samedi 18 août 2007
Au Japon, certains pollueurs paient
Par Laure Noualhat Libération : samedi 18 août 2007
Environnement. Les constructeurs automobiles nippons vont indemniser les asthmatiques.
Quand le principe du pollueur payeur est appliqué, des constructeurs automobiles japonais mettant la main au portefeuille pour dédommager des Tokyoïtes souffrant de problèmes respiratoires.
L’épilogue de l’histoire s’est conclu le 8 août, après onze ans de procédure judiciaire. En 1996, 99 habitants de Tokyo souffrant de maladies respiratoires portent plainte contre les constructeurs automobiles nippons (Nissan, Nissan Diesel, Toyota, Hino, Mitsubishi, Isuzu et Mazda), mais aussi contre le gouvernement japonais, la préfecture de Tokyo et la compagnie d’autoroutes MEPC. En 2002, le tribunal condamne la compagnie autoroutière et la préfecture à verser près de 500 000 euros à des habitants vivant à moins de 50 mètres d’axes particulièrement fréquentés. Mais les constructeurs auto sont dédouanés.
L’affaire devait être jugée en appel mais, craignant un verdict en leur défaveur, les sept constructeurs ont proposé fin juin un accord aux désormais 520 plaignants. Ils devront leur verser 7,4 millions d’euros et plus de 20 millions dans le cadre d’un programme médical pour asthmatiques. Une leçon à méditer pour les constructeurs français dont les véhicules émettent un taux de particules et de CO2 supérieur aux modèles japonais.
« Cette affaire est particulièrement intéressante parce que les constructeurs se sont eux-mêmes désignés comme responsables, ce qui est une première» estime Arnaud Gossement, juriste chez France Nature Environnement.
Preuve de causalité. Dans ce genre de cas, en effet, il est difficile d’établir avec certitude le lien de causalité entre les maladies constatées et la pollution de l’air induite par les véhicules. « La pollution de l’air des villes est en grande partie due à la pollution auto et d’une manière générale, on sait que la pollution de l’air par les particules constitue un des facteurs aggravants des maladies respiratoires», avance Joëlle Colosio qui travaille à l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie). Entre forte présomption et preuve de causalité, il y a un pas que la justice refuse de franchir. Voilà pourquoi la décision des constructeurs nippons est salutaire.
Anticiper. En France, ce type d’actions collectives est improbable ou alors il faudrait que chacun porte son dossier au tribunal individuellement. Ce que ne goûtent guère les juges. « Surtout, la multiplication de ces cas n’est pas souhaitable. Ce qu’il faut, c’est anticiper les dommages que l’automobile dans son ensemble cause à la société, à la santé, à l’environnement.» Tous les dommages.
En Indonésie, les islamistes rêvent d’un retour au califat
Par Arnaud Dubus Libération samedi 18 août 2007
Des milliers de personnes ont réclamé à Jakarta la réunification de la communauté islamique mondiale.
Ambiance des grands jours dans le stade Bung Karno de Jakarta en ce dimanche 12 août. Des dizaines de milliers de personnes occupent les gradins, agitant des fanions noir et blanc dans le vacarme des clameurs et des roulements de tambours. Cette fois-ci, ils n’encouragent pas leur équipe favorite, mais ovationnent une petite dizaine d’orateurs venus de Grande-Bretagne, du Soudan et du Japon avec un ordre du jour commun : promouvoir l’idée de rétablir un califat islamique qui gouvernera l’Oumma, l’ensemble de la communauté musulmane. «Khalifah, Khilakah» («califat et création», en arabe), scande la foule alors que les invités montent sur une estrade ornée d’une bannière portant l’inscription «le califat islamique dirige le monde».
Chemise batik. Pour le mouvement islamiste indonésien qui organise la manifestation, le Hizbut Tahrir, c’est un jour de gloire. En 2000, une première conférence sur ce thème n’avait attiré qu’une maigre assistance de quelques milliers de personnes. Cette fois-ci, 100 000 personnes remplissent le plus grand stade de Jakarta. «Notre objectif - mobiliser la population autour de l’idée du califat islamique - est pleinement atteint», estime Mohammad Ismaïl Yusanto, porte-parole du Hizbut Tahrir indonésien. Vêtu d’une chemise batik boutonnée jusqu’au col, il s’excuse de n’avoir que peu de temps. «Je suis débordé par les demandes de toutes parts», confie-t-il en pianotant sur son téléphone portable.
