouveau de l'après-11 septembre 2001.
Il suscite toutefois l'inquiétude de groupes nombreux et divers qui dénoncent le "secret" entourant selon eux les discussions. Ils soupçonnent le PSP d'être une machine de guerre néolibérale au service du monde des affaires et des Etats-Unis, ce que démentent fermement des responsables des trois pays.
Un peu plus d'un millier de personnes ont défilé dimanche à Ottawa contre ce que certains protestataires qualifient de sommet des "trois Bandidos" et d'autres manifestations, notamment de groupes altermondialistes, sont prévues lundi à proximité du lieu du sommet. L'importance du dispositif de sécurité ne devrait toutefois pas faciliter la tâche des manifestants. Le lieu de la rencontre, un hôtel de luxe situé dans un parc sur les bords de la rivière des Outaouais, à mi-chemin entre Ottawa et Montréal, a été entouré d'une clôture grillagée de 3 à 4 mètres de hauteur, surmontée de caméras de surveillance. Plusieurs centaines de policiers ont été mobilisés pour surveiller le périmètre tandis que la garde-côtière effectue des patrouilles sur la rivière des Outaouais et l'espace aérien au-dessus de Montebello a été interdit.
Au delà d'un renforcement de la coopération entre les trois voisins nord-américains, l'ordre du jour du sommet est relativement vague et des responsables laissaient entendre qu'il ne fallait pas s'attendre à des résultats spectaculaires dépassant l'affirmation de progrès accomplis depuis la précédente rencontre trilatérale l'an dernier à Cancun au Mexique.
Les trois hommes rencontreront mardi matin le Conseil nord-américain de la compétitivité, un groupe consultatif composé de 30 chefs de grandes entreprises, 10 par pays. Les opposants voient dans la composition de ce Conseil une preuve de l'orientation pro-business du PSP et de l'exclusion de la société civile.
Les dirigeants nord-américains auront ensuite un entretien à trois, puis un déjeuner avant de tenir ensemble une conférence de presse finale en début d'après-midi mardi.
L'opposition canadienne a elle aussi exprimé sa méfiance à l'égard du PSP avant le sommet. "Il est temps d'arrêter la dérive vers un processus de plus en plus dirigé par les Etats-Unis dans le secret", a déclaré le chef du principal parti d'opposition, Stéphane Dion.
Lagarde ne sait pas si la France atteindra 2,25% de croissance en 2007
PARIS (AFP) - 20/08/2007 08h20
La ministre de l'Economie Christine Lagarde a rappelé lundi que les calibrages du budget 2007 avaient été faits "sur la base de 2,25%" de croissance, tout en refusant de dire si la France pourrait "atteindre" ce chiffre. "Pour les atteindre, on doit avoir des objectifs extrêmement ambitieux pour les 3e et 4e trimestres", a-t-elle ajouté en évoquant un chiffre de 0,8% pour chacun des trimestres.
"Il faut qu'on voit à l'aune des conséquences de la crise financière et de ce qui se développe actuellement sur le marché au niveau des entreprises et du maintien de la consommation" des Français "si on arrive à tenir dans nos 2,25%", a insisté Mme Lagarde.
Evoquant les "trois moteurs de croissance" (consommation des ménages, investissement des entreprises et commerce extérieur), la ministre a souligné que la consommation "se porte très bien actuellement". Quant à l'investissement, au point mort au deuxième trimestre, "je suis convaincue qu'un certain nombre d'entreprises sont en train d'investir, vont continuer à investir. On ne va pas rester à un 0%", a-t-elle affirmé.
Sur ce plan, "nous devons engager un dialogue avec les banques pour qu'elles ne profitent pas de la situation de crise financière dans laquelle nous sommes passés pour durcir les conditions d'octroi du crédit", a déclaré Mme Lagarde.
Une réunion ministérielle consacrée au "pouvoir d'achat, la croissance et la situation économique et financière", se tenait lundi matin à l'Elysée sur fond de crise boursière internationale.
