mercredi 15 août 2007
Safie, la « Dame de fer » de Cachan
par Marie Barbier
Cachan, un an après
De toutes les négociations, Safiatou Ba, dite Safie, rappelle le rôle primordial des femmes dans le succès de la lutte. En hôtel, elle attend encore un relogement durable.
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Elle n’aime pas être mise en avant. Une seule chose compte : la lutte. Tout particulièrement celle des femmes. Elle cite comme modèle Rosa Parks, mère du mouvement des droits civiques aux États-Unis. Safie serait plutôt la mère des 1 000 de Cachan. À quarante-cinq ans, elle a le port altier d’une princesse, ce qui lui a valu ce surnom du temps de la lutte. On l’appelait aussi la « Dame de fer », parce qu’elle ne cédait rien.
Safiatou Ba, dite Fatie, débarque dans ce qui était alors le plus grand squat de France, un peu par hasard, en avril 2004. « Le tournant de ma vie. » Aujourd’hui, elle sourit en se rappelant son arrivée. « Je ne pensais pas y rester. Il n’y avait ni eau chaude, ni lumière dans les escaliers le soir. Ça craignait.
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« Les femmes ont joué un rôle primordial, elles ont été à la base de la lutte », tient à rappeler Safie, un poil énervée qu’à peine un an après certains l’aient si facilement oublié.
Au fil des réunions, les liens se tissent. Safie découvre les joies de la lutte et le féminisme. Elle parle contraception et alphabétisation. « Je me découvrais des capacités que je ne me connaissais pas : savoir parler devant les gens. La patience aussi, car il en fallait ! » Pendant deux ans, les menaces sont régulières. Les intimidations aussi : aux alentours du squat, les interpellations sont de plus en plus fréquentes. Alors que d’autres font leurs valises en vue de l’expulsion, Safie continue d’y croire. Jusqu’au dernier moment. Pourtant, le 17 août… « Tout ce qu’on avait voulu éviter s’est produit. Surtout les humiliations devant les enfants. » Et, là encore, le rôle des femmes. Elles jettent leurs ballots sur les CRS, refusent de monter dans les bus.
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Safie garde le souvenir d’un énorme bleu, reçu lors d’une bagarre avec les CRS qui lui a valu d’être hospitalisée. Elle est de toutes les négociations. Et pousse pour un vote en faveur du protocole de relogement. Lors d’une réunion avec le préfet, elle dit : « Si vous nous aviez écoutés depuis le début, on aurait pu éviter tout ça. » Réponse de Rachida Dati, alors conseillère du ministre Sarkozy : « On ne refait pas l’histoire. »
Son histoire à elle commence à Dakar, Sénégal, où elle naît aux débuts des années soixante. Une famille ni riche, ni pauvre. Un père fonctionnaire, « docteur vétérinaire », qui meurt trop tôt. Elle a douze ans à peine quand le diabète l’emporte. Une mère restée seule avec quatre filles et cinq garçons. Safie, quatrième de la fratrie, obtient un diplôme de dactylo qui ne la préserve pas du chômage. Elle a vingt-sept ans quand une tante en Normandie lui offre le sésame pour un visa : un certificat d’hébergement. Dakar-Paris, aller simple. Elle ne reverra pas le Sénégal avant quinze longues années. Elle y laisse une fille de sept ans, qu’elle confie à sa mère. À Paris, elle partage un studio avec une amie et gagne sa vie en coiffant les femmes africaines. « Peu à peu, on découvrait la réalité, et ce n’était pas si facile que ça. »
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Aujourd’hui, elle reçoit dans une chambre d’hôtel aux murs blancs. Petit univers aseptisé. Une pièce trop étroite pour tant de souvenirs. Dans cet hôtel d’Arcueil, trois autres familles attendent impatiemment d’être relogées définitivement. Safie pourrait alors se consacrer à ses projets : travailler dans le social pour « aider les autres ». Des envies d’écriture aussi. Un livre sur Cachan, bien sûr.
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