Ses propos sont sans détour : «Le capitalisme est le pire des systèmes, il fait souffrir aussi bien les musulmans que les non-musulmans. Pour négocier avec le capitalisme global, il faut lui opposer un autre système global : le califat islamique», dit-il. Il récite une liste de «statistiques officielles» sur la criminalité en hausse, le taux croissant des avortements, le nombre de toxicomanes et la pauvreté en Indonésie. Pour lui, la solution à ces maux apportés par «l’influence occidentale et la modernité» est toute prête : l’imposition de la loi islamique dans le pays. Un assistant apporte un plateau avec des tasses de thé. Sur son front une tache brune, la marque de fierté des musulmans assidus à la prière.
N’est-il pas irréaliste de vouloir rétablir le califat, officiellement aboli en 1924 par Mustafa Kemal suite à l’effondrement de l’Empire ottoman ? «Difficile, mais pas utopique», rétorque Ismaïl Yusanto. L’Oumma est répartie entre de nombreux pays, mais, assure-t-il, les 40 branches du Hizbut Tahrir de par le monde travaillent de manière coordonnée pour préparer la résurgence du pouvoir temporel de l’islam sur la planète. Il «révèle» que le National Intelligence Council (NIC, le conseil regroupant les agences de renseignement américaines) envisagerait, dans ses prévisions de configuration internationale à l’horizon 2020, l’hypothèse d’une planète «dominée par le califat islamique».
«Ironique». Dans les jours qui ont suivi la conférence au stade Bung Karno, plusieurs politiciens indonésiens et leaders d’organisations de protection des droits de l’homme se sont offusqués des attaques du Hizbut Tahrir - qui revendique deux millions de membres - contre la démocratie. Ils ont notamment reproché à l’organisation de refuser de se soumettre au pancasila , la philosophie politique inscrite par Sukarno - premier président indonésien - dans la constitution, base d’une démocratie consensuelle et multiconfessionnelle. Propos d’hypocrites, selon le porte-parole du Hizbut Tahrir. «Ils appellent sans cesse au maintien de la démocratie, mais dans le même temps ils refusent de donner la parole à ceux qui proposent une alternative à la démocratie», s’indigne-t-il.
La République d’Indonésie est devenue indépendante en 1945 après la capitulation du Japon, qui occupait les Indes néerlandaises. Plus de 220 millions d’habitants, dont 88 % sont musulmans, peuplent les 17 000 îles, dont Java, Sumatra et Bali, de ce pays d’Asie du Sud-Est. C’est le pays musulman le plus peuplé du monde. Les autres habitants sont chrétiens, boudhistes et hindous.
«Les caméras se sont insidieusement installées dans le quotidien des gens»
Par Marie PIQUEMAL LIBERATION. vendredi 17 août 2007
L'association «Souriez vous êtes filmés» s'inquiète de la banalisation de la vidéo-surveillance en France. Entretien avec Marie-Claude Bonneville, sa secrétaire générale.
Michèle Alliot-Marie, la ministre de l'Intérieur, a profité de l'émotion suscitée par la mort du journaliste italien agressé dans le métro parisien, pour regretter le manque de caméras de surveillance. Mais des voix s'élèvent contre la banalisation de la vidéo-surveillance en France. Interrogée, Marie-Claude Bonneville, secrétaire générale de l'association «Souriez vous êtes filmés», fait part de son inquiétude.
Michelle Alliot-Marie a regretté l'absence de vidéo-surveillance dans la station Bir-Hakeim, là où s'est déroulé le drame samedi dernier. Qu'en pensez-vous?
Presque toutes les stations de métro de la RATP sont déjà équipées de système de vidéo surveillance. Et aujourd'hui, Madame la ministre trouve le moyen de dire: on va mettre plus de vidéo-surveillance! C'est alarmant et inutile. Rien ne prouve que ces caméras permettent d'arrêter la délinquance. Elles ne font que la déplacer. Ce n'est pas la solution pour répondre aux agressions. Et si quelqu'un veut commettre un attentat, ce n'est pas une caméra qui va le décourager, vous ne croyez pas?
La vidéo-surveillance s'est-elle banalisée en France?