Buffet prévoit un grand rassemblement contre la politique Sarkozy
REUTERS : lundi 20 août 2007
Marie-George Buffet estime que l'opposition ne joue pas pleinement son rôle et veut impulser un grand "rassemblement" à l'automne contre la "politique réactionnaire" de Nicolas Sarkozy. Invitée lundi sur France 2, la secrétaire nationale du PCF a souligné que son parti prendrait une "initiative", sans doute un "grand rassemblement populaire" sous forme de meeting ou de manifestation.
"Il faut que la gauche soit porteuse de propositions et pas seulement de critiques", a-t-elle dit. "Il faut donner à voir que l'opposition est là et que d'autres choix sont possibles dans notre pays", a-t-elle dit.
Selon la dirigeante communiste, l'opposition doit notamment se mobiliser contre le service minimum dans les transports, ainsi que sur les questions de santé et d'emploi.
Concernant l'avenir du PCF, Marie-George Buffet a confirmé qu'un congrès extraordinaire se tiendrait en décembre 2007, avant un congrès extraordinaire en décembre 2008 au cours duquel elle "passera la main" à la direction du PCF. Interrogée sur les déclarations rassurantes du gouvernement à propos de la crise financière actuelle, Marie-George Buffet a répondu : "Je pense qu'il y aura un impact, on le voit aujourd'hui, la croissance est molle."
"Il faut plus de transparence mais il faut surtout changer la logique qui prévaut aujourd'hui (...) Il faut changer le rôle des banques centrales, notamment le rôle de la Banque centrale européenne (BCE)."
A Lille, avec les sans-papiers :«Apporter une présence humaine»
Par STéPHANIE MAURICE Libération lundi 20 août 2007
Une soixantaine de bénévoles se relaient auprès des jeûneurs.
Dimanche, 9 h 30, la relève arrive au quartier général des soutiens aux sans-papiers de Lille. Caroline, la coordinatrice, donne les nouvelles de la nuit. Café et cendrier plein devant elle, elle tient à jour les cahiers, où sont inscrits les déplacements des grévistes de la faim : «Il faudrait aller voir Cissé ; au téléphone, il n’allait pas très bien.» «A part ça, il n’y a personne d’autre hospitalisé cette nuit ?», demande Mathilde.
D’après le point quotidien, six sont toujours au CHR de Lille, trois en urologie, deux en néphrologie, un en cardiologie. Dans les hôpitaux d’Armentières et de Seclin, ils sont vingt à avoir été admis depuis le 4 août. Caroline gère aussi le planning de présence des bénévoles dans les campements improvisés devant les hôpitaux : «On essaye que les soutiens soient toujours au minimum deux, surtout la nuit.»
Au mur, les contacts des volontaires, une liste de 67 noms. Xavier et Mathilde s’apprêtent à partir pour Tourcoing, le coffre de la voiture plein de packs d’eau et de couvertures. Ils sont des militants expérimentés, déjà présents lors de la grève de la faim de 2004. Ils donnent des conseils à ceux qui arrivent : «Notre rôle, c’est d’assurer une présence humaine, pas d’être des plantons à côté d’eux. Il faut veiller à ce que les policiers, les médecins s’adressent aux sans-papiers et non pas à nous, parce que nous sommes Français.» L’essentiel est ailleurs, dans le soutien psychologique. Mathilde tient surtout à leur apporter son sourire : «Les grévistes passent leur temps à penser à leur état de santé. Je leur parle d’autre chose, ils me racontent les belles images de leur passé. La morale, c’était qu’il faut résister.»
Hier, 63 personnes étaient en grève de la faim, dont une partie dans leur 65e journée.
Gagner plus pour travailler moins
Par Auréliano Tonet Libération lundi 20 août 2007
Portrait : Christophe Edlinger, 31 ans, trader. Entouré d’expatriés, ce diplômé des Ponts exerce ses talents de spéculateur à Londres et, malgré la crise, pourrait bientôt se retirer, fortune faite.
Ils sont plus de 300 000 à avoir choisi Londres, en Bourse, on appelle ça une tendance. Jeunes diplômés d’écoles de commerce ou d’ingénieurs, costumes trendy, ils s’en vont tenter leur chance de l’autre côté du tunnel. La City, c’est quand même une autre paire de manches que la Défense : la promesse de gains à gogo, d’adrénaline virile et besogneuse, que rédiment d’intenses soirées au pub entre expats et de paisibles week-ends du côté de South Kensington, un petit bout de France cossue et verdoyante, où réside Christophe Edlinger, trader pour une banque d’un pays neutre, très férue de discrétion.