Les politiques ont réussi à manipuler l'opinion pour leur faire admettre l'utilité de la vidéo-surveillance. Au fil du temps, les caméras se sont installées insidieusement dans le quotidien des gens. Comment? D'abord, il y a eu les attentats de New York, de Madrid et de Londres. Puis, la politique sécuritaire avec tout son langage spécifique qui crée un climat de peur. Exemple: les bandes-annonces sur les quais de gare qui invitent à la vigilance... Les médias ont aussi joué un rôle, il ne faut pas l'oublier. Avec les images d'agressions et de violence au quotidien. Mais aussi avec des jeux télévisés type Loft Story: les gens se sont amusés à se surveiller.
Est-ce que le regard que portent les gens sur votre combat a changé?
Oui, en dix ans, il y a eu un vrai changement. Pendant longtemps, on nous prenait pour de joyeux lurons, vivant dans le fantasme de Big Brother. Alors qu'aujourd'hui, beaucoup ont pris conscience des dangers et des dérives de la vidéo-surveillance. On reçoit des appels de gens inquiets de se savoir surveillés. On commence aussi à mesurer les conséquences des caméras sur le quotidien des gens.
Nous avons mené l'enquête dans les rues de Levallois-Perret, dans les Hauts-de-Seine. C'est une ville pionnière en matière de surveillance, les premières caméras ont été installées en 1987. Et bien, dans la rue, les passants refusaient de nous répondre comme s'ils craignaient un retour de baton. Et ceux qui acceptaient de parler, témoignaient d'une voix presque inaudible «au cas où». Se savoir surveillé, c'est se sentir coupable de son comportement. Les gens perdent leur naturel et vivent dans une cupabilité permanente.
Comment lutter? Quels sont vos moyens d'action aujourd'hui?
Nous sommes une petite association très active mais il est clair que nous ne sommes pas assez nombreux face à l'ampleur du problème. Nous n'avons pas les moyens réels pour nous opposer.
Notre travail aujourd'hui, c'est d'abord d'informer. Il faut dire qu'on ne peut pas faire beaucoup plus. Il faudrait une mobilisation générale de l'opinion publique pour imposer un vrai contre-pouvoir. Car, aujourd'hui la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) a juste un rôle consultatif. On espère aussi que les gens réfléchiront à deux fois quand ils vont payer beaucoup plus d'impôts locaux. Car, les caméras coûtent chers (maintenance, personnel...) Ce sera peut-être pour nous un bon argument pour les faire réagir.
Le site de Souriez vous êtes filmés
Une ferme solaire géante dans l’immensité canadienne
La «vallée chimique» de l’Ontario convertie en championne de l’énergie renouvelable.
Par Emmanuelle Langlois Libération : vendredi 17 août 2007
Imaginez des champs, non pas de maïs ou de blé mais de panneaux solaires, s’étalant à perte de vue. Une vision quasi-futuriste que découvriront bientôt les 90 000 habitants de Sarnia, ville posée sur la rive Nord du Lac Huron, dans le sud-ouest ontarien. Cette région, connue sous le nom de «vallée chimique», accueille la plus vaste concentration d’installations chimiques et manufacturières du Canada et elle est considérée comme l’une des plus polluées du pays. Mais grâce aux volontés combinées d’un gouvernement provincial désireux d’entreprendre un virage vert, d’une administration locale impatiente de casser son image de zone surpolluée et d’une entreprise californienne spécialisée dans le solaire, le réseau électrique de la province comptera, en 2008, 14 nouveaux projets d’énergie renouvelable, parmi lesquels la plus grande ferme solaire d’Amérique du Nord, à Sarnia.
L’Allemagne, qui a jusqu’ici le plus grand parc d’énergie solaire au monde avec sa station d’Erlasee (Bavière), qui produit 12 mégawatts (MW), risque donc être détrônée par l’Ontario. D’ici à 2010, plus d’un million de panneaux solaires recouverts de cellules photovoltaïques (elles emmagasinent l’énergie provenant des rayons solaires et la transforment en électricité) seront posés à quelques mètres au-dessus du sol sur une surface de 320 hectares, l’équivalent de 492 terrains de foot. Ils produiront 40 kW et alimenteront en électricité 6 000 foyers. Un projet évalué à près de 300 millions de dollars canadiens (200 millions d’euros). «Cette ferme solaire fait partie d’un projet plus vaste, le Programme d’offre standard, destiné à promouvoir sur vingt ans l’exploitation de petites sociétés de production d’électricité renouvelable en Ontario, précise Sylvia Kovesfalvi, porte-parole du Ministère de l’énergie. Nous nous sommes fixé un objectif de production de 15 700 kW d’ici à 2025, lesquels pourront alimenter près de 5,5 millions de foyers.» Le programme d’offre standard en matière d’énergie renouvelable est à ce titre le plus important du genre en Amérique du Nord.