De 8 à 21 heures, dans la salle des marchés de sa banque, il coasse, bondit, nage d’un cours à l’autre : Cac, Footsie, Nasdaq. Soirs et week-ends, il revient buller à South Ken. Il y retrouve un appartement de 120 m2 qu’il loue 5000 euros par mois, sa famille, ses amis - des compatriotes travaillant, comme lui à la City. C’est au sein de l’antenne locale du Crédit lyonnais qu’il a rencontré Emmanuelle : elle y faisait du contrôle de gestion, lui ses premières armes de trader. Sept ans et un mariage plus tard, elle a arrêté le boulot pour s’occuper de leur fille, Valentine, trois mois à peine. La jeune maman commande par Internet du lait et des yaourts bio made in France.
Comme celle du footballeur de haut niveau, la carrière du golden boy est brève, intense et grassement rémunérée. Christophe perçoit 200 000 euros par an, auxquels s’ajoute un bonus cinq à vingt fois supérieur, selon les gains qu’il réalise sur les marchés. Un salaire «déconnecté du monde réel», mais gagné «honnêtement, sans ruiner personne» : «Si les gens veulent changer le système, qu’ils le fassent !»
Au-delà du stress, des horaires et des enjeux croissants, Christophe Edlinger justifie ses millions par la pénurie de traders expérimentés ( «depuis le milieu des années 90, le métier est en plein boom») et par le «coût de remplacement» qu’induirait son départ. Lui compte déjà deux débauchages à son actif. En 2000, à peine diplômé, il atterrit au Crédit lyonnais : six mois de stage à Londres, un an et demi de trading junior à Hongkong, puis un retour difficile à Paris, où il s’agace de la «fainéantise» de ses collègues, RTT et pauses interminables à la clef. Un chasseur de têtes le ramène à la City.
Lui qui vote à droite depuis la terminale, cite Blair comme son politique favori. Tout juste consent-il à louer le «punch», la «jeunesse» et le bouclier fiscal de Sarkozy : «Mais les Français sont-ils prêts à mettre en œuvre les changements qu’il propose ?»
Comme la plupart de ses collègues, Christophe se voit arrêter la bourse d’ici cinq à dix. Il songe à se stabiliser en France et y vivre d’immobilier. Loin du trading, dont l’univers froid et frénétique «commence à déteindre sur [son] comportement». Quant à sa relation avec sa fille, il la trouve de plus en plus «interactive». Précisons que l’enfant loge, comme ses parents, juste au-dessus de la salle de ventes de Christie’s…
Soudain, Christophe se prend à parler de sa vie comme d’un «entonnoir». Derrière lui, les Ponts, le tunnel sous la Manche, les «Himalaya», un à un franchis ; d’où, peut-être, cette impression diffuse d’achèvement. Adolescent, ce fils d’une fonctionnaire et d’un directeur d’auto-école messins, abonné à Auto Moto, voulait «travailler dans les moteurs, les suspensions». Aujourd’hui, il conduit une Maserati. «Les jeunes Européens vont gagner leur argent en Angleterre. Une fois retraités, ils vont le dépenser en France, un pays moins dynamique, mais plus agréable à vivre.» Christophe a 31 ans. La préretraite n’est plus très loin.
A la Poste, les lundis, c’est grève à Paris
Par RIFAÏ LINE Libération lundi 20 août 2007
Social. Des guichetiers de la capitale dénoncent la dégradation des conditions de travail.
C’est le dix-septième de suite. Chaque lundi depuis le 23 avril, plus d’une centaine de guichetiers des bureaux parisiens de la Poste (entre 100 et 150 selon la direction, 150 à 300 selon Sud, sur près de 3 500 salariés) se met en grève, à l’appel du syndicat Sud-PTT, deuxième organisation syndicale chez les postiers.
Une action de faible ampleur, pour la direction, «qui ne concerne que 3 à 4 % des effectifs et ne perturbe pas le fonctionnement des bureaux». Les syndicalistes de Sud, eux, parlent de 20 % de grévistes (ils ne comptabilisent pas dans l’effectif total les «15 à 20 %» de postiers absents pour congés, maladie ou formation, ni le personnel encadrant).