Précurseur. Pour Dave Martin, responsable du secteur énergie chez Greenpeace Canada, si l’énergie solaire est tellement populaire en Allemagne, c’est parce que chaque kilowatt produit rapporte 80 cents, deux fois plus que ce que propose le gouvernement ontarien. «Tout réside dans cette question pécuniaire , constate-t-il. Si l’indemnisation de chaque kilowatt heure solaire […] n’est pas augmentée, alors nous courrons à l’échec.» C’est à ce niveau que ce situe aujourd’hui le plus grand défi. Nous devons donc nous atteler à développer de nouveaux matériaux et de nouvelles technologies moins onéreux.»
Dans ces conditions, l’Ontario pourrait devenir un précurseur. C’est un bon début mais cela demeure encore trop peu. Les centrales nucléaires ontariennes ne pourront pas être fermées avant plusieurs années. Leur entretien et la construction de nouvelles centrales vont coûter plus de 40 milliards de dollars canadiens. Une fortune. Il est donc impératif de tout faire pour favoriser la multiplication des petits producteurs d’énergie renouvelable.»
Vue. À ceux qui s’inquiètent de voir pousser d’immenses champs aux reflets argentés pas toujours saillants, Peter Carrie rétorque que l’immensité canadienne devrait permettre l’implantation de milliers d’hectares de panneaux solaires sans obstruer la vue. «À Sarnia, les installations se trouveront à la frontière entre les zones industrielles et les zones périphériques et nous avons prévus de hisser des barrières naturelles d’arbres pour que les quelques maisons qui bordent ces terrains ne soient pas gênées», rassure-t-il.
Reste que cette seule opération ne permettra pas au Canada de se hisser en tête du classement des pays les plus verts. À l’heure actuelle, seul 0,1 % de l’électricité canadienne provient du soleil, contre 38 % issu du charbon, 17 % du nucléaire, 15 % du gaz naturel et 9 % du pétrole.
L'Afrique australe se dote d'une brigade de maitien de la paix
vendredi 17 août 2007par Shapi Shacinda et Michael GeorgyLUSAKA (Reuters) –
Les dirigeants d'Afrique australe ont inauguré vendredi une brigade de maintien de la paix dans le cadre du projet de mise en place d'une force d'intervention africaine destinée aux missions de paix sur le continent.
Le président zambien Levy Mwanawasa a passé en revue la nouvelle unité devant les chefs d'Etat de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) réunis en sommet à Lusaka.
"La brigade de la SADC (...) servira aux efforts de paix, notamment au désarmement post-conflit, à la démobilisation et à l'assistance humanitaire pour soulager les souffrances des populations civiles dans les zones de conflit et soutenir les efforts en cas de grandes catastrophes naturelles", a déclaré le chef de l'Etat zambien au cours de la cérémonie.
La brigade de maintien de la paix, qui entre dans le cadre d'un projet africain de création d'ici 2010 d'une force opérationnelle de maintien de la paix, devra être en mesure de se déployer rapidement "pour une durée limitée", avec un mandat des Nations unies, de l'Union africaine ou de la SADC.
Elle est composée d'effectifs fournis par les pays membres, chaque contingent étant basé dans son pays respectif.
Le général namibien Malakia Nakanduungileh, chef d'état-major sortant du département chargé de la mise en place des brigades, s'est félicité du lancement de la nouvelle force. "Nous sommes en avance sur d'autres régions. Nous sommes prêts maintenant", a-t-il dit.
Il a ajouté que le fait que chaque contingent soit basé dans son pays d'origine ne devrait pas ralentir le déploiement des missions. Il n'a pas précisé quand et où la brigade pourrait se déployer en premier.
Le général Nakanduungileh a indiqué qu'en principe, une brigade serait composée de 5.000 hommes, mais que les effectifs de la force dépendraient du mandat de chaque mission.
Les dirigeants d'Afrique australe sont réunis cette semaine à Lusaka pour étudier les moyens de faire face à la crise politique et économique au Zimbabwe.