«Rentabilité». La revendication majeure des grévistes porte sur les conditions de travail, qui se seraient dégradées. «La direction a profité de la mise en place des 35 heures, en 1999, pour réorganiser le travail», souligne Stéphane Charnacé, de la section parisienne de Sud-PTT. «La charge de travail a augmenté, tout comme le stress, confie Nadine, guichetière dans le XIe arrondissement. «Il y a eu un profond changement de culture interne. Maintenant, tout est axé sur la rentabilité.»
Une autre cite un document adressé par la Poste à ses salariés. Il identifie, parmi les problèmes à régler, «la cannibalisation de la charge guichet par des opérations à faible valeur ajoutée». En clair : les opérations qui rapportent peu prennent trop de temps selon la direction. Depuis la spécialisation des guichets début 2007, «tout est fait pour que la population à fort potentiel commercial, dans le jargon de la Poste, attende le moins longtemps, affirme Brigitte. Mais ceux qui viennent pour toucher leur RMI ou leurs allocations rentrée scolaire attendent plus.»
Logiciel. Les guichetiers parlent d’une «logique du tout commercial» et de la pression accrue qui serait imposée aux salariés. «Le maître mot avec la nouvelle organisation, c’est la productivité. Nos objectifs de résultat sont calculés à partir d’un logiciel. Cela a un côté théorique décalé de la réalité», se plaint Denis, guichetier dans le XVe arrondissement. Parmi ces objectifs, essayer de vendre le produit le plus cher. «Quand on vend un colis, on nous invite à proposer au client une assurance en lui suggérant que le colis peut se perdre en route, déplore Nadine. L’adage comme une lettre à la poste ne va peut-être pas survivre à ces transformations».
La CGT, premier syndicat de la Poste, qui partage les revendications de Sud, n’a pas rejoint le mouvement mais compte organiser, selon Jean-Paul Rouillac, responsable des guichets parisiens à la CGT, «une grève illimitée en septembre.»
Casse-tête juridique autour du cargo chauffard immatriculé aux îles KIRIBATI
Par Renaud lecadre (avec AFP) Libération lundi 20 août 2007
Le commandant de l’«Ocean Jasper», navire immatriculé dans le Pacifique qui a heurté un bateau breton, pourrait échapper à la justice française.
Le naufrage du Sokalique (20 mètres), bateau de pêche breton qui a coulé dans la nuit de jeudi à vendredi au large d’Ouessant, suite à une probable collision avec l’ Ocean Jasper (80 mètres), cargo cosmopolite, pourrait tourner à l’imbroglio diplomatico-judiciaire. Samedi, le procureur de la République de Morlaix a souligné le risque de dessaisissement. La collision ayant eu lieu dans les eaux internationales, la justice française n’est théoriquement pas compétente, seul le pays où est immatriculé le navire pouvant engager des poursuites. L’ Ocean Jasper est un concentré des dérives de la mondialisation maritime : équipage originaire d’Azerbaïdjan, affrété par un armateur turc, possédé par une société basée aux îles Marschall, immatriculé aux îles Kiribati… En droit pur, s’il existe, c’est donc à cet archipel du Pacifique (lire ci-contre) que reviendrait l’honneur de diligenter l’enquête.
Lettre à Sarkozy. «Des contacts sont en cours par voie diplomatique, indique le procureur de Morlaix. Si les îles Kiribati abandonnent les poursuites en faveur de la France, je peux aller plus loin et faire juger les responsables devant la justice française.» Hier, la fédération CGT des marins a rédigé une lettre ouverte à Nicolas Sarkozy : «Ne laissez pas ces voyous des mers, ni leurs avocats se réfugier derrière des textes d’un autre temps qui les protégeraient et leur permettraient de continuer à tuer d’autres marins sans être importunés. Vous devez exiger de l’Etat du pavillon que le capitaine et son second qui assurait la veille lors de l’abordage soient emprisonnés et jugés en France.»