Prié de dire si la brigade de la SADC serait prête à régler la crise humanitaire au Zimbabwe, le général namibien a répondu: "Si les politiques en décident ainsi, pourquoi pas?"
L’opposition se saisit de la crise des «subprimes»
Stéphane de Sakutin AFP
L’opposition se saisit de la crise financière pour interpeller le gouvernement. «Nous interrogerons le gouvernement sur les conséquences de cette crise boursière sur la croissance à venir et sur sa stratégie économique, avant et après cette crise», a prévenu Julien Dray, député de l'Essonne et porte-parole du PS, dans une interview donnée au Parisien. Jeudi, Christine Lagarde a affirmé qu’il n’y aurait pas de «contamination» de la crise financière actuelle à l’économie réelle et qu’elle maintenait ses prévisions de croissance pour la France en 2007.
Laurent Fabius fait, lui, la leçon au gouvernement dans une interview accordée à Libération, daté de vendredi. «Cette crise était prévisible», sermonne le socialiste. Il remarque un «flottement» dans la réaction des autorités alors même qu’il « fallait une réponse psychologique forte». Interrogé sur les solutions à la crise, l’ancien premier ministre appelle le pouvoir politique à mettre «sur la table la question des hedge funds», ces fonds d’investissements spéculatifs.
Le PS demandera aussi des explications sur «le niveau d'implication des banques françaises et des investisseurs institutionnels, notamment les compagnies d'assurances dans la crise immobilière américaine», au vu du fait que «la bourse française est celle qui a le plus réagi à cette crise», d’après Julien Dray.
Derrière le krach, «des millions d’hommes et de femmes»
Pour sa part, le parti communiste dénonce l’inaction du gouvernement dans un communiqué diffusé vendredi. «Après dix jours de silence, le gouvernement et le président de la République semblent bien décidés à ne rien faire», observe le PCF. Quant à la ministre de l’Economie Christine Lagarde, elle a beau avoir écourté ses vacances, elle n’est qu’une «simple spectatrice de la crise». Et le PCF de rappeler que «derrière la possibilité de krach, ce sont des millions d'hommes et de femmes qui risquent le surendettement et le chômage».
Comme en écho, Claude Mailly, le secrétaire du syndicat Force Ouvrière, stigmatise une «financiarisation débridée de l'économie» pouvant «menacer l'économie réelle, dont l'emploi». Dans un communiqué, il appelle les autorités à «prendre leurs responsabilités», après avoir «abdiqué» devant le marché.
Franchise médicale: «qui ne peut payer 4 euros par mois?», demande Roselyne Bachelot
Thomas Coex AFP
Roselyne Bachelot est quasiment prête à tout pour présenter sous un jour positif la franchise médicale, réforme toujours aussi impopulaire, mais essentielle, selon la ministre de la Santé, pour équilibrer les comptes de la sécurité sociale.
Elle souligne que la mise en place de franchises médicales annoncée par le chef de l'Etat «représentera au pis 4 euros par mois», dans un entretien publié dans le quotidien «Sud Ouest».
Objectifs importants
«Ces franchises servent à financer les trois priorités du président de la République: le plan Alzheimer, la lutte contre le cancer et les soins palliatifs. (...) Quelle est la personne qui ne peut pas payer 4 euros par mois sur des objectifs aussi importants?», demande Roselyne Bachelot, avec un certain culot.
Nicolas Sarkozy avait annoncé fin juillet qu'à partir de 2008, les assurés sociaux devront s'acquitter, dans la limite de 50 euros par an, d'une franchise de 50 centimes par boîte de médicament, de 50 centimes par acte paramédical, et de deux euros par transport en ambulance.
Réformes de fond
Cette annonce avait provoqué un concert de protestations, notamment de la part des grandes confédérations syndicales. Et ce n’est pas fini. La ministre de la Santé détaille «quatre grandes réformes de fond» concernant l'assurance maladie, «qui aboutiront en 2008-2009».
Il s’agit de revoir le «financement», de réfléchir sur «le bouclier social» où «le reste à charge» pour les bénéficiaires des prestations serait fonction des revenus, sur la transformation des agences régionales de l'hospitalisation en agences régionales de santé, et enfin sur la responsabilisation du malade à travers le dossier médical personnel partagé.
Et vous qu’en pensez-vous? Pouvez-vous payer quatre euros par mois?
Intérêts d'emprunts: Christine Lagarde confirme un «mécanisme»
Olivier Laban-Mattei AFP/
Le Conseil constitutionnel a peut-être censuré la partie du paquet fiscale concernant des crédits d’impôts, cela n’empêchera pas le gouvernement d’appliquer la promesse de Nicolas Sarkozy. La ministre de l'Economie Christine Lagarde a confirmé vendredi la mise en place d'un «mécanisme» afin d'appliquer la déductibilité des intérêts d'emprunts immobiliers souscrits depuis l'élection de Nicolas Sarkozy le 6 mai, et non pas à partir du moment où la loi est promulguée.
«Je crois que nous avons trouvé un mécanisme qui permette d'appliquer la déductibilité des intérêts d'emprunt aux emprunts souscrits depuis l'élection du président de la République», a-t-elle déclaré sur RMC, sans donner plus de précisions sur le fameux «mécanismes».
Tous les emprunts, y compris ceux déjà en cours
Le projet de loi prévoyait un crédit d'impôt égal à 20% des intérêts des emprunts immobiliers payés au titre des cinq premières années de remboursement pour l'acquisition ou la construction d'un logement affecté à l'habitation principale, dans la limite de 7.500 euros pour un couple (soit 1.500 euros par an). Il devait concerner tous les emprunts, y compris ceux déjà en cours.
A venir, des précisions sur le «mécanisme»...
Le Conseil constitutionnel a censuré jeudi ce volet du texte, une des promesses électorales de Nicolas Sarkozy.
«En l'état de la décision du Conseil constitutionnel, c'est à compter de l'entrée en vigueur de la loi que les intérêts seront déductibles», a constaté Christine Lagarde. Le cabinet de la ministre précise qu'il n'y a pas de problèmes pour les contribuables qui ont initié un projet depuis le 6 mai. Nous travaillons encore pour trouver une solution pour les autres.
Nouveau dispositif
Mais le gouvernement va voir comment «permettre de déduire les intérêts d'emprunt (...) au moins à tous ceux qui ont signé des promesses d'achat ou commencé à souscrire des emprunts depuis l'élection du président de la République».
Dès jeudi soir, le Premier ministre François Fillon avait affirmé que le gouvernement proposerait «dans les prochains jours un nouveau dispositif permettant aux Français ayant déjà souscrit un emprunt de pouvoir bénéficier, eux aussi, de mesures gouvernementales en faveur de l'accès à la propriété».
A quoi sert que les « sages », ils se décarcassent ?
Ces entreprises et organismes qui modifient Wikipédia dans leur intérêt
LEMONDE.FR | 16.08.07 | Claire Ané
C'est en apprenant que des élus du Congrès ou leurs collaborateurs avaient eux-mêmes écrit leur notice biographique sur l'encyclopédie libre Wikipédia que Virgil Griffith, un étudiant américain – qui avait déjà révélé les failles de différents systèmes informatiques –, s'est attelé l'an dernier à créer le WikiScanner, mis en ligne lundi 13 août. Ce logiciel, qui croise différentes bases de données, permet à tout internaute de trouver à quels organismes ou entreprises appartiennent les adresses IP des ordinateurs d'où ont été modifiées anonymement des notes de l'encyclopédie libre. Et, en comparant ainsi deux versions d'une notule, de constater qu'un utilisateur du réseau informatique d'une entité a modifié ou supprimé des passages qui le gênaient.
Les exemples sont légion. Le magazine américain Wired évoque notamment la disparition, le 17 novembre 2005, de plusieurs paragraphes critiquant la fiabilité des machines à voter Diebold et les liens entre son dirigeant et George W. Bush. Une suppression qui, selon le WikiScanner, émane d'adresses IP utilisées par les bureaux de la firme Diebold elle-même. La chaîne de supermarchés Wal-Mart a pour sa part remplacé une phrase sur ses salaires : le premier texte les disait plus bas que ceux du reste de la grande distribution... le nouveau les qualifiait de deux fois plus élevés que le salaire minimum.