Signe de bonne volonté ? L’ Ocean Jasper a accepté de s’amarrer sur la base navale de Brest, où les gendarmes maritimes français ont pu constater, sur son côté tribord, «des traces de peinture verte qui paraissent correspondre à la couleur de la coque» du Sokalique. Quelles que soient les circonstances d’une collision, le droit maritime affirme la priorité d’un bateau de pêche en face d’un cargo. L’ Ocean Jasper pourrait être poursuivi derechef pour délit de fuite. Son attitude au moment du naufrage du Sokalique, restant bizarrement sur zone sans pour autant lui porter secours, avait déjà interloqué.
Point d’honneur. Samedi dans Libération, témoignait l’un des sept survivants du Sokalique - seul son capitaine mettant un point d’honneur à quitter le navire en dernier, a péri sous les flots : «Ça fout vraiment les boules de voir qu’un cargo ne bouge pas, alors qu’on est en train de couler. Il s’est enfui alors qu’il avait les moyens de nous secourir. Bien sûr, on n’a pas réussi à voir son nom.»
Les Kiribati acceptent que l'Ocean Jasper soit immobilisé en France
Mardi 21 août 2007
Les autorités des îles Kiribati ont répondu favorablement à la demande française "concernant l'immobilisation" du navire Ocean Jasper et de son équipage, soupçonné d'être à l'origine du naufrage du Sokalique, a annoncé mardi le Quai d'Orsay.
Les Kiribati, pays pauvre du Pacifique
Les îles Kiribati sont la réunion de trois archipels de l’océan Pacifique, disséminées sur 3,5 millions de km2. Indépendantes depuis 1979, elles ont tous les attributs d’un Etat de droit : le président de la République, élu au suffrage universel, Teburoro Tito, a démissionné en 2003 suite à un revers législatif. Les Kiribati ont participé en 2006 au sommet France-Océanie, signé un accord de pêche avec l’UE. Figurant parmi la liste des cinq pays pauvres du Pacifique (avec les îles Salomon, Vanuatu, Samoa et Tuvalu), les Kiribati affichent une flotte étrangère de 1 900 marins, qui lui rapporte 5,6 millions d’euros par an.
Au Kazakhstan, la démocratie attendra encore
Par (AFP) lundi 20 août 2007
Avec 88 % des voix, le parti du président Nazarbaïev remporte les législatives.
Le Kazakhstan est un des pays-clefs de l’Asie centrale, riche en hydrocarbures, où Chinois, Russes et Américains rivalisent pour asseoir leur influence. Nazarbaïev, au pouvoir depuis 1989, a assuré une stabilité politique indéniable, mais en imposant le culte de la personnalité.
L’AFP a été témoin de fraudes électorales samedi, notamment de cas de votes multiples et de menaces contre les observateurs du parti social-démocrate.
Les critiques du régime ont toujours indiqué craindre des fraudes, soulignant par ailleurs que le Président avait aussi fait modifier la Constitution pour se maintenir à la présidence au-delà de 2012.Lors des précédentes législatives en 2004, l’opposition avait pu arracher un siège. «On est de retour en Union soviétique, au système du parti unique», a déclaré à l’AFP un dirigeant social-démocrate Amirjan Kossanov. «Mais on sort la tête haute de ce scrutin. Ce résultat est la preuve que le pouvoir nous craignait, sinon il nous aurait permis d’entrer au Parlement», poursuit-il.
Nur Otan, qui est dirigé par le président-dictateur local, Noursoultan Nazarbaïev, a obtenu 88 % des suffrages lors des législatives de samedi, devenant le seul parti à franchir la barre des 7 % nécessaire pour disposer de députés au Majilis, la chambre basse du Parlement. Le parti d’opposition social-démocrate (OSDP) arrive en deuxième position avec 4,6 %, tandis que les opposants modérés d’Ak-Jol n’obtiennent qu’un peu plus de 3 % des voix. «Je n’ai jamais vu un pays démocratique qui n’a qu’un seul parti», a noté Lubomir Kopaj, un représentant de la mission de l’OSCE.
L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a estimé hier que les législatives au Kazakhstan, qui ont vu le parti du pouvoir, Nur Otan, monopoliser tous les sièges de députés, n’étaient pas démocratiques malgré quelques progrès. L’OSCE condamne le manque de transparence du scrutin, le non-respect de procédures, la présence de policiers lors du décompte ou encore le cas de falsifications flagrantes.