CIA, NSA, FBI
Du côté des autorités, des modifications ont été effectuées depuis des adresses IP de la CIA, mais elles sont plutôt marginales selon Wired. Plutôt que de tenter de relever lui-même toutes les modifications "honteuses", le site a sollicité ses visiteurs, qui soumettent des cas et désignent ceux qui leur paraissent les plus ou les moins scandaleux. On y lit ainsi qu'une personne se connectant du réseau de la NSA (Agence de sécurité américaine) a supprimé, dans la note sur "l'extraction d'information", un lien qu'elle jugeait "non pertinent" vers le réseau Echelon, système de la NSA qui permet d'intercepter les communications ; que le FBI a supprimé des vues aériennes de la prison de Guantanamo ; qu'un membre du réseau informatique du gouvernement israélien a tenté de supprimer toute la note concernant le "mur" construit pour séparer l'Etat hébreu de la Cisjordanie.
On apprend aussi, entre autres modifications classées très haut par les internautes, que les références à la catastrophe de l'usine de pesticides de Bhopal et de l'agent orange ont été supprimées depuis le réseau du fabricant de produits chimiques Dow Chemical. Ou encore qu'un membre du Parti républicain a remplacé "armée d'occupation" par "armée de libération" pour évoquer la coalition emmenée par les Etats-Unis en Irak. Les scientologues, eux, œuvrent à supprimer toute critique à leur encontre. On découvre également qu'une phrase affirmant que le système de Microsoft MSN Search est "un rival majeur de Google" émane justement de l'agence chargée des relations publiques de Microsoft.
Censure du paquet fiscal : Un Avertissement pour le président
LE MONDE | 17.08.07 |
Le président de la République fait ce qu'il dit, et il tient toutes ses promesses. Pour avoir voulu, envers et contre tous - y compris ses propres ministres -, rester fidèle à son grand principe, Nicolas Sarkozy vient d'essuyer un revers limité, mais significatif. Le Conseil constitutionnel a validé, jeudi 16 août, l'essentiel du "paquet fiscal" promis par le candidat Sarkozy et rapidement voté par le Parlement. Mais les neuf "sages" ont refusé que la déductibilité fiscale des intérêts d'emprunts immobiliers s'applique aux prêts déjà en cours.
Ils mettent en avant le principe d'égalité entre les citoyens, en faisant valoir qu'une telle mesure assurerait un avantage indu, en termes de pouvoir d'achat, à des gens déjà propriétaires. Alors que, pour le Conseil, cette déductibilité appliquée aux seuls candidats à l'acquisition constitue un encouragement légitime à l'accession à la propriété. Par ailleurs, le Conseil juge excessif le coût d'une mesure qu'il estime, à elle seule, à 7,7 milliards d'euros sur un "paquet fiscal" que le gouvernement, lui, chiffre à une dizaine de milliards pour les allégements destinés aux particuliers.
En fait, le gouvernement semble déjà décidé à rechercher un moyen de contourner ces objections. D'autre part, M. Sarkozy peut se féliciter que le Conseil constitutionnel, désormais présidé par Jean-Louis Debré, ancien président de l'Assemblée nationale et proche de Jacques Chirac, peu suspect de complaisance à son égard, n'ait rien trouvé à redire à d'autres mesures importantes : mise en place d'un service minimum, encadrement supplémentaire du droit de grève, exemption fiscale des heures supplémentaires, nouveau bouclier fiscal...
Malgré tout, sur un sujet très public (quelque 3 millions de foyers seraient concernés), le chef de l'Etat aurait pu éviter un cafouillage dont il porte la responsabilité : il a renvoyé dans les cordes, sans ménagement et à mauvais escient, deux de ses ministres, Eric Woerth, chargé du budget, et Christine Boutin, responsable du logement et de la ville, qui avaient évoqué une application plus restreinte de sa promesse d'allégement, anticipant ainsi la censure du Conseil constitutionnel. Après les déclarations de M. Woerth, M. Sarkozy, lors d'un meeting au Havre le 29 mai, avait même mis ces réserves sur le compte de la "pensée unique", au même titre que d'autres critiques adressées à sa politique.
Le côté "rouleau compresseur" de M. Sarkozy fait partie des aspects de sa personnalité qui ont séduit les Français. Mais cette hyperactivité, cette volonté d'être sur tous les fronts et d'avoir, éventuellement, raison contre tout le monde, peut lui jouer des tours. La décision du Conseil montre qu'il reste quelques freins au pouvoir de l'"hyper-président". Elle constitue aussi un avertissement sans frais, dont il devrait tenir compte pour la suite.